Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2305446
mardi 16 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2305446 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème Chambre |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 20 avril 2023, M. A B, représenté par Me Luciano, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 15 mars 2023 par laquelle le préfet du Val d'Oise a classé sans suite sa demande de titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet à titre principal, d'enregistrer sa demande dans un délai de 7 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, de lui délivrer une date de rendez-vous et un récépissé de demande de carte de séjour dans le même délai ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision en litige n'est pas signée et ne mentionne pas la qualité de son signataire ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- elle méconnait les dispositions des articles R.431-2 et R. 431-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnait les dispositions de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 novembre 2023, le préfet du Val d'Oise conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la requête est irrecevable en l'absence de décision faisant grief ;
- aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Cuisinier-Heissler a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant indien, né le 8 juillet 1986, entré en France en 2011 selon ses déclarations, a sollicité le 17 février 2022 un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour de étrangers et du droit d'asile. Le 15 mars 2023, le préfet du Val d'Oise a classé sans suite sa demande. L'intéressé demande l'annulation de cette décision de classement sans suite.
Sur la nature du classement sans suite de la demande de titre de séjour :
2. Aux termes de l'article R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La demande d'un titre de séjour figurant sur une liste fixée par arrêté du ministre chargé de l'immigration s'effectue au moyen d'un téléservice à compter de la date fixée par le même arrêté. Les catégories de titres de séjour désignées par arrêté figurent en annexe 9 du présent code. () ". Aux termes de l'article R. 431-3 du même code : " La demande de titre de séjour ne figurant pas dans la liste mentionnée à l'article R. 431-2, est effectuée à Paris, à la préfecture de police et, dans les autres départements, à la préfecture ou à la sous-préfecture. / Le préfet peut également prescrire que les demandes de titre de séjour appartenant aux catégories qu'il détermine soient adressées par voie postale ".
3. Il résulte de ces dispositions que, pour introduire valablement une demande de titre de séjour, il est nécessaire, sauf si l'une des exceptions définies par ces dispositions est applicable, que les intéressés se présentent physiquement à la préfecture. L'absence de comparution personnelle du demandeur n'a pas pour effet de retirer la qualité de demande à une démarche réalisée par la voie postale. Il n'est donc pas possible d'estimer que, dans une telle hypothèse, l'absence de demande n'a pu faire naître de décision de refus faisant grief. A défaut de disposition expresse en sens contraire, la décision prise par le préfet de classer sans suite une demande de titre de séjour présentée par un ressortissant étranger en méconnaissance de la règle de présentation personnelle du demandeur en préfecture, est susceptible d'un recours pour excès de pouvoir.
4. Le préfet du Val-d'Oise fait valoir que la requête est dirigée contre une décision inexistante. Toutefois, les demandes de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code précité ne figurent pas parmi les demandes mentionnées à l'annexe 9 du code précité, pour lesquelles la demande s'effectue obligatoirement au moyen du téléservice prévu par l'article R.431-2 du même code. Ainsi, contrairement à ce que fait valoir le préfet du Val-d'Oise, la décision de classement sans suite du 15 mars 2023 de la demande de M. B pour absence de comparution personnelle est une décision susceptible de recours pour excès de pouvoir. La fin de non-recevoir opposée en défense doit, par suite, être écartée.
Sur le refus de titre de séjour :
5. Aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci. ".
6. Lorsque le refus de titre de séjour est fondé à bon droit sur l'absence de comparution personnelle du demandeur, ce dernier ne peut se prévaloir, à l'encontre de la décision de rejet de sa demande de titre de séjour, de moyens autres que ceux tirés d'un vice propre de cette décision. Le préfet n'est, toutefois, pas en situation de compétence liée pour rejeter la demande de titre de séjour et peut, s'il l'estime justifié, procéder à la régularisation de la situation de l'intéressé.
7. Il ressort de la décision contestée elle-même qu'elle est fondée sur l'absence de comparution personnelle de l'intéressé en préfecture. Dans ces conditions, le requérant ne peut pas se prévaloir, à l'encontre de la décision en litige, de moyens autres que ceux tirés d'un vice propre de cette décision. Le requérant soutient à raison que la décision contestée n'est pas signée. Par suite elle est entachée d'un vice d'incompétence et doit être annulée.
8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à solliciter l'annulation de la décision par laquelle le préfet du Val d'Oise a rejeté sa demande de titre de séjour.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
9. Eu égard au motif d'annulation retenu et alors qu'aucun autre moyen de la requête n'apparaît de nature à entacher d'illégalité la décision attaquée, l'exécution du présent jugement implique seulement que le préfet du Val d'Oise procède à un nouvel examen de la demande de M. B dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour.
Sur les frais liés au litige :
10. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de M. B présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 15 mars 2023 est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Val-d'Oise, de procéder au réexamen de la situation de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B et au préfet du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 13 mars 2024, à laquelle siégeaient :
M. Bertoncini, président,
Mme Saïh, première conseillère,
Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 avril 2024.
La rapporteure,
S. Cuisinier-HeisslerLe président,
T. Bertoncini
La greffière,
N. Magen
La République mande et ordonne au préfet du Val d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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