Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2304643

mardi 6 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2304643
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 avril 2023, M. B A, représenté par Me Garcia, demande au Tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 mars 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de son renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un titre de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le préfet a examiné à tort sa demande de titre de séjour au regard des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et non au titre de l'article 3 de l'accord franco-marocain, lequel ne subordonne pas la délivrance d'un titre de séjour salarié à la condition d'être en possession d'un visa de long séjour ;

- le préfet a examiné sa demande de titre de séjour au regard du travail alors qu'il a sollicité un titre de séjour au regard de la vie privée et familiale ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut d'examen de sa situation familiale ;

- il méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 septembre 2023, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Une lettre produite par M. A a été enregistrée le 16 janvier 2024 et n'a pas été communiquée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement, sur proposition de la rapporteure publique, a dispensé cette dernière de présenter des conclusions sur cette affaire en application des dispositions de l'article R. 732-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Debourg, conseillère.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant marocain né le 23 décembre 1999 à Oujda, est entré en France le 19 août 2016 muni d'un visa Schengen valable du 25 juillet 2016 au 8 septembre 2016. Le 6 janvier 2022, il a sollicité son admission au séjour sur le fondement de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987. Par un arrêté du 4 mai 2022, le préfet du Val-d'Oise lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Le préfet a abrogé cet arrêté par arrêté du 9 février 2023. Par un arrêté du 6 mars 2023, identique à celui du 4 mai 2022, il a refusé de délivrer un titre de séjour au requérant, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Cet arrêté a été annulé par un jugement n°2207766 rendu par le tribunal administratif de Cergy-Pontoise le 25 juillet 2023. Par un arrêté du 7 mars 2023, identique aux arrêtés du 4 mai 2022 et du 6 mars 2023, le préfet du Val-d'Oise lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

3. Il est constant que M. A est entré en France le 19 août 2016 sous couvert d'un passeport muni d'un visa Schengen valable du 25 juillet au 8 septembre 2016 et où il réside chez son oncle auquel il a été confié par acte de kafala transcrit le 19 janvier 2016 et dont la régularité a été constatée par jugement rendu le 4 avril 2016 du tribunal de 1ère instance d'Oujda. Il ressort des attestations produites au dossier, émanant de son oncle, de l'un de ses cousins de nationalité française, et de sa cousine, que M. A a créé des liens familiaux stables et intenses sur le territoire français où il réside donc depuis 7 ans à la date de l'arrêté attaqué. Il ressort également des différents certificats d'inscription scolaire et des bulletins de notes produits qu'il y a poursuivi avec assiduité ses études à compter de l'année scolaire 2017/2018 et qu'il a obtenu en 2020 un CAP option " monteur installations sanitaires " et en 2021 un CAP option " installateur en froid et conditionnement d'air " et qu'il dispose d'une promesse d'embauche. En outre, il justifie par les pièces produites maitriser le français. Aussi, eu égard aux circonstances particulières de l'espèce, et alors même que le requérant ne serait pas isolé dans son pays d'origine où demeure, non ses parents comme l'a retenu le préfet dans l'arrêté en litige, mais sa seule mère, son père étant décédé le 18 avril 2008, le préfet du Val-d'Oise, en lui refusant un titre de séjour, a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée et a ainsi méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

4. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du préfet du Val-d'Oise par laquelle il a refusé de lui délivrer un titre de séjour ainsi que par voie de conséquence, les décisions l'obligeant à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixant le pays de son renvoi.

Sur les conclusions à fins d'injonction et d'astreinte :

5. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique nécessairement que le préfet délivre à M. A un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise, de procéder à cette délivrance dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu dans les circonstances de l'espèce d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais de litige :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. A de la somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 7 mars 2023 du préfet du Val-d'Oise est annulé en toutes ses dispositions.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Val-d'Oise de délivrer à M. A un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. A la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 16 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Le Griel, présidente ;

Mme Colin, première conseillère ;

Mme Debourg, conseillère ;

assistées de Mme Pradel, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 février 2024.

La rapporteure,

signé

T. Debourg

La présidente,

signé

H. Le Griel

La greffière,

signé

E. Pradel

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour ampliation, la greffière.

N°2304643