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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2305303

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2305303

lundi 11 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2305303
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationPole Social (JU)
Avocat requérantBROCHARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire et des pièces complémentaire enregistrés les 12 avril 2023, 5 janvier et 22 février 2024, Mme B A, représentée par Me Brochard, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner l'État à lui verser la somme de 30 000 euros, arrêtée au mois de mars 2023 inclus, en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de son absence de relogement, assortie des intérêts au taux légal et d'actualiser cette somme au jour du jugement ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à lui verser sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative au vu de l'aide juridictionnelle partielle accordée ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros à verser à son conseil au titre de l'article 27 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 au vu de l'aide juridictionnelle partielle accordée ;

Elle soutient que :

- la responsabilité pour faute de l'État est engagée dès lors qu'elle n'a reçu aucune proposition de logement, alors qu'elle a été reconnue prioritaire par la commission de médiation du droit au logement opposable le 9 juin 2021 et que l'ordonnance du tribunal administratif de Cergy-Pontoise du 14 avril 2022 enjoignant à l'État de la loger n'a pas été exécutée ;

- elle subit en conséquence des troubles de toute nature dans ses conditions d'existence dès lorsqu'elle est toujours dépourvue de tout logement et hébergée chez membres de sa famille avec son fils âgé de onze ans dans des conditions inadaptées ; sa situation financière ne lui permet pas de trouver une solution de relogement dans le secteur privé ;

La requête a été communiquée au préfet des Hauts-de-Seine qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu :

- la décision du 25 septembre 2023 par laquelle le président du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Pontoise a accordé le bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle à Mme A à hauteur de 25 % ;

- l'ordonnance n°2115354 du 14 avril 2022 par laquelle le tribunal administratif de Cergy - Pontoise a enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de reloger Mme A sous astreinte de 150 euros par mois de retard ;

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Lepetit-Collin, vice-présidente, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative ;

- la décision par laquelle la présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Lepetit-Collin, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique du 26 février 2024.

A l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction a été prononcée après appel de l'affaire à l'audience en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. La commission de médiation du département des Hauts-de-Seine a, par une décision du 9 juin 2021, désigné Mme A comme prioritaire et devant être logée en urgence. Par une ordonnance du 14 avril 2022, le tribunal, saisi par l'intéressée sur le fondement de l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation, a enjoint au préfet des Hauts-de-Seine d'assurer son relogement sous astreinte de 150 euros par mois de retard. N'ayant pas reçu de proposition de logement, Mme A a saisi le préfet d'une demande indemnitaire préalable par un courrier du 26 janvier 2023 reçu le 30 janvier suivant. Cette demande a été implicitement rejetée. Mme A demande au tribunal de condamner l'État à lui verser la somme de 30 000 euros à actualiser au jour du jugement en réparation des préjudices subis.

Sur la responsabilité :

En ce qui concerne les fautes :

2. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'État à toute personne qui () n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ".

3. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'État à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'État, qui court à l'expiration du délai de trois ou six mois à compter de la décision de la commission de médiation que l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartit au préfet pour provoquer une offre de logement.

4. La commission de médiation a reconnu, le 9 juin 2021, le caractère urgent et prioritaire de la demande de logement social de Mme A au triple motif qu'elle était dépourvue de logement et hébergée chez un particulier, menacée d'expulsion et sans solution de relogement et qu'elle résidait dans un logement non décent avec une personne handicapée ou un enfant mineur à charge. Le préfet n'a fait aucune offre de logement à Mme A. Par ailleurs, l'ordonnance n°2115354 du 14 avril 2022 par laquelle tribunal administratif de Cergy - Pontoise a enjoint au préfet des Hauts-de-Seine d'assurer le logement de Mme A avant le 1er juin 2022 sous astreinte de 150 euros par mois de retard n'a reçu aucune exécution.

5. Il résulte de ce qui précède que la requérante est fondée à solliciter l'engagement de la responsabilité de l'État en raison des carences fautives dont il a fait preuve dans la mise en œuvre de son obligation de relogement.

En ce qui concerne les préjudices :

6. Il résulte de l'instruction que Mme A et son fils de 13 ans sont hébergés chez des membres de la famille de la requérante, tantôt chez sa sœur, tantôt chez sa mère ou chez sa fille. La persistance de cette situation, depuis le 10 décembre 2021, date à laquelle la carence de l'État a revêtu un caractère fautif, a causé à Mme A des troubles de toutes natures dans ses conditions d'existence. Cette situation n'ayant pas connu d'évolution, il résulte de ce qui précède que la période d'indemnisation commence ainsi au 10 décembre 2021 jusqu'au jour du présent jugement.

7. Ainsi, et compte tenu des conditions de logement de Mme A qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence et de la composition de son foyer, Mme A ayant à charge son fils âgé de treize ans, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi en évaluant l'indemnisation due à la somme totale de 1 150 euros tous intérêts confondus au jour du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

8. Mme A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle, à hauteur de 25%. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme totale de 1 100 euros, à verser, d'une part, en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à hauteur de 275 euros à Me Brochard sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, et, d'autre part, en application de l'article L. 761 1 du code de justice administrative, à hauteur de 825 euros à la requérante au titre de la part des frais de procédure restés à sa charge.

D É C I D E :

Article 1er : L'État est condamné à verser à Mme A la somme de 1 150 (mille cent cinquante euros) tous intérêts confondus au jour du présent jugement.

Article 2 : L'État versera à Mme A une somme de 825 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : L'État versera à Me Brochard, avocat de Mme A, une somme de 275 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Brochard et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 mars 2024.

La magistrate désignée,

signé

H. Lepetit-CollinLa greffière,

signé

C. Mas

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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