jeudi 7 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2304926 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | CABINET WOOG & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 4 avril 2023 et le 3 juin 2024, M. B A, représenté par Me Regis, doit être regardé comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler les décisions des 17 février 2022, 1er juillet 2022 et 25 juillet 2022 par lesquelles le maire de la commune de Sarcelles (Val-d'Oise) lui a infligé les sanctions disciplinaires d'avertissement et d'exclusion temporaire de fonctions d'un jour sans sursis, en les assortissant de diminutions de sa prime annuelle de 40 % et 80 % respectivement ;
2°) de condamner la commune de Sarcelles à lui verser la somme de 2 757,34 euros en réparation des préjudices subséquemment subis ;
3°) de mettre à la charge la commune de Sarcelles la somme de 2 000 euros en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne les décisions portant sanctions disciplinaires :
- elles sont entachées d'un défaut de motivation ;
- elles reposent sur des faits qui ne sont pas matériellement établis.
En ce qui concerne les décisions portant diminution de 40 % et 80 % de sa prime annuelle :
- elles sont illégales en ce qu'elles ne peuvent se cumuler avec une sanction disciplinaire.
En ce qui concerne les conclusions indemnitaires :
- la responsabilité de la commune est engagée pour faute en raison de l'illégalité des décisions en litige ;
- ses préjudices doivent être réparés en conséquence à concurrence de 1 257,34 euros s'agissant de son préjudice financier et de 1 500 euros s'agissant de son préjudice moral, de l'atteinte à sa réputation professionnelle et des troubles dans ses conditions d'existence.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 avril 2024, le maire de la commune de Sarcelles, représenté par Me Treca, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de M. A de la somme de 3 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- à titre principal, la requête de M. A est irrecevable eu égard à l'expiration des délais de recours contre les décisions attaquées, qui présentent un objet purement pécuniaire ;
- à titre subsidiaire, sa responsabilité n'est pas engagée.
Par ordonnance du 5 juin 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 21 juin 2024 à 12 heures.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de la justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Cordary, première conseillère ;
- les conclusions de M. Sitbon, rapporteur public ;
- et les observations de Me Horeau, substituant Me Treca, représentant de la commune de Sarcelles.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, adjoint technique territorial principal de 2ème classe des services de la commune de Sarcelles (Val-d'Oise), s'est vu infliger les sanctions disciplinaires d'avertissement et d'exclusion temporaire de fonctions d'un jour sans sursis, assorties de diminutions de sa prime annuelle de 40 % et 80 % respectivement, par décisions du maire des 17 février 2022, 1er juillet 2022 et 25 juillet 2022. Par la présente requête, M. A doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler les décisions en cause et de condamner la commune de Sarcelles à lui verser la somme de 2 757,34 euros en réparation des préjudices qu'elle lui a subséquemment fait subir.
Sur les fins de non-recevoir soulevées par la commune de Sarcelles :
2. D'une part, aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative, dans sa version applicable au présent litige : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. / () ". Aux termes de l'article R. 421-2 du même code : " Sauf disposition législative ou réglementaire contraire, dans les cas où le silence gardé par l'autorité administrative sur une demande vaut décision de rejet, l'intéressé dispose, pour former un recours, d'un délai de deux mois à compter de la date à laquelle est née une décision implicite de rejet. () ". D'autre part, aux termes de l'article L. 231-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Le silence gardé pendant deux mois par l'administration sur une demande vaut décision d'acceptation. ". L'article L. 231-4 du même code prévoit en outre que : " Par dérogation à l'article L. 231-1, le silence gardé par l'administration pendant deux mois vaut décision de rejet : / () 5° Dans les relations entre l'administration et ses agents. ". Enfin, les dispositions des articles L. 112-3 à L. 112-6 du code des relations entre le public et l'administration, relatives à l'accusé de réception de toute demande adressée à l'administration, dont le défaut rend les délais de recours inopposables à l'auteur de la demande, sont inapplicables aux relations entre l'administration et ses agents, ainsi que le prévoit expressément l'article L. 112-2 de ce même code.
3. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que si les décisions attaquées, constitutives de sanctions n'ayant pas un objet exclusivement pécuniaire, comportaient la mention des voies et délais de recours, la commune de Sarcelles n'établit en revanche pas la date de leur notification à M. A, réputé en conséquence en avoir eu connaissance au plus tard le 26 janvier 2023, date à laquelle il a soumis une réclamation indemnitaire préalable à la commune, qui n'y a pas donné de suite. Les conclusions d'excès de pouvoir de M. A tendant à l'annulation des décisions attaquées, présentées le 4 avril 2023 dans le délai raisonnable d'un an, sont donc recevables, contrairement à ce que soutient la commune de Sarcelles.
4. En second lieu, une décision implicite de rejet de la demande indemnitaire préalable de M. A est née au plus tôt le 26 mars 2023, de sorte que M. A n'était pas tardif lorsqu'il a présenté ses conclusions indemnitaires devant le tribunal le 4 avril 2023, dans le délai de deux mois de rigueur imparti pour les agents publics par les dispositions rappelées au point 2 ci-dessus. La seconde fin de non-recevoir opposée par la commune de Sarcelles doit donc également être écartée.
Sur les conclusions d'excès de pouvoir de M. A :
5. Aux termes de l'article L. 530-1 du code général de la fonction publique : " Toute faute commise par un fonctionnaire dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions l'expose à une sanction disciplinaire sans préjudice, le cas échéant, des peines prévues par la loi pénale ". Selon l'article 89 de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale : " Les sanctions disciplinaires sont réparties en quatre groupes. / () Premier groupe : / l'avertissement ; / le blâme ; / l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée maximale de trois jours ; / () ". Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () / 2° Infligent une sanction () ". L'article L. 211-5 du même code dispose que : " () La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".
6. D'une part, pour infliger les sanctions disciplinaires en litige à M. A, le maire de la commune de Sarcelles s'est fondé, s'agissant de l'avertissement, sur ce que l'intéressé avait eu un comportement inadapté envers son encadrement et un agent de la direction des ressources humaines et s'était montré négligent dans l'exercice de ses missions, et, s'agissant de l'exclusion temporaire de fonctions d'un jour sans sursis, sur ce qu'il avait eu un comportement inacceptable allant à l'encontre des obligations de probité prévues par les dispositions législatives. Toutefois, outre que la décision portant avertissement du 17 février 2022 n'est nullement motivée en droit et que celle du 25 juillet 2022 repose sur des circonstances de fait imprécises ne permettant pas au juge d'en apprécier la gravité, les faits reprochés à M. A ne sont nullement objectivés, la commune de Sarcelles se bornant à verser à l'instance un rapport d'incident du 19 janvier 2024 relatif à des faits non seulement étrangers mais également postérieurs aux présents litiges. Les sanctions disciplinaires infligées à M. A, insuffisamment motivées et reposant sur des faits qui ne sont pas matériellement établis, sont donc illégales et doivent par suite être annulées.
7. D'autre part, il résulte de l'instruction, notamment des bulletins de salaires versés à l'instance, que, comme elle l'a annoncé dans les décisions attaquées, la commune de Sarcelles a opéré des diminutions de la prime annuelle de M. A, en conséquence des sanctions disciplinaires en litige. Or, le maire de la commune de Sarcelles ne pouvait prononcer de telles sanctions pécuniaires, quand bien même elles auraient été prévues par le point 4.103 du règlement du 30 septembre 1986 relatif à l'attribution d'une prime de fin d'année au personnel communal, dès lors qu'il n'appartient pas au conseil municipal de prévoir des sanctions autres que celles prévues à l'article 89 de la loi du 26 janvier 1984 alors en vigueur sans méconnaître le principe du " non bis in idem ". Ces décisions portant sanctions pécuniaires sont donc illégales et doivent par suite être annulées.
Sur les conclusions indemnitaires de M. A :
En ce qui concerne la responsabilité de la commune de Sarcelles :
8. L'édiction d'une décision illégale étant par elle-même fautive, la responsabilité de la commune de Sarcelles est engagée à raison de l'illégalité des décisions des 17 février 2022, 1er juillet 2022 et 25 juillet 2022 par lesquelles le maire de la commune de Sarcelles a infligé à M. A les sanctions disciplinaires d'avertissement et d'exclusion temporaire de fonctions d'un jour sans sursis, en les assortissant de diminutions de sa prime annuelle de 40 % et 80 % respectivement.
En ce qui concerne les préjudices :
S'agissant du préjudice financier :
9. Il résulte de ce qui précède qu'à raison de l'illégalité des diminutions de sa prime annuelle en conséquence des sanctions qui lui ont été illégalement infligées, M. A a subi un préjudice financier de 1 170,34 euros en raison des diminutions de sa prime annuelle de 40 % et 80 % respectivement. Il y a donc lieu de condamner la commune de Sarcelles à lui verser cette somme.
10. Ainsi qu'il a été dit au point 6 ci-dessus, la sanction disciplinaire d'exclusion temporaire de fonctions d'un jour sans sursis est illégale. Cette illégalité fautive est directement à l'origine du préjudice financier dont se prévaut M. A, qui a été privé de son salaire pour la journée du 31 août 2022. Toutefois, l'état de l'instruction ne permet pas de déterminer le montant du salaire qu'aurait perçu M. A s'il n'avait pas été exclu. Il y a donc lieu de le renvoyer devant la commune de Sarcelles afin qu'elle procède à la liquidation de la rémunération dont il a privé au titre de la journée en cause, dans la limite de ses conclusions indemnitaires.
S'agissant du préjudice moral, de l'atteinte à la réputation professionnelle et des troubles dans les conditions d'existence :
11. Si M. A soutient que la présence dans son dossier administratif des sanctions disciplinaires bloque totalement l'évolution de sa carrière professionnelle et notamment son avancement de grade et d'échelon, il n'apporte pas suffisamment d'éléments à l'appui de ses allégations pour établir le lien entre ces préjudices et les décisions illégalement prises à son encontre. Par suite, il n'y a pas lieu d'indemniser M. A au titre de l'atteinte à la réputation professionnelle et des troubles dans les conditions d'existence. En revanche, M. A a nécessairement subi un préjudice moral en raison des sanctions disciplinaires qui lui ont été infligées sans motif démontré. Dans ces conditions, il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en l'évaluant à la somme de 250 euros.
Sur les frais liés au litige :
12. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre la somme de 2 000 euros à la charge de la commune de Sarcelles au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, les conclusions de la commune présentées sur le même fondement ne peuvent qu'être rejetées.
Par ces motifs, le tribunal décide :
Article 1er : Les décisions des 17 février 2022, 1er juillet 2022 et 25 juillet 2022 par lesquelles le maire de la commune de Sarcelles a infligé à M. A les sanctions disciplinaires d'avertissement et d'exclusion temporaire de fonctions d'un jour sans sursis, en les assortissant de diminutions de sa prime annuelle de 40 % et 80 % respectivement, sont annulées.
Article 2 : La commune de Sarcelles est condamnée à verser à M. A la somme de 1 420,34 euros en réparation de son préjudice financier et de son préjudice moral.
Article 3 : La commune de Sarcelles est condamnée à verser à M. A le montant du salaire dont il a été privé à la suite de son exclusion temporaire de fonctions d'un jour conformément aux modalités précisées au point 10 du présent jugement.
Article 4 : La commune de Sarcelles versera à M. A la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Les conclusions de la requête de M. A sont rejetées pour le surplus.
Article 6 : Les conclusions de la commune de Sarcelles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 7 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la commune de Sarcelles.
Délibéré après l'audience du 17 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Oriol, présidente, Mme Cordary, première conseillère, et Mme Lusinier, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 novembre 2024.
La rapporteure,
signé
C. CORDARY
La présidente,
signé
C. ORIOLLa greffière,
signé
V. RICAUD
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour ampliation,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026