Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2305441

jeudi 29 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2305441
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation11ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire et des pièces complémentaires enregistrés les 21 avril 2023, 26 mai 2023 et 31 mai 2023, M. C A, représenté par Me François, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 février 2023, par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que l'arrêté attaqué :

- méconnait les dispositions de l'article 5 de la convention franco-ivoirienne du 21 septembre 1992 relative à la circulation et au séjour des personnes ;

- il méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 octobre 2023, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête et produit les pièces du dossier.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention franco-ivoirienne du 21 septembre 1992 relative à la circulation et au séjour des personnes ;

- le code du travail ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. d'Argenson, président, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, ressortissant ivoirien né le 20 décembre 1996, déclare être entré en France le 1er janvier 2017. Le 24 juin 2022, il a sollicité son admission exceptionnelle au séjour et la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié " sur le fondement de l'article 5 de la convention franco-ivoirienne du 21 septembre 1992. Par un arrêté du 8 février 2023, le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. A demande l'annulation de cet arrêté.

2. Aux termes de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié" d'une durée maximale d'un an. La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail ".

3. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que le préfet du Val-d'Oise a refusé de délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié" à M. A au motif qu'il ne remplissait pas les conditions posées par ces stipulations, à savoir qu'il ne présente pas de visa d'entrée exigé par l'article 4 de la convention franco-ivoirienne du 21 septembre 1992 ni de contrat de travail visé en application de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article L. 5221-2 du code du travail. Il est constant que M. A n'est pas entré sur le territoire français sous couvert d'un visa long séjour et, dès lors, il n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaquée méconnait les dispositions précitées. Par suite, le moyen doit être écarté.

4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. M. A soutient résider sur le territoire français depuis 2017 et y être inséré professionnellement. Toutefois, d'une part, il ne démontre pas une intégration particulière au sein de la société française. D'autre, part, si l'intéressé soutient travailler depuis plus de cinq ans et bénéficier d'une promesse d'embauche de son précédent employeur, il ressort des pièces du dossier que la réalité et la pérennité de son emploi ne peuvent être démontrées que pour la période de mars 2019 à novembre 2020 et que la plateforme interrégionale de la main d'œuvre étrangère a émis un avis défavorable le 8 décembre 2022. En tout état de cause, le requérant fait état d'une expérience professionnelle de seulement deux ans et huit mois, qui ne peut être regardée comme un motif exceptionnel d'admission. Par ailleurs, M. A, célibataire et sans charge de famille en France, n'est pas dépourvu de fortes attaches dans son pays d'origine où réside notamment son fils et où il a vécu jusqu'à l'âge de 21 ans au moins. Enfin, le requérant a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement le 11 janvier 2021 à laquelle il s'est soustrait. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées. Par suite, doivent également être rejetées les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre des frais d'instance.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 8 février 2024, à laquelle siégeaient :

M. d'Argenson, président,

M. Robert, premier conseiller,

Mme Bocquet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 février 2024.

Le président-rapporteur,

signé

P.-H. d'Argenson L'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

signé

D. RobertLa greffière

signé

M. B

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne, et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N°2305441