Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2304720
vendredi 31 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2304720 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 7 avril 2023 à 18 heures 51, M. B A, représenté par Me Kwemo, avocate, demande au Tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite de rejet de sa demande tendant à obtenir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, née, le 7 février 2023, du silence gardé sur cette demande par l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;
2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, à titre principal, de lui octroyer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;
3°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours ;
4°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le versement à son conseil, en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, de la somme de 2 000 euros.
M. A soutient que la décision contestée :
- est entachée d'une insuffisance de motivation ;
- est intervenue sans que sa vulnérabilité ait été prise en compte ;
- méconnaît l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Le mémoire en défense de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, enregistré postérieurement à la clôture de l'instruction, n'a pas été communiqué.
Par une décision en date du 24 juillet 2023, le bureau d'aide juridictionnelle établi près le Tribunal judiciaire de Pontoise a accordé à M. A le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Kelfani, président, a été entendu, au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Il ressort des pièces du dossier que M. A, qui est de nationalité mauritanienne, a demandé, par une lettre de son conseil en date du 2 décembre 2022, au directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Cergy, de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. M. A a, par le truchement de son conseil, présenté, le 7 avril 2023 à 18 heures 08, avant l'enregistrement de la requête n° 2304720, au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, le recours administratif préalable obligatoire prévu à l'article D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La requête de M. A doit, dès lors, être regardée comme dirigée contre le rejet implicite de ce recours administratif préalable obligatoire et les moyens de la requête comme articulés à l'encontre de cette décision.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction en vigueur à la date de la décision contestée : " Les conditions matérielles d'accueil peuvent être refusées, totalement ou partiellement, au demandeur dans les cas suivants : / 1° Il refuse la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 551-3 ; / 2° Il refuse la proposition d'hébergement qui lui est faite en application de l'article L. 552-8 ; / 3° Il présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ; / 4° Il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° de l'article L. 531-27. / La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. ". Aux termes de l'article D. 551-17 du même code : " La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-15 est écrite, motivée et prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle prend effet à compter de sa signature. / Dans un délai de deux mois à compter de la notification de cette décision, le bénéficiaire peut introduire un recours devant le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, à peine d'irrecevabilité du recours contentieux. La décision comporte la mention des voies et délais dans lesquels ce recours peut être formé. / Le directeur général de l'office dispose d'un délai de deux mois pour statuer. A défaut, le recours est réputé rejeté. Toute décision de rejet doit être motivée. ". Aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiquées dans le mois suivant cette demande () ".
3. Il résulte des dispositions de l'article D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que la décision implicite de rejet née du silence gardé par le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration s'est substituée à la décision implicite de rejet née du silence gardé par la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Montrouge sur la demande qui lui avait été présentée par la lettre de M. A en date du 2 décembre 2022. Le requérant n'établit pas ni même n'allègue avoir demandé au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui communiquer les motifs de cette décision implicite, comme le permet l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration. Le moyen tiré de l'absence de motivation de la décision contestée ne peut, dès lors, qu'être écarté.
4. Aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " À la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables () ".
5. Il ressort des termes mêmes de la lettre en date du 2 décembre 2022 que la demande d'asile du requérant a été enregistrée au guichet unique des demandeurs d'asile le 15 avril 2022. M. A ne conteste pas qu'à la suite de cet enregistrement, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a procédé, ainsi que le prescrivent les dispositions législatives précitées et dans les conditions qu'elles prévoient, à l'évaluation de sa vulnérabilité. Si dans sa lettre en date du 2 décembre 2022, le requérant indique qu'il a subi une intervention chirurgicale en date du 28 février 2022, il ne fournit aucun document relatif à cette intervention. Il n'est, par ailleurs, question de cette intervention, dont la nature n'est au demeurant pas précisée, ni dans le recours administratif du 7 avril 2023 ni dans la requête. Enfin, M. A, qui est né le 5 janvier 1993, ne verse au dossier aucun document de nature médicale ou susceptible d'établir qu'il se trouvait à la date de la décision contestée dans un état de vulnérabilité particulière. Le moyen tiré de ce que la vulnérabilité du requérant n'aurait pas été prise en compte ne peut, dès lors, qu'être écarté.
6. En soutenant qu'aucune proposition d'hébergement ne lui a été faite de " sorte qu'il est impossible qu'il ait refusé ladite proposition ainsi que la région d'orientation ", M. A se borne à soutenir qu'il n'est pas au nombre des demandeurs d'asile mentionnés aux 1° et 2° de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le requérant ne soutient pas qu'il n'a pas présenté une demande de réexamen ou qu'il a demandé l'asile dans le délai de 90 jours suivant son arrivée en France, dont il ne précise au demeurant pas la date. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont les dispositions sont rappelées au point 2, doit être écarté.
7. Le requérant fait valoir qu'il se trouve dans une situation " d'extrême précarité ". Toutefois, cette déclaration n'est étayée d'aucune précision ou justification. Dans ces conditions et compte tenu aussi de ce qui a été dit au point 5, M. A n'est pas fondé à soutenir que le refus de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil serait entaché d'une erreur d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la requête de M. A doivent être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
9. Le présent jugement n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions aux fins d'injonction de la requête de M. A ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 :
10. Les dispositions législatives visées ci-dessus font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 13 mai 2024 à laquelle siégeaient :
M. Kelfani, président, Mme Louazel, conseillère, et M. Villette, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mai 2024.
Le rapporteur,
signé
K. KELFANI
La conseillère,
signé
M. LOUAZELLa greffière,
signé
A. CHANSON
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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