Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2305154

mardi 25 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2305154
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 14 avril 2023 et 8 janvier 2024, Mme F E demande au tribunal d'annuler la décision du 12 août 2022 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a refusé d'admettre sa fille et son fils au bénéfice du regroupement familial.

Elle soutient que la décision contestée méconnaît l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 décembre 2023, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable dès lors qu'il s'agit d'un recours hiérarchique sur laquelle le juge n'est pas compétent pour statuer ;

- la requête est tardive ;

- la requête n'expose aucun moyen ni conclusion ;

- aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Cuisinier-Heissler, rapporteure,

- et les observations de Mme E.

Considérant ce qui suit :

1. Mme F E, ressortissante camerounaise, née le 1er juillet 1980, a présenté le 20 avril 2022 une demande de regroupement familial au bénéfice de sa fille D B née le 5 novembre 2004 et de son fils C A G né le 17 octobre 2005 au Cameroun. Par une décision du 12 août 2022, le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté cette demande. Le 25 août 2022, Mme E a présenté un recours gracieux adressé au ministre de l'intérieur et au préfet des Hauts-de-Seine, réceptionné le 30 août 2022. Mme E doit être regardée comme demandant l'annulation de la décision du 12 août 2022, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux.

2. Aux termes de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile " L'étranger qui en fait la demande est autorisé à être rejoint au titre du regroupement familial s'il remplit les conditions suivantes: 1o Il justifie de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille; 2o Il dispose ou disposera à la date d'arrivée de sa famille en France d'un logement considéré comme normal pour une famille comparable vivant dans la même région géographique; 3o Il se conforme aux principes essentiels qui, conformément aux lois de la République, régissent la vie familiale en France, pays d'accueil ". Aux termes de l'article L. 434-8 du même code : " Pour l'appréciation des ressources mentionnées au 1o de l'article L. 434-7 toutes les ressources du demandeur et de son conjoint sont prises en compte, indépendamment des prestations familiales, de l'allocation équivalent retraite et des allocations prévues à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles, à l'article L. 815-1 du code de la sécurité sociale et aux articles L. 5423-1 et L. 5423-2 du code du travail. Ces ressources doivent atteindre un montant, fixé par décret en Conseil d'État, qui tient compte de la taille de la famille du demandeur et doit être au moins égal au salaire minimum de croissance mensuel et au plus égal à ce salaire majoré d'un cinquième. Aux termes de l'article R. 434-4 " Pour l'application du 1o de l'article L. 434-7, les ressources du demandeur et de son conjoint qui alimenteront de façon stable le budget de la famille sont appréciées sur une période de douze mois par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum de croissance au cours de cette période. Ces ressources sont considérées comme suffisantes lorsqu'elles atteignent un montant équivalent à: () 2o Cette moyenne majorée d'un dixième pour une famille de quatre ou cinq personnes; () "

3. Il résulte de ces dispositions que le caractère stable et suffisant du niveau de ressources du demandeur est apprécié sur la période de douze mois précédant le dépôt de la demande de regroupement familial, par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum de croissance au cours de cette même période. Cependant, lorsque ce seuil n'est pas atteint au cours de la période considérée, il est toujours possible, pour le préfet, de prendre une décision favorable en tenant compte de l'évolution des ressources du demandeur, y compris après le dépôt de la demande.

4. Pour rejeter la demande de regroupement familial présentée par Mme E, le préfet des Hauts-de-Seine s'est fondé sur le motif que les conditions de ressources ne sont pas conformes dès lors que la moyenne des revenus mensuels de l'intéressée sur les douze mois précédant sa demande, évaluée à un montant de 514 euros, était inférieure au salaire minimum de croissance brut, d'un montant de 1302,64 euros au cours de cette même période. La requérante n'apporte aucune pièce justificative de ses revenus pour cette période. Pour la période précédant la décision de rejet du 12 août 2022, il ressort des pièces du dossier que la requérante se prévaut du montant du revenu de solidarité active et de l'aide personnalisée au logement qui ne peuvent pas être pris en compte dans le calcul de ses ressources conformément aux dispositions de l'article L. 434-8 précité. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir qu'en lui refusant le bénéfice du regroupement familial au motif que les conditions de ressources ne sont pas conformes, le préfet des Hauts-de-Seine aurait méconnu les dispositions de l'article L. 438-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni qu'il aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

5. Il résulte de ce qui précède et sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées en défense, que Mme E n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 12 août 2022 ni de la décision implicite de rejet de son recours gracieux.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme F E et au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience 29 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Bertoncini, président,

Mme Saïh, première conseillère,

Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juin 2024.

La rapporteure,

Signé

S. Cuisinier-HeisslerLe président,

Signé

T. BertonciniLa greffière,

Signé

N. Magen

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2305154