Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2305554
mercredi 22 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2305554 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème Chambre |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 21 et 24 avril 2023, M. B A, représenté par Me Hervet, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 9 mars 2023 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer un certificat de résidence algérien mention " vie privée et familiale " ou " salarié " dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 mai 2023, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens invoqués en sont pas fondés.
Par un jugement du 12 mai 2023, le magistrat désigné par le président du tribunal a statué sur l'ensemble des conclusions en annulation présentées par M. A à l'exception de celles relatives au refus de séjour qui ont été renvoyées en formation collégiale.
En ce qui concerne la décision de refus de renouvellement du titre de séjour, il soutient que :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de la menace à l'ordre public ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Vu :
- le jugement n° 2305554 du 12 mai 2023 du tribunal administratif de Cergy-Pontoise ;
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Viain, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant algérien né le 12 septembre 1998, est entré sur le territoire français en août 2012. Le 10 avril 2019, l'intéressé a obtenu un certificat de résidence algérien mention " vie privée et familiale " renouvelé à deux reprises jusqu'au 8 octobre 2021. Par arrêté du 9 mars 2023, le préfet des Hauts-de-Seine a refusé le renouvellement du titre de séjour de M. A, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par la requête susvisée, M. A demande l'annulation de cet arrêté.
Sur l'étendue du litige :
2. Sur le fondement des dispositions de l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article R. 776-17 du code de justice administrative, le magistrat désigné par le président du tribunal a, par son jugement visé ci-dessus du 12 mai 2023, statué sur la légalité des décisions d'obligation de quitter le territoire français, de fixation du pays de destination et d'interdiction de retour sur le territoire français. Ainsi, il revient au tribunal statuant en formation collégiale de ne se prononcer que sur les seules conclusions de la requête dirigées contre la décision du 9 mars 2023 en tant qu'elle refuse à M. A la délivrance d'un titre de séjour.
Sur les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du 9 mars 2023 en tant qu'il porte refus de renouvellement de titre de séjour :
3. En premier lieu, l'arrêté attaqué, qui n'avait pas à reprendre tous les éléments de la situation personnelle de M. A, vise les textes dont il fait application, notamment l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, et les faits sur lesquels il s'appuie. En particulier, il indique que le requérant, qui a été condamné à plusieurs reprises pour des faits de conduite sans permis et de conduite en état d'ivresse, représente une menace à l'ordre public. Dans ces conditions, cette décision, qui comporte la mention des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, est suffisamment motivée et ne méconnaît pas les stipulations des articles L.211-2 et L.211-5 du code des relations entre le public et l'administration, dont le respect s'apprécie indépendamment du bien-fondé des motifs retenus.
4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la situation de M. A n'aurait pas fait l'objet d'un examen particulier. Ce moyen doit ainsi être écarté.
5. Il ressort des termes de la décision attaquée que le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement de l'article 6 alinéa 5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 a été refusé à M. A au motif que son comportement constituait une menace pour l'ordre public dès lors qu'il a été condamné le 18 septembre 2020 par le tribunal judiciaire de Nanterre à une amende de 500 euros pour des faits de conduite sous l'empire d'un état alcoolique et d'usage illicite de stupéfiants, le 22 décembre 2020 par le tribunal judiciaire de Chartres à une amende de 400 euros et à l'obligation d'accomplir un stage de sensibilisation à la sécurité routière pour des faits de conduite sans permis, le 14 juin 2021 par le tribunal correctionnel de Nanterre à 75 jours-amende à titre principal pour des faits de conduite sans permis, le 23 juin 2021 par le Président du tribunal judiciaire de Nanterre à une peine d'emprisonnement de 4 mois avec sursis et à l'obligation d'accomplir un stage de sensibilisation à la sécurité routière pour des faits de conduite sous l'empire d'un état alcoolique et de conduite sans permis. Par ailleurs, le 5 février 2022, le requérant s'est fait connaître par les services de police pour des faits de conduite d'un véhicule à moteur sans assurance. Compte tenu du caractère répété et récent des faits commis, dont la gravité ne saurait être minimisée eu égard au risque que cette situation représente tant pour le requérant que pour les autres usagers de la route, le comportement habituel de M. A, alors même qu'il aurait désormais obtenu son permis et suivi des stages de sensibilisation, doit être regardé comme constitutif d'une menace pour l'ordre public, de sorte que le préfet des Hauts-de-Seine, en rejetant, pour ce motif, sa demande de renouvellement d'une carte de résident algérien, n'a pas commis d'erreur d'appréciation au regard de la menace à l'ordre public.
6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance (). 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les dispositions du présent article ainsi que celles des deux articles suivants, fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent, sous réserve que leur situation matrimoniale soit conforme à la législation française. / Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ".
7. M. A fait valoir qu'il réside en France depuis août 2012, qu'il est hébergé chez sa sœur qui l'a adopté par kafala en 2015 et qu'il justifie d'une insertion professionnelle réussie. Toutefois, la durée de son séjour en France ne démontre pas, à elle seule que le requérant y a déplacé le centre de ses intérêts privés et familiaux. Sur ce point, si M. A établit que sa sœur réside régulièrement en France, il ne justifie pas de l'existence d'autres attaches privées et familiales sur le territoire français. En outre, le requérant, célibataire et sans enfant, ne démontre pas l'absence d'attaches dans son pays d'origine, où résident notamment ses parents. Par ailleurs, s'il exerce une activité professionnelle de livreur depuis octobre 2021, soit depuis 18 mois à la date de la décision attaquée, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il serait dans l'impossibilité d'exercer une activité professionnelle dans son pays d'origine. Enfin, comme il a été dit au point 5 le requérant représente une menace à l'ordre public en raison des faits répétés pour lesquels il a fait l'objet de plusieurs condamnations récentes. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision de refus de renouvellement de son titre de séjour méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention précitée ou serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968.
8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fin d'annulation de la décision de refus de renouvellement de titre de séjour doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquences, les conclusions aux fins d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Hauts-de-Seine.
Délibéré après l'audience du 30 avril 2024, à laquelle siégeaient :
M. Huon, président ;
Mme Richard, première conseillère ;
M. Viain, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 mai 2024.
Le rapporteur,
signé
T. VIAINLe président,
signé
C. HUONLa greffière,
signé
A. TAINSA
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
N°2305554
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