Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2305580

jeudi 4 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2305580
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 24 avril, 12 octobre et 19 octobre 2023, M. A B, représenté par Me Février, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 27 mars 2023 du préfet des Hauts-de-Seine en tant qu'il lui fait obligation de quitter le territoire français, a fixé le pays de destination et lui fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 20 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 1 500 euros à Me Février sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :

- elles méconnaissent les dispositions de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle sont entachées d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- la décision attaquée méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une période d'une année :

- la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation ;

- elle méconnaît le droit au respect de la vie privée et familiale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 septembre 2023, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés dans la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement, sur proposition de la rapporteure publique, a dispensé cette dernière de présenter des conclusions sur cette affaire en application des dispositions de l'article R. 732-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- Le rapport de M. Jacquelin, rapporteur ;

- Et les observations de Me Peter, substituant Me Février, représentant M. B.

La clôture de l'instruction a été prononcée le 6 novembre 2023 à 12h.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant mauritanien, né le 15 novembre 1986 à Tachout, serait entré en France le 10 avril 2019 selon ses déclarations. Il a sollicité le 25 octobre 2022 la délivrance d'un titre de séjour pour soins au regard des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté litigieux du 27 mars 2023, le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de son renvoi. Il a assorti son arrêté d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'une année.

Sur les conclusions tendant à l'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. () ".

3. M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 juillet 2023. Par suite, il n'y plus lieu de statuer sur ses conclusions tendant à son admission à titre provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Il ressort des pièces du dossier que M. B est inscrit à l'Université Paris Nanterre en licence administration économique et sociale, pour les années 2022 et 2023 avec un avis favorable du jury pour maintenir sa formation en 2024, qu'il se prévaut de trois lettres de soutien, de la part de la vice-présidente en charge des études, du directeur de l'UFR SEGMI et du président de l'Université Paris Nanterre. Celui-ci évoque son intégration au sein de la vie associative étudiante, et son investissement avec détermination dans ses études, démontrant son intégration sociale. De plus, il ressort des éléments du dossier et notamment de certificats médicaux établis les 8 novembre 2021 et 23 mai 2022, par le docteur C, psychiatre au centre de santé de l'Université Paris Nanterre, que M. B fait l'objet d'un suivi psychiatrique en raison d'un stress post-traumatique entraînant des idées suicidaires, et que son état de santé nécessite une prise en charge psychiatrique et psychologique. Selon l'attestation en date du 11 octobre 2023, de la psychologue clinicienne du service médical de l'Université Paris Nanterre, d'une part, que depuis sa prise en charge le 7 avril 2021, M. B souffre de symptômes caractéristiques d'un syndrome post-traumatique, telle qu'une détresse émotionnelle, des symptômes majeurs d'anxiété, de dépression avec idées suicidaires ainsi que des perturbations cognitives, et d'autre part, une poursuite des soins psychiques s'avère indispensable. Aussi, dans les circonstances particulières de l'espèce, et alors qu'il ressort des pièces du dossier que le frère du requérant, avec lequel il n'est pas contesté qu'il entretient des liens soutenus et stables, s'est vu reconnaître l'asile en France, le préfet des Hauts-de-Seine, en l'obligeant à quitter le territoire français, a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences qu'elle emporte sur la situation personnelle de l'intéressé.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français, et par voie de conséquence, celle de la décision fixant le pays de destination ainsi que la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire français pendant un an.

Sur l'injonction et l'astreinte :

6. Le présent jugement, eu égard au motif d'annulation de l'arrêté attaqué, implique nécessairement que le préfet des Hauts-de-Seine procède au réexamen de la situation de M. B et lui délivre dans cette attente une autorisation provisoire de séjour. Il y a lieu d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de procéder à cette injonction dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. En revanche, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

7. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Février, avocat de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Février de la somme de 1 000 euros.

D É C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle présentée par M. B.

Article 2 : L'arrêté du préfet des Hauts-de-Seine du 27 mars 2023 est annulé en tant qu'il porte obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, fixe le pays de renvoi et fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an à M. B.

Article 3 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de procéder au réexamen de la situation de M. B et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour dans un délai de deux mois suivant la notification du présent jugement.

Article 4 : L'État versera à Me Février, conseil de M. B, une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve pour elle de renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

Article 5 : Le surplus des conclusions est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 19 mars 2024, à laquelle siégeaient :

Mme. Le Griel, présidente ;

M. Jacquelin, premier conseiller ;

Mme Debourg, conseillère ;

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 avril 2024.

Le rapporteur,

signé

G. Jacquelin

La présidente,

signé

H. Le Griel

La greffière,

signé

E. Pradel

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour ampliation, la greffière.

N°2305580