Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2305440

mercredi 22 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2305440
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 21 et 24 avril 2023, M. A B, représenté par Me Morin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 mars 2023 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de renouveler sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné et lui a fait interdiction de retour sur le territoire national pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de lui délivrer un titre de séjour, dans un délai d'un mois et dans l'attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisation à travailler, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de mettre fin à son signalement dans le système d'information Schengen ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 avril 2023, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

Par un jugement du 28 avril 2023, le magistrat désigné par le président du tribunal a statué sur l'ensemble des conclusions en annulation présentées par M. A B à l'exception de celles relatives au refus de séjour qui ont été renvoyées en formation collégiale.

En ce qui concerne la décision portant refus de renouvellement de séjour, M. B soutient que :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle méconnaît les articles L. 432-13 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle porte une atteinte à son droit à mener une vie privée et familiale normale et méconnaît ainsi les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur dans l'appréciation de sa situation personnelle.

Vu :

- le jugement n° 2305440 du 28 avril 2023 du tribunal administratif de Cergy-Pontoise ;

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Viain, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant égyptien né le 7 mars 1986, entré en France le 13 mars 2011, y a séjourné régulièrement depuis le 19 décembre 2014. Par un arrêté du 9 mars 2023, notifié le 20 avril 2023, le préfet des Hauts-de-Seine a refusé sa demande de renouvellement de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an. Par la requête susvisée, M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'étendue du litige :

2. Sur le fondement des dispositions de l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article R. 776-17 du code de justice administrative, le magistrat désigné par le président du tribunal a, par son jugement visé ci-dessus du 28 avril 2023, statué sur la légalité des décisions d'obligation de quitter le territoire français, de fixation du pays de destination et d'interdiction de retour sur le territoire français. Ainsi, il revient au tribunal statuant en formation collégiale de ne se prononcer que sur les seules conclusions de la requête dirigées contre la décision du 9 mars 2023 en tant qu'elle refuse à M. B le renouvellement de son titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 9 mars 2023 portant refus de renouvellement de titre de séjour :

3. Aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE ".

4. Il ressort des termes de la décision attaquée que le renouvellement de sa carte pluriannuelle a été refusé à M. B au motif que son comportement constituait une menace pour l'ordre public dès lors que, par un jugement du tribunal correctionnel de Nanterre du 10 février 2017, il a été condamné à une peine d'emprisonnement de 4 mois avec sursis pour des faits de violence suivie d'incapacité n'excédant pas 8 jours par une personne étant ou ayant été conjoint. Toutefois, cette condamnation est ancienne et concerne des faits ayant été commis le 19 octobre 2016, soit plus de 6 ans avant la date de l'arrêté en litige. Par ailleurs, si le préfet des Hauts-de-Seine soutient que le requérant s'est fait connaître postérieurement pour des faits identiques, il n'apporte aucune précision au soutien de cette affirmation. Enfin, il ressort des pièces du dossier que le requérant justifie d'une insertion professionnelle stable et durable, exerçant le métier de cuisinier depuis 2011, et est parent de trois enfants nés en France les 25 juin 2014, 11 mars 2019 et 14 octobre 2020, dont il contribue à l'entretien et à l'éducation. Dans ces conditions, aussi regrettable que soit cette condamnation, eu égard à son caractère ancien, le préfet des Hauts-de-Seine, qui a au demeurant, postérieurement à celle-ci, délivré à M. B une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " salarié " valable du 4 août 2017 au 3 août 2021, a commis une erreur d'appréciation au regard de l'article L. 412-5 précité en lui refusant le renouvellement de son titre de séjour pour le seul motif tiré de ce que sa présence constitue une menace pour l'ordre public à la date de l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré d'une méconnaissance de ces dispositions doit être accueilli.

5. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 9 mars 2023 en tant qu'il refuse le renouvellement de sa carte de séjour pluriannuelle.

Sur les conclusions à fin d'injonction

6. Eu égard au motif d'annulation retenu, il y a lieu d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine, ou au préfet territorialement compétent, sous réserve d'un changement dans les circonstances de droit ou de fait, de délivrer à M. B une carte de séjour pluriannuelle, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour dans un délai 2 semaines.

Sur les frais liés au litige :

7. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme que demande M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 9 mars 2023 du préfet des Hauts-de-Seine est annulé en tant qu'il refuse le renouvellement de la carte de séjour pluriannuelle de M. B.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine, ou au préfet territorialement compétent, de délivrer à M. B, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, une carte de séjour pluriannuelle et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de deux semaines à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 30 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Huon, président ;

Mme Richard, première conseillère ;

M. Viain, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 mai 2024.

Le rapporteur,

signé

T. VIAIN

Le président,

signé

C. HUON

La greffière,

signé

A. TAINSA

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

N°2305440