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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2304743

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2304743

mardi 11 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2304743
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème Chambre
Avocat requérantBOIARDI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 avril 2023, Mme C D, représentée par Me Boiardi, avocat, demande au Tribunal :

1°) d'annuler la décision, en date du 10 février 2023, par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Montrouge a prononcé la cessation des conditions matérielles d'accueil dont elle bénéficiait ;

2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de la rétablir à titre rétroactif dans ses droits aux conditions matérielles d'accueil, dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) en cas d'attribution de l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration une somme de 1 500 euros, en application du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, ou, dans le cas où l'aide juridictionnelle ne lui serait pas accordée, de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration une somme de 1 500 euros, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme D soutient que la décision contestée :

- n'est pas suffisamment motivée ;

- est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- méconnaît l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît l'article L. 522-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

L'Office français de l'immigration et de l'intégration a été mis en demeure le 21 novembre 2023.

Par une ordonnance en date du 28 décembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 1er février 2024.

Le mémoire en défense de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, enregistré postérieurement à la clôture de l'instruction, n'a pas été communiqué.

Par une décision en date du 4 septembre 2023, le bureau d'aide juridictionnelle établi près le Tribunal judiciaire de Pontoise a accordé à Mme D le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Kelfani, président, a été entendu, au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, qui est de nationalité ivoirienne, demande, par la requête enregistrée sous le n° 2304743, à titre principal, l'annulation de la décision, en date du 10 février 2023, par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Montrouge a prononcé la cessation des conditions matérielles d'accueil dont elle bénéficiait.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête :

2. Aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " À la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables () ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. ".

3. La requérante soutient qu'elle est entrée sur le territoire français courant 2022 en compagnie de ses deux filles, prénommés A E et A B, et qu'elle a présenté, le 7 avril 2022, une demande d'admission au séjour au titre de l'asile. Mme D fait valoir qu'elle a quitté la Côte d'Ivoire, où demeure le père de ses enfants, afin de se soustraire à un mariage forcé et de protéger ses filles d'une éventuelle excision. Mme D verse au dossier l'attestation de demande d'asile portant la mention " Procédure Dublin / première demande d'asile " qui lui a été délivrée par le préfet des Yvelines le 19 octobre 2022 et valable jusqu'au 18 février 2023 et qui mentionne que les enfants sont nées, en Côte d'Ivoire, les 11 février 2018 et 7 février 2020 et avaient donc respectivement moins de cinq ans et trois ans à la date de la décision contestée. Dans les circonstances particulières de l'espèce, et alors même que la requérante et ses deux jeunes enfants bénéficient ou pourraient bénéficier d'un hébergement dans le cadre du dispositif " 115 ", Mme D doit être regardée comme établissant se trouver, à la date de la décision attaquée, en qualité de parent isolé accompagné d'enfants mineurs, au nombre des personnes visées à l'article L. 522-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et donc dans une situation de particulière vulnérabilité. Il suit de là que la requérante est fondée à soutenir que la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a, en prononçant la cessation de ses conditions matérielles d'accueil, commis une erreur d'appréciation.

4. Il résulte de ce qui précède que la décision attaquée doit être annulée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

5. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. ".

6. L'exécution du présent jugement implique nécessairement, eu égard à ses motifs, par application des dispositions législatives précitées, qu'il soit enjoint à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de rétablir Mme D dans ses droits au bénéfice des conditions matérielles d'accueil, s'agissant notamment de l'allocation pour demandeur d'asile, à compter de la date à laquelle la décision annulée par le présent jugement a produit ses effets. Il y a lieu de fixer à l'Office français de l'immigration et de l'intégration un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement pour procéder à cette opération.

** Il n'y a pas lieu, à ce stade, d'assortir l'injonction édictée ci-dessus d'une astreinte.

Sur les conclusions aux fins d'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le versement à Me Boiardi, en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, d'une somme de 1 000 (mille) euros, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

D É C I D E :

Article 1er : La décision, en date du 10 février 2023, par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Montrouge a prononcé la cessation des conditions matérielles d'accueil dont bénéficiait Mme D est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de rétablir Mme D dans ses droits au bénéfice des conditions matérielles d'accueil, s'agissant notamment de l'allocation pour demandeur d'asile, à compter de la date à laquelle la décision annulée par le présent jugement a produit ses effets, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Sous la réserve mentionnée au dernier point du présent jugement, l'Office français de l'immigration et de l'intégration versera à Me Boiardi, avocat de Mme D, la somme de 1 000 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme D est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 23 mai 2024 à laquelle siégeaient :

M. Kelfani, président, Mme Louazel, conseillère, et M. Villette, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juin 2024.

Le rapporteur,

signé

K. KELFANI

La conseillère,

signé

M. LOUAZEL

La greffière,

signé

A. CHANSON

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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