Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2305296
mercredi 29 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2305296 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème Chambre |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 19 avril 2023 et 13 février 2024, M. A F B, représenté par Me Fotso Pouokam, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 30 novembre 2022 par laquelle le préfet du Val-d'Oise a refusé d'admettre son épouse au bénéfice du regroupement familial, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux dirigé contre la décision du 30 novembre 2022 ;
2°) d'enjoindre au préfet de réexaminer sa demande dans un délai d'un mois, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que la décision contestée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en ce qu'elle indique que son épouse résiderait en France alors qu'elle avait quitté le territoire à la date de la décision attaquée, en exécution d'une décision portant obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 février 2024, le préfet du Val d'Oise conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Cuisinier-Heissler a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A F B, ressortissant ougandais, né 4 avril 1990, a présenté le 4 avril 2022 une demande de regroupement familial au bénéfice de son épouse Mme C E née le 3 juin 1990. Par une décision du 30 novembre 2022, le préfet du Val-d'Oise a rejeté cette demande. Il a également rejeté le recours gracieux reçu le 13 janvier 2023 par ses services et dirigé contre cette décision. M. B doit être regardé comme demandant l'annulation de ces deux décisions.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Pour rejeter la demande de regroupement familial présentée par M. B, le préfet du Val-d'Oise s'est fondé sur la seule circonstance que son épouse " est déjà présente en France ". Il est constant que M. B et son épouse sont parents de deux enfants, âgés respectivement d'un et quatre ans. Par ailleurs, M. B soutient que son épouse est retournée en Ouganda le 12 février 2022 accompagnée de leur plus jeune enfant, en exécution d'une obligation de quitter le territoire français du 25 novembre 2021, et produit un billet d'avion nominatif et le tampon apposé par les services de l'immigration ougandais sur le passeport de sa femme qui mentionnent cette date. Si le préfet fait valoir en défense que l'intéressée était en réalité présente en France à la date de la décision attaquée, cela ne résulte ni des termes ambigus d'un courrier rédigé par le requérant au décours de l'instruction de sa demande, ni de l'attestation de paiement de la caisse d'allocations familiales du Val-d'Oise qui porte sur une période s'achevant en juillet 2021, antérieure à la décision contestée. Dans ces conditions, l'épouse de M. B et leur plus jeune enfant doivent être regardés comme ayant quitté la France le 12 février 2022. Par suite, la décision en litige est entachée d'une erreur matérielle des faits.
3. Il résulte de ce qui précède et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision attaquée du 30 novembre 2022 par laquelle le préfet du Val-d'Oise a rejeté la demande de regroupement familial qu'il avait présentée au bénéfice de son épouse ainsi que la décision implicite de rejet de son recours gracieux dirigé contre cette décision.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
4. Eu égard à ses motifs et en l'absence d'un changement dans les circonstances de droit ou de fait propres à la présente espèce invoqué par l'autorité préfectorale, il est enjoint au préfet du Val-d'Oise de réexaminer la demande de regroupement familial introduite par M. B au bénéfice de son épouse, dans un délai de deux mois suivant la notification du présent jugement, sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
5. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 30 novembre 2022 et la décision implicite de rejet du recours gracieux dirigé contre cette décision par lesquelles le préfet du Val-d'Oise a refusé d'admettre l'épouse de M. B au bénéfice du regroupement familial sont annulées.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Val-d'Oise de réexaminer la demande de regroupement familial de M. B au bénéfice de son épouse, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à M. B une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A F B et au préfet du Val- d'Oise.
Délibéré après l'audience du 3 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Bertoncini, président,
Mme Saïh, première conseillère,
Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 mai 2024.
La rapporteure,
signé
S. Cuisinier-HeisslerLe président,
signé
T. BertonciniLa greffière,
signé
M. D
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2305296
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