Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2305652
lundi 13 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2305652 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Pole Social (JU) |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 24 avril 2023 et le 30 mai 2023, Mme A B demande au tribunal d'annuler la décision en date du 8 mars 2023 par laquelle la commission de médiation du département des Hauts-de-Seine a rejeté son recours tendant à la reconnaissance du caractère prioritaire et urgent de sa demande de logement social.
Elle doit être regardée comme soutenant que :
- elle occupe actuellement un logement dont le moyen est trop élevé au regard de ses revenus ;
- elle est en attente d'un logement social depuis 2010 ;
- la décision est entachée d'une erreur de droit, dès lors que la commission de médiation, dans sa demande de pièces complémentaires ne lui a pas demandé de produire de convention de divorce alors même que cette dernière a été signée le 29 juin 2022.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 septembre 2023, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.
Il soutient que le moyen soulevé n'est pas fondé et que la convention de divorce produite au dossier n'est pas recevable dès lors qu'elle n'avait pas été produite devant la commission en charge de son dossier.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- l'arrêté du 18 avril 2014 pris pour l'application de l'article R.441-14 du code de la construction et de l'habitation ;
- le code de procédure civile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Lepetit-Collin, vice-présidente, pour statuer sur les litiges en application des dispositions de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
La rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Lepetit-Collin, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.
La clôture de l'instruction est intervenue après l'appel de l'affaire à l'audience en application des dispositions de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B a saisi la commission de médiation du département des Hauts-de-Seine d'un recours tendant à ce que sa demande de logement soit reconnue urgente et prioritaire en application du II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation. Par une décision en date du 8 mars 2023, la commission de médiation a rejeté son recours amiable. Mme B demande l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'Etat à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière () n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir ". Aux termes du premier alinéa du II de l'article L. 441-2-3 du même code : " La commission de médiation peut être saisie par toute personne qui, satisfaisant aux conditions réglementaires d'accès à un logement locatif social, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande de logement dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4. Elle peut être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur, de bonne foi, est dépourvu de logement, menacé d'expulsion sans relogement, hébergé ou logé temporairement dans un établissement ou un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, logé dans des locaux impropres à l'habitation ou présentant un caractère insalubre ou dangereux. () ". Aux termes de l'article R. 441-14 du même code : " La commission est saisie par le demandeur dans les conditions prévues au II ou au III de l'article L. 441-2-3. La demande, réalisée au moyen d'un formulaire répondant aux caractéristiques arrêtées par le ministre chargé du logement et signée par le demandeur, précise l'objet et le motif du recours, ainsi que les conditions actuelles de logement ou d'hébergement du demandeur. Elle comporte, selon le cas, la mention soit de la demande de logement social déjà enregistrée assortie du numéro unique d'enregistrement attribué au demandeur, sauf justification particulière, soit de la ou des demandes d'hébergement effectuées antérieurement. Le demandeur fournit, en outre, toutes pièces justificatives de sa situation. Les pièces justificatives à fournir obligatoirement sont fixées par l'arrêté précité. La réception du dossier, dont la date fait courir les délais définis aux articles R. 441-15 et R. 441-18, donne lieu à la délivrance par le secrétariat de la commission d'un accusé de réception mentionnant la date du jour de la réception de la demande. Lorsque le formulaire n'est pas rempli complètement ou en l'absence de pièces justificatives obligatoires, le demandeur en est informé par un courrier, qui fixe le délai de production des éléments manquants, délai pendant lequel les délais mentionnés aux articles R. 441-15 et R. 441-18 sont suspendus. ".
3. Les pièces justificatives, à fournir obligatoirement à l'appui d'un recours amiable déposé au titre des dispositions précitées du II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, sont mentionnées par le formulaire Cerfa n° 15036*01 de recours amiable " Recours amiable devant la commission départementale de médiation en vue d'une offre de logement " prévu par l'arrêté du 18 avril 2014 pris pour l'application de l'article R. 441-14 du code de la construction et de l'habitation, et par la notice qui l'accompagne.
4. Pour rejeter comme irrecevable le recours amiable formé par Mme B, la commission de médiation du département des Hauts-de-Seine a relevé que l'ordonnance de non conciliation produite par la requérante, compte tenu de la date à laquelle elle a été prise, était devenue caduque en application de l'article 1113 du code de procédure civile. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, notamment du courrier demandant de demande de pièces complémentaires adressé à Mme B le 12 décembre 2022, que la production de la convention de divorce, qui figure parmi les pièces justificatives prévues par l'arrêté du 18 avril 2014 susmentionné, ne lui a pas été demandée. Ainsi, n'ayant pas été alertée sur la nécessité de communiquer cette pièce, la requérante n'a pas été mise en mesure de la produire devant la commission de médiation pour l'examen de son dossier. Par conséquent, Mme B est fondée à soutenir qu'en rejetant son recours comme irrecevable sans l'avoir invitée à produire la pièce justificative manquante, la décision de la commission de médiation est intervenue à l'issue d'une procédure irrégulière.
5. Il résulte de tout ce qui précède que la décision de la commission de médiation du département des Hauts-de-Seine en date du 8 mars 2023 doit être annulée.
D É C I D E :
Article 1er : La décision du 8 mars 2023 par laquelle la commission de médiation du département des Hauts-de-Seine a rejeté le recours de Mme B tendant à la reconnaissance du caractère prioritaire et urgent de sa demande de logement social est annulée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 mai 2024.
La magistrate désignée,
signé
H. Lepetit-Collin La greffière,
signé
C. Mas
La République mande et ordonne ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
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