lundi 8 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2305050 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Pole Social (JU) |
| Avocat requérant | GERARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 3 avril 2023 et une régularisation réceptionnée le 17 avril 2023, Mme A B, représentée par Me Gérard, demande au tribunal :
1°) de condamner l'État à lui verser la somme de 18 000 euros à parfaire en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de son absence de relogement, somme assortie des intérêts au taux légal capitalisés à compter de la date de réception par le préfet de sa demande indemnitaire préalable ;
2°) de condamner l'État à lui verser la somme de 1 800 euros à la fin de chaque trimestre à l'issue duquel il n'aura pas été procédé à son relogement, correspondant à l'indemnisation de la fraction certaine de son préjudice futur ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ou, si elle est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la responsabilité pour faute de l'État est engagée dès lors qu'elle n'a reçu aucune proposition de logement, alors que son ex-partenaire, dont elle s'est depuis séparée, a été reconnu prioritaire par la commission de médiation du droit au logement opposable des Hauts-de-Seine le 23 octobre 2019, reconnaissance qui doit continuer à lui bénéficier dès lors qu'elle était co-titulaire de la demande de logement social ; l'ordonnance du tribunal administratif de Cergy-Pontoise du 15 décembre 2020 n'a pas été exécutée ;
- elle a, après sa séparation en mai 2021, pu continuer à bénéficier en son nom propre de l'ancienneté de la demande de logement social présentée par son ex-partenaire en 2013 et dont elle était co-titulaire, mais s'est vue contrainte d'exercer un recours amiable devant la commission de médiation des Hauts-de-Seine, qui l'a reconnue prioritaire par une décision en date du 9 février 2022, dès lors que le préfet lui a refusé le bénéfice du maintien du caractère prioritaire de cette demande de logement ; ce refus lui a fait subir une perte de chance d'être relogée entre mai 2021 et février 2022, date à laquelle sa demande de logement social a été reconnue prioritaire ;
- elle subit en conséquence des troubles de toute nature dans ses conditions d'existence et un préjudice moral dès lors qu'elle occupe, avec ses quatre enfants mineurs, un logement sur-occupé moyennant le paiement d'un loyer disproportionné.
Un mémoire en défense a été enregistré le 22 mars 224 pour le préfet des Hauts-de-Seine qui demande au tribunal de tenir compte, dans la détermination du préjudice indemnisable, de ce que la requérante n'aurait pas actualisé certaines informations nécessaires au traitement de sa demande de logement social.
Un mémoire complémentaire a été enregistré le 24 mars 2023 pour Mme B.
Vu :
- la décision en date du 3 avril 2023 par laquelle le président du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Pontoise a accordé l'aide juridictionnelle totale à Mme B ;
- l'ordonnance n° 2005070 du 15 décembre 2020 par laquelle le tribunal administratif de Cergy - Pontoise a enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de reloger l'ex-partenaire de Mme B, ainsi que l'ensemble des membres composant son foyer, soit Mme B et leurs quatre enfants, sous astreinte de 600 euros par mois de retard ;
- l'ordonnance n° 2211374 du 1er décembre 2022 par laquelle le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de reloger Mme B sous astreinte de 200 euros par mois de retard ;
- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Lepetit-Collin, vice-présidente, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative ;
- la décision par laquelle la présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Lepetit-Collin, vice-présidente, a été entendu au cours de l'audience publique.
La clôture de l'instruction est intervenue, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, après appel de l'affaire à l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. La commission de médiation du département des Hauts-de-Seine a, par une décision du 23 octobre 2019, désigné l'ex-partenaire de PACS de Mme B comme prioritaire et devant être logé en urgence. Par une ordonnance du 15 décembre 2020, le tribunal, saisi par ce dernier sur le fondement de l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation, a enjoint au préfet des Hauts-de-Seine d'assurer son relogement ainsi que celui de l'ensemble des membres composant son foyer, soit Mme B et leurs quatre enfants, sous astreinte de 600 euros par mois de retard. A la suite de leur séparation, Mme B a effectué une demande de logement social en son nom propre, laquelle a été reconnue prioritaire et devant être satisfaite en urgence en date du 9 février 2022 par la commission de médiation des Hauts-de-Seine. Par une ordonnance du 1er décembre 2022, le tribunal, saisi par l'intéressée sur le fondement de l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation, a enjoint au préfet des Hauts-de-Seine d'assurer son relogement sous astreinte de 200 euros par mois de retard. N'ayant pas reçu de proposition de logement, Mme B a saisi le préfet, par l'intermédiaire de son conseil, d'une demande indemnitaire préalable par un courrier en date du 12 octobre 2022, dont l'administration a accusé réception le 17 octobre 2022. Cette demande a été implicitement rejetée. Mme B demande au tribunal de condamner l'État à lui verser la somme de 18 000 euros en réparation des préjudices subis.
Sur la responsabilité :
2. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'État à toute personne qui () n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ".
3. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'État à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. La carence fautive de l'Etat à assurer son logement dans le délai imparti engage sa responsabilité à l'égard du seul demandeur, au titre des troubles dans les conditions d'existence qu'elle a entraînés pour ce dernier. Ce préjudice doit toutefois s'apprécier en tenant compte, notamment, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'État, qui court à l'expiration du délai de trois ou six mois à compter de la décision de la commission de médiation que l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartit au préfet pour provoquer une offre de logement.
4. La commission de médiation du département des Hauts-de-Seine a reconnu, le 9 février 2022, le caractère prioritaire et urgent de la demande de logement de Mme B au motif, d'une part, qu'elle était en attente d'un logement social depuis un délai supérieur au délai fixé par arrêté préfectoral, et d'autre part, qu'elle occupait un logement suroccupé avec une personne handicapée ou un enfant mineur à charge. Par une ordonnance n° 2211374 du 1er décembre 2022, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de reloger Mme B sous astreinte de 200 euros par mois de retard. Il est constant que Mme B n'a pas reçu de proposition de logement de la part du préfet dans le délai de six mois imparti par le code de la construction et de l'habitation à compter de l'intervention de la décision de la commission de médiation. Ces carences dans l'exécution de la décision de la commission de médiation et l'ordonnance du tribunal administratif de Cergy-Pontoise sont constitutives de fautes de nature à engager la responsabilité de l'État à l'égard de Mme B à compter du 9 août 2022.
5. S'il résulte également de l'instruction que Mme B était inscrite en qualité de co-demandeur sur une demande de logement social effectuée le 19 août 2013 par son ex-partenaire, dont elle s'est séparée le 18 mai 2021, séparation à l'issue de laquelle elle s'est vue attribuer la garde de leurs quatre enfants nés en 2014, 2016, 2017 et 2019 et que cette demande de logement a été reconnue comme prioritaire et comme devant être satisfaite en urgence par la commission de médiation des Hauts-de-Seine le 23 octobre 2019, ainsi qu'il a été rappelé au point 3, la carence fautive de l'État à assurer le logement du bénéficiaire de la décision de la commission de médiation dans le délai imparti engage sa responsabilité à l'égard du seul demandeur. Mme B n'est donc pas fondée à se prévaloir de cette décision, alors même, par ailleurs, qu'à la suite de la séparation des époux, Mme B a obtenu le bénéfice d'une nouvelle attestation de logement social reprenant l'ancienneté de la demande initiale déposée au nom de son ex-partenaire pour le couple.
6. Il résulte de ce qui précède que la responsabilité de l'Etat doit être regardée comme engagée à l'égard de Mme B pour la période courant du 9 août 2022 à la date du présent jugement.
7. Or, il résulte de l'instruction que depuis cette date, Mme B occupe avec ses quatre enfants un logement de type T2, d'une surface habitable de 28 mètres carrés, qui est donc suroccupé. Si la requérante se prévaut également du caractère disproportionné de son loyer, il résulte de l'instruction que la requérante perçoit environ 2 100 euros de versements mensuels de la caisse d'allocations familiales auxquels s'ajoutent 550 euros de pension alimentaire versés par son ex-partenaire. Mme B n'établit donc pas le caractère disproportionné du loyer à sa charge. Il demeure que la persistance de la situation de suroccupation à compter du 9 août 2022, date à laquelle la carence de l'Etat a revêtu un caractère fautif ainsi qu'il a été dit au point 6 du présent jugement, a causé à Mme B des troubles de toute nature dans ses conditions d'existence.
8. Compte tenu des conditions de logement de Mme B qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence et de la composition de son foyer, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi en évaluant l'indemnisation due à la somme totale de 2 800 (deux mille huit cents) euros, tous intérêts confondus. En revanche, la demande de versement d'une indemnité trimestrielle d'un montant de 1 800 euros au titre de préjudices futurs ne peut qu'être rejetée dès lors que ces préjudices ne présentent pas un caractère certain.
Sur les frais liés au litige :
9. Mme B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 susmentionnée. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Gérard, conseil de Mme B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Gérard de la somme de 1 080 (mille quatre-vingts) euros.
D É C I D E :
Article 1er : L'État versera à Mme B la somme de 2 800 (deux mille huit cents) euros.
Article 2 : L'État versera la somme de 1 080 (mille quatre-vingts) euros à Me Gérard, conseil de Mme B, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Gérard et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 avril 2024.
La magistrate désignée,
signé
H. Lepetit-Collin
La greffière,
signé
C. Mas
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026