lundi 8 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2305412 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Pole Social (JU) |
| Avocat requérant | ABEBERRY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires complémentaires enregistrés le 14 avril 2023, le 16 janvier, 5 avril 2024, et 4 juin 2024, Mme B A, M. D E et M. C F, représentés par Me Abeberry, demandent au tribunal dans le dernier état de leurs écritures :
1°) de condamner l'État à leur verser la somme de 5 000 euros en réparation des préjudices subis du fait de leur absence de relogement ;
2°) de mettre à la charge de l'État la somme 1 080 euros à verser à leur conseil en application des dispositions des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Ils soutiennent que :
- la responsabilité pour faute de l'État est engagée dès lors que Mme A n'a reçu aucune proposition de logement, alors qu'elle a été reconnue prioritaire par la commission de médiation du droit au logement opposable du département des Hauts-de-Seine le 25 mars 2015 et que par un jugement n° 1600637 du 15 mars 2016, le tribunal administratif a enjoint à l'État de les reloger sous astreinte de 600 euros par mois de retard ; par jugements n° 1705272 du 29 mai 2018, n° 1900019 du 10 mars 2020, et n° 2106067 du 26 octobre 2022 le tribunal a condamné l'État à trois reprises à les indemniser des préjudices nés de leur absence de relogement ; par un jugement n° 2115225 du 20 février 2023, le tribunal administratif a de nouveau enjoint au préfet des Hauts-de-Seine d'assurer leur relogement ;
- ils subissent en conséquence des troubles de toute nature dans leurs conditions d'existence dès lors qu'ils sont logés dans le cadre du dispositif Solibail par l'association Aurore dans un logement de transition.
Par un mémoire en défense enregistré le 7 juin 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut, à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à ce que le montant de l'indemnité allouée soit modéré au regard de ses demandes.
Il fait valoir que :
- deux propositions de logement ont été présentées à la requérante ; ces propositions ont échoué, faute pour elle d'avoir fourni les pièces complémentaires demandées ;
- le fils cadet de Mme A n'est pas rattaché à son foyer fiscal ;
- la requérante bénéficie d'une nouvelle proposition de logement dont l'instruction est actuellement en cours.
Par un mémoire complémentaire enregistré le 14 juin 2024, Mme A conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens.
Elle soutient en outre que :
- s'agissant des propositions de logement qui lui ont été adressées, le tribunal administratif a déjà jugé ces arguments de défense et les écartés dans son jugement n°2106067 en date du 26 octobre 2022 ;
- seul l'aîné des enfants de la requérante vit avec elle désormais ;
- la dernière proposition de logement envisagée pour la requérante n'a pas abouti.
Vu :
- la décision du 25 mars 2024 par laquelle le président du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Pontoise a accordé le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale à Mme A ;
- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Lepetit-Collin, vice-présidente, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative ;
- le jugement n° 1600637 du 15 mars 2016, le tribunal administratif a enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de reloger Mme A sous astreinte de 600 euros par mois de retard ;
- le jugement n° 1705272 du 29 mai 2018 par lequel le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a condamné l'État à verser à Mme A la somme de 2 500 euros en réparation des préjudices nés de son absence de relogement pour la période du 15 septembre 2016 au 29 mai 2018 ;
- le jugement n° 1900019 du 10 mars 2020 par lequel le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a condamné l'État à verser à Mme A la somme de 2 500 euros en réparation des préjudices nés de son absence de relogement pour la période du 30 mai 2018 au 10 mars 2020 ;
- le jugement n° 2106067 du 26 octobre 2022 par lequel le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a condamné l'État à verser à Mme A la somme de 2 500 euros en réparation des préjudices nés de son absence de relogement pour la période du 11 mars 2020 au 26 octobre 2022 ;
- le jugement n° 2115225 du 20 février 2023 par lequel le tribunal administratif a enjoint au préfet des Hauts-de-Seine, d'assurer le logement de Mme A, en faisant usage, le cas échéant, des pouvoirs qu'il tient des dispositions du II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation ;
- la décision par laquelle la présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code général des impôts ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Lepetit-Collin, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.
La clôture de l'instruction est intervenue après appel de l'affaire à l'audience en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. La commission de médiation du département des Hauts-de-Seine a, par une décision du 25 mars 2015, désigné Mme A comme prioritaire et devant être logée en urgence. Par un jugement n° 1600637 du 15 mars 2016, le tribunal administratif a enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de reloger Mme A sous astreinte de 600 euros par mois de retard. Par trois jugements n° 1705272, n° 1900019 et n° 2106067 en date des 29 mai 2018, 10 mars 2020 et 26 octobre 2022, le tribunal administratif a condamné l'État à indemniser Mme A des préjudices nés de son absence de relogement pour une période courant du 15 septembre 2016 au 26 octobre 2022. N'ayant pas reçu de proposition de logement, Mme A et MM. F et E, ses fils majeurs, ont saisi le préfet d'une demande indemnitaire préalable par un courrier du 23 janvier 2023 reçu le 25 janvier suivant. Cette demande a été implicitement rejetée. Les requérants demandent au tribunal de condamner l'État à les indemniser des préjudices subis depuis le 26 octobre 2022.
Sur la responsabilité :
2. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'État à toute personne qui () n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ".
3. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'État à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'État, qui court à l'expiration du délai de trois ou six mois à compter de la décision de la commission de médiation que l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartit au préfet pour provoquer une offre de logement.
4. Doivent être considérées comme personnes vivant au foyer le ou les titulaires du bail, ainsi que leur concubin notoire ou leur partenaire d'un PACS, mais aussi les personnes figurant sur les avis d'imposition de ces titulaires et les personnes réputées à charge au sens du code général des impôts. A cet égard, sont réputées à charge au sens des articles 194, 196, 196 A bis et 196 B du code général des impôts, les enfants majeurs de moins de 21 ans s'ils sont rattachés au foyer fiscal, les enfants de moins de 25 ans s'ils sont rattachés au foyer fiscal et justifient du statut d'étudiant et, enfin, les enfants de tout âge s'ils sont atteints d'une infirmité.
5. Enfin, la carence fautive de l'État à assurer le logement du bénéficiaire de la décision de la commission de médiation dans le délai imparti engage sa responsabilité à l'égard du seul demandeur, au titre des troubles dans les conditions d'existence qu'elle a entraînés pour ce dernier.
En ce qui concerne les conclusions présentées par M. D E et M. C F :
6. Il résulte de ce qui a été indiqué au point précédent que les conclusions présentées par M. D E et M. C F, enfants majeurs de Mme A, doivent être rejetées. Il y aura lieu, en revanche, de tenir compte, le cas échéant, de la composition de la cellule familiale pour apprécier le préjudice de Mme A.
En ce qui concerne les fautes et la période de responsabilité de l'État :
7. La commission de médiation a reconnu, le 25 mars 2015, le caractère urgent et prioritaire de la demande de Mme A au motif qu'elle était logée dans un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale. Il résulte de l'instruction que depuis cette date, Mme A occupe un tel logement avec ses deux fils nés en 1997 et 2022. La persistance de cette situation, à compter du 26 septembre 2016, date à laquelle la carence de l'État a revêtu un caractère fautif, a causé à Mme A des troubles de toutes natures dans ses conditions d'existence. Toutefois, ainsi qu'il a été dit au point 1, le tribunal a déjà condamné l'État à indemniser la requérante en réparation de ses préjudices par trois jugements n° 1705272, n° 1900019 et n° 2106067 en date des 29 mai 2018, 10 mars 2020 et 26 octobre 2022 pour la période courant du 15 septembre 2016 au 26 octobre 2022. La période d'indemnisation commence ainsi au 23 octobre 2022.
8. Le préfet soutient toutefois avoir adressé à Mme A deux propositions de logements, en 2020 et 2022 et que le comportement de l'intéressée aurait fait obstacle à l'aboutissement de la procédure. Si, pour ce qui concerne la proposition de logement faite en 2020, le préfet soutient que la requérante n'aurait pas produit les documents nécessaires, il ne ressort pas de l'instruction que ces documents auraient été demandés, en vain, à la requérante. Pour ce qui concerne la proposition de logement adressée à la requérante en 2022, le préfet indique lui-même ne pas être en mesure de fournir les circonstances précises du dossier et ne peut soutenir que les mentions de l'application SYPLO vaudraient " présomption de régularité " de la procédure suivie et qu'il appartiendrait à la requérante de justifier des raisons pour lesquelles certains documents n'auraient pas été produits. Enfin, si dans le dernier état des écritures des parties, il apparait qu'une nouvelle proposition de logement était en cours à la date du mémoire en défense du préfet, la requérante établit que la commission d'attribution des logements, réunie lors de sa séance du 12 juin 2024, ne lui a pas attribué l'appartement. Aucune de ces circonstances ne peut donc avoir interrompu la période de responsabilité de l'État qui court jusqu'au jour du présent jugement.
En ce qui concerne les préjudices :
9. Compte tenu des conditions de logement de Mme A qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence et de la composition de son foyer, la requérante confirmant, ainsi que le démontrent les pièces du dossier, que seul son fils aîné réside désormais avec elle, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi en évaluant l'indemnisation due à la somme totale de 1 000 euros.
10. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de condamner l'État à verser à Mme A la somme de 1 000 euros tous intérêts confondus au jour du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
11. Mme A ayant été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle, son avocat peut se prévaloir des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et sous réserve d'une renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Abeberry de la somme de 1 080 euros.
D É C I D E :
Article 1er : L'État est condamné à verser à Mme A la somme de 1 000 (mille) euros tous intérêts confondus au jour du présent jugement.
Article 2 : L'État versera la somme de 1 080 euros à Me Abeberry, conseil de Mme A, sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle, sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Abeberry et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juillet 2024.
La magistrate désignée
signé
H. Lepetit-CollinLa greffière
signé
C. Mas
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026