Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2304722
mardi 6 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2304722 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 9ème Chambre |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 7 avril 2023 et le 29 septembre 2023, M. B A, représenté par Me Boumediene Thiery, doit être regardé comme demandant au Tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 7 août 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de son renvoi ;
2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un certificat de résidence algérien mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou de procéder au réexamen de sa situation et dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à Me Boumediene Thiery au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'arrêté litigieux est entaché d'une insuffisance de motivation ;
- il est entaché d'un vice de procédure dès lors que le préfet n'a pas saisi la commission du titre de séjour en méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il est entaché d'erreur de fait caractérisant un défaut d'examen sérieux et complet de sa situation dès lors que ses parents sont décédés ;
- il méconnait les stipulations de l'article 6-1 de l'accord franco-algérien ;
- il méconnait les stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 août 2023, le préfet du Val-d'Oise conclut au non-lieu à statuer sur la requête.
Il fait valoir qu'il a procédé à l'abrogation de l'arrêté contesté du 4 mai 2022 par un arrêté du 7 août 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Par une ordonnance du 21 septembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 9 octobre 2023.
Vu :
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement, sur proposition de la rapporteure publique, a dispensé cette dernière de présenter des conclusions sur cette affaire en application des dispositions de l'article R. 732-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- Le rapport de Mme Debourg, conseillère ;
- Et les observations de Me Boumediene Thiery, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant algérien né le 24 juillet 1973 à Babel Oued, est entré en France le 14 décembre 2003, muni d'un visa Schengen valable du 18 septembre 2003 au 15 mars 2004. Le 6 août 2021, il a sollicité la délivrance d'un certificat de résidence algérien sur le fondement de l'article 6-1 de l'accord susvisé. Par l'arrêté litigieux du 4 mai 2022, le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de son renvoi. Le préfet a abrogé cet arrêté par arrêté du 7 août 2023. Par un second arrêté également du 7 août 2023 identique à celui du 4 mai 2022, il a refusé de délivrer un titre de séjour au requérant, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Sur l'exception de non-lieu à statuer soulevée en défense :
2. Le préfet du Val-d'Oise qui a procédé à l'abrogation de l'arrêté litigieux du 4 mai 2022 par un arrêté du 7 août 2023, ainsi qu'il vient d'être dit, soutient que la requête est devenue sans objet. Toutefois, il résulte de l'instruction que le préfet a pris un nouvel arrêté en date du 7 août 2023 identique à l'arrêté initial et par lequel il a de nouveau refusé de délivrer à M. A le titre de séjour sollicité, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de son renvoi et à l'encontre duquel le requérant, dans ses dernières écritures, a redirigé l'ensemble de ses conclusions. Dans ces conditions, la requête n'a pas perdu son objet. Dès lors, l'exception de non-lieu à statuer ne peut être accueillie.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les dispositions du présent article ainsi que celles des deux articles suivants, fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent, sous réserve que leur situation matrimoniale soit conforme à la législation française. Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : 1) au ressortissant algérien, qui justifie par tout moyen résider en France depuis plus de dix ans ou plus de quinze ans si, au cours de cette période, il a séjourné en qualité d'étudiant () ".
4. Pour refuser à M. A la délivrance d'un certificat de résidence sur le fondement des stipulations précitées du 1° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié, le préfet du Val-d'Oise lui a opposé le caractère insuffisant des justificatifs produits pour établir sa présence au cours des années 2012 à 2014. Toutefois, l'intéressé n'était tenu de justifier de sa présence sur le territoire ni au titre de l'année 2012, ni au titre de la période de janvier à août 2013 pour établir sa présence sur le territoire depuis 10 ans à la date de la décision litigieuse du 7 août 2023. En outre, il ressort des pièces produites et notamment des quittances de loyer d'hôtel d'octobre à décembre 2013, de la carte d'aide médicale d'état valable pour l'année 2014, de l'avis d'imposition sur les revenus 2014 mentionnant 3 500 euros de revenus, et des documents médicaux de janvier et juin 2014, que l'intéressé justifie avoir résidé sur le territoire en 2013 et 2014. Eu égard à leur nature, les pièces ainsi produites, dont l'authenticité n'est pas contestée en défense, établissent sa présence en France sur les années contestées par le préfet. Par suite, M. A établissant résider depuis plus de dix ans en France à la date de l'arrêté attaqué, il est fondé à soutenir que le préfet du Val-d'Oise a méconnu les stipulations du 1° de l'article 6 de l'accord franco-algérien modifié précité en refusant de lui délivrer un titre de séjour.
5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision portant refus de titre de séjour doit être annulée ainsi que, par voie de conséquence, les décisions portant obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixant le pays de destination.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
6. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique nécessairement que le préfet du Val-d'Oise délivre à M. A un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Il y a lieu d'enjoindre au préfet d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de délivrer à M. A, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.
Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :
7. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Boumediene Thiery, avocat de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Boumediene Thiery de la somme de 1 000 euros.
D É C I D E :
Article 1er : L'arrêté du préfet du Val-d'Oise en date du 7 août 2023 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Val-d'Oise, de délivrer à M. A un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l'attente de cet examen, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.
Article 3 : L'État versera à Me Boumediene Thiery une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Boumediene Thiery renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Boumediene Thiery et au préfet du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 16 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Le Griel, présidente ;
Mme Colin, première conseillère ;
Mme Debourg, conseillère ;
assistées de Mme Pradel, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 février 2024.
La rapporteure,
signé
T. Debourg
La présidente,
signé
H. Le Griel
La greffière,
signé
E. Pradel
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour ampliation, la greffière.
N°230472
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