Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2305343
vendredi 16 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2305343 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème Chambre |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 19 avril 2023, M. A D, représenté par Me Saligari, demande au tribunal :
1°) à titre principal, d'annuler l'arrêté du 18 avril 2023 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a assigné à résidence et lui a fait obligation de se présenter chaque jour, y compris les jours fériés, à 10h au commissariat de Gennevilliers, à titre subsidiaire de l'annuler en tant qu'il l'astreint à se présenter au commissariat de Gennevilliers chaque jour et non une fois par semaine ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.
Il soutient que :
- l'arrêté portant assignation à résidence du 18 avril 2023 est signé par une autorité incompétente ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;
- il est entachée d'une erreur de fait, dès lors qu'il mentionne qu'il est né le 26 novembre 1991 alors qu'il est né le 26 novembre 1981 ;
-il est illégal dès lors qu'il est fondé sur une décision prononçant son expulsion du territoire français qui n'y est pas annexée ;
-il méconnaît les dispositions de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la fréquence obligatoire de présentation au commissariat est disproportionnée au but poursuivi.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 décembre 2023, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 septembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Cuisinier-Heissler a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A D, ressortissant russe né le 26 novembre 1981, a fait l'objet d'un arrêté d'expulsion du territoire français du préfet des Hauts-de-Seine en date du 29 juin 2022. Par un arrêté du 18 avril 2023, dont l'intéressé demande l'annulation, le préfet des Hauts-de-Seine l'a assigné à résidence et a fixé les modalités de contrôle de cette assignation.
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme B, directrice des migrations et de l'intégration, qui bénéficiait, par arrêté n°2023-019 du 13 mars 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture des Hauts-de-Seine le 14 mars 2023, d'une délégation du préfet de ce département, à l'effet de signer notamment " dans la limite des attributions dévolues à cette direction, tous actes, pièces et correspondances ". Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées. ".
4. En l'espèce, l'arrêté en litige vise les textes dont il fait application, notamment le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont son article L. 731-3, le code des relations entre le public et l'administration et la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il vise également les circonstances de faits propres à la situation de M. D notamment qu'il a fait l'objet d'un arrêté d'expulsion pris par le préfet des Hauts-de-Seine le 29 juin 2022. En outre, l'arrêté précise qu'il est défavorablement connu des services de police, qu'il a été condamné le 17 octobre 2018 par le Tribunal de Grande instance de Caen à une peine d'emprisonnement de 4 mois avec sursis pour menace de mort réitérée, qu'il fait par ailleurs, l'objet d'une interdiction d'entrée de 15 ans sur le territoire Schengen prononcé par les autorités suisses pour mise en danger de la sécurité intérieure et extérieure de la Suisse, l'intéressé entretenant des contacts réguliers avec des personnes soutenant l'organisation terroriste État islamique et ayant un comportement montrant sa radicalisation avancée et sa dévotion pour le djihadisme, qu'il a également été condamné en Suisse pour des faits de violence envers des agents de la protection de l'enfance et faisait l'objet d'une enquête pénale pour menace contre sa femme. L'arrêté mentionne que prônant un islam radical, il était soupçonné d'avoir radicalisé ses enfants, ces derniers ayant un comportement jugé inquiétant par la direction de leur école, qu'il a été trouvé en possession de documents de propagande djihadiste et d'éléments démontrant son intérêt pour les armes, qu'il a également participé au financement d'individus présents au Moyen-Orient, en lien avec les organisations terroristes de l'Émirat du Caucase et de l'État Islamique , qu'il fréquentait une mosquée salafiste et côtoyait d'autres individus radicalisés, ayant eux-mêmes des accointances avec l'organisation terroriste État Islamique, faits pour lesquels ils faisaient l'objet de poursuites judiciaires. Dès lors, l'arrêté litigieux comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. En outre, le caractère suffisant de la motivation ne dépend pas du bien-fondé des motifs retenus par l'autorité administrative et des éventuelles erreurs qu'elle pourrait contenir. Ainsi, l'arrêté en litige est suffisamment motivé au regard des exigences de l'article L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué méconnaît ces dispositions.
5. En troisième lieu, il ne ressort ni des mentions de l'arrêté en litige ni des pièces du dossier que le préfet des Hauts-de-Seine, qui n'était pas tenu de faire état de tous les éléments relatifs à la situation du requérant, n'aurait pas procédé à l'examen particulier de la situation personnelle de M. D préalablement à l'édiction de la décision en litige. Le moyen qui en est tiré ne peut donc qu'être écarté.
6. En quatrième lieu, si le préfet des Hauts-de-Seine a mentionné que M. D était né le 26 novembre 1991 et non le 26 novembre 1981, cette erreur de plume, bien que regrettable, est sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué.
7. En cinquième lieu, la circonstance que l'arrêté d'expulsion du 29 juin 2022 n'ait pas été joint à l'arrêté en litige est sans incidence sur la légalité de ce dernier.
8. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut autoriser l'étranger qui justifie être dans l'impossibilité de quitter le territoire français ou ne pouvoir ni regagner son pays d'origine ni se rendre dans aucun autre pays, à se maintenir provisoirement sur le territoire en l'assignant à résidence jusqu'à ce qu'existe une perspective raisonnable d'exécution de son obligation, dans les cas suivants: () 6° L'étranger fait l'objet d'une décision d'expulsion () ".
9. Il est constant que le préfet des Hauts-de-Seine a décidé, sur le fondement de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité, d'assigner à résidence M. D dans le département des Hauts-de-Seine, dans l'attente d'une perspective raisonnable d'exécution, aux motifs que son expulsion ne pouvait être mise en œuvre en raison des décisions des 16 décembre 2021 et 6 janvier 2022 de la Cour européenne des droits de l'homme par lesquelles, appelée à se prononcer sur la situation de l'intéressé, elle a demandé au gouvernement français de ne pas renvoyer l'intéressé vers la Russie jusqu'à nouvel ordre. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet des Hauts-de-Seine a méconnu, en adoptant l'arrêté attaqué, les dispositions précitées de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
10. En dernier lieu, le requérant soutient que les modalités du contrôle du respect de cette assignation, prescrivant qu'il reste dans le département des Hauts-de-Seine où il est autorisé à circuler et qu'il se présente chaque jour, y compris les jours fériés, à 10h au commissariat de Gennevilliers, modalités de contrôle qui sont divisibles de la mesure d'assignation elle-même, sont disproportionnées. Toutefois, le requérant est connu des services de police pour menace de mort réitérée, fait l'objet d'une interdiction d'entrée de 15 ans sur le territoire Schengen prononcé par les autorités suisses pour mise en danger de la sécurité intérieure et extérieure de la Suisse, il entretient des contacts réguliers avec des personnes soutenant l'organisation terroriste État islamique et a un comportement montrant sa radicalisation avancée et sa dévotion pour le djihadisme. Il a été trouvé en possession de documents de propagande djihadiste et d'éléments démontrant son intérêt pour les armes, a participé au financement d'individus présents au Moyen-Orient, en lien avec les organisations terroristes de l'Émirat du Caucase et de l'État Islamique, fréquente une mosquée salafiste et côtoie d'autres individus radicalisés, ayant eux-mêmes des accointances avec l'organisation terroriste État Islamique, faits pour lesquels il a fait l'objet de poursuites judiciaires. Par suite, il ne ressort pas des pièces du dossier que ces modalités de contrôle du respect de l'assignation à résidence ne seraient pas adaptées, nécessaires et proportionnées aux finalités qu'elles poursuivent. Dès lors le moyen évoqué ci-dessus ne saurait être accueilli.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté attaqué du 18 avril 2023 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, à Me Saligari et au préfet des Hauts-de-Seine.
Délibéré après l'audience du 24 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
M. Bertoncini, président,
M. Amazouz, premier conseiller,
Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 février 2024.
La rapporteure,
S. Cuisinier-HeisslerLe président,
T. BertonciniLa greffière,
M. C
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour ampliation, la greffière
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