Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2305850
lundi 27 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2305850 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 27 avril 2023, Mme et M. E et Mohamed C, représentés par Me Callon, demandent au juge des référés :
1°) d'ordonner une expertise, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, portant sur les conditions dans lesquelles Mme E C a été prise en charge par le centre hospitalier Louis Mourier de Colombes (92700) pour le suivi de sa 4ème grossesse ;
2°) d'enjoindre à l'expert le dépôt d'un pré-rapport.
Ils soutiennent que :
- une carence dans l'assistance médicale de l'unité de soin a concouru à un défaut d'information sur une grossesse intra utérine après un retrait d'embryon extra utérin avec salpingectomie qui leur cause des préjudices ;
- la mesure d'expertise est utile dès lors que l'assistance publique - Hôpitaux de Paris qui vient aux droits de l'hôpital Louis Mourier refuse de répondre aux conclusions d'une expertise non contradictoire diligentée par leur assureur.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 mai 2023, l'assistance publique - Hôpitaux de Paris ne s'oppose pas à la désignation d'un expert gynécologue obstétricien aux frais de la requérante, formule les protestations et réserves d'usage et demande au juge de rejeter toute demande supplémentaire.
La requête a été transmise à la caisse primaire d'assurance maladie de Paris qui n'a pas produit d'observation.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu le code de justice administrative.
Le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné M. Beaufaÿs, premier vice-président du tribunal, pour statuer sur les demandes de référés.
Considérant ce qui suit :
Sur la demande d'expertise :
1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. () ". Aux termes de l'article R 532-5 de ce code : " Les dispositions des articles R. 621-1 à R. 621-14, à l'exception du troisième alinéa de l'article R. 621-9, sont applicables aux référés mentionnés à l'article R. 532-1, sous réserve des dispositions du présent chapitre. () ".
2. L'utilité d'une mesure d'instruction ou d'expertise qu'il est demandé au juge des référés d'ordonner sur le fondement de cette disposition doit être appréciée, d'une part, au regard des éléments dont le demandeur dispose ou peut disposer par d'autres moyens et, d'autre part, bien que ce juge ne soit pas saisi du principal, au regard de l'intérêt que la mesure présente dans la perspective d'un litige principal, actuel ou éventuel, auquel elle est susceptible de se rattacher.
3. La mesure d'expertise demandée par M. et Mme C a pour objet, en vue d'un éventuel recours au fond, de réunir les éléments permettant de déterminer si les soins prodigués lors de la prise en charge de Mme C par l'hôpital Louis Mourier ont été ou non conformes aux règles de l'art et de déterminer les préjudices subis. Elle présente ainsi un caractère utile et entre dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Il y a lieu de faire droit à la demande d'expertise et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.
Sur les réserves exprimées :
4. Il n'appartient pas au juge des référés statuant sur le fondement des dispositions citées au point 1 de donner acte de protestations ou de réserves. Les conclusions présentées en ce sens ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les conclusions tendant à ce que le pré-rapport de l'expert soit soumis aux parties :
5. Aucune disposition du code de justice administrative ni aucun principe général du droit ne fait obligation à l'expert d'établir un pré-rapport. L'établissement d'un pré-rapport adressé aux parties en vue de recueillir leurs éventuelles observations ne constitue donc qu'une modalité opérationnelle de l'expertise dont il appartient à l'expert d'apprécier la nécessité d'y recourir. Il suit de là que les conclusions de M. et Mme C tendant à ce que l'expert établisse un pré-rapport communicable aux parties ne peuvent qu'être rejetées.
O R D O N N E :
Article 1er : M. F D, élisant domicile à l'hôpital Armand Troussaud, 26 Avenue du Docteur A B à Paris (75012) est désigné en qualité d'expert. Il aura pour mission :
- se faire communiquer tous documents relatifs à l'état de santé de M. C Mme C et, notamment, tous documents relatifs au suivi médical, aux actes de soins et aux diagnostics pratiqués sur lors de sa prise en charge par l'hôpital Louis Mourier ; convoquer et entendre les parties et tous sachants ; recueillir les doléances ; procéder à l'examen sur pièces du dossier médical de Mme C ainsi qu'éventuellement à son examen clinique ;
- rappeler l'état de santé antérieur de Mme C et décrire son état à la date de l'expertise ;
- dire si l'état de santé de Mme C est consolidé et, le cas échéant, fixer la date de consolidation ; dans l'hypothèse où l'état de santé de Mme C ne serait pas consolidé, fixer l'échéance à l'issue de laquelle l'intéressée devra à nouveau être examinée ;
- décrire les conditions dans lesquelles Mme C a été prise en charge par les services du centre hospitalier ; donner son avis sur le point de savoir si les diagnostics établis et les traitements, interventions et soins prodigués et leur suivi ont été consciencieux, attentifs, diligents et conformes aux données acquises de la science, et s'ils étaient adaptés à l'état de Mme C et aux symptômes qu'elle présentait ;
- donner son avis sur le point de savoir si le dommage corporel constaté présente un lien de causalité direct, certain et exclusif avec un manquement imputable à l'établissement, en excluant la part des séquelles à mettre en relation avec la pathologie initiale et son évolution ou avec toute autre cause étrangère à la prise en charge de Mme C par l'établissement ; indiquer si le dommage résulte d'un accident médical non fautif, d'une affection iatrogène ou d'une infection nosocomiale et, dans ce dernier cas, donner tous éléments permettant de déterminer si l'infection a une cause étrangère à la prise en charge par l'établissement ; en cas d'infection nosocomiale, indiquer s'il y a eu un retard de prise en charge et si celle-ci a été conforme aux règles de l'art ; dans le cas d'une pluralité de causes à l'origine du dommage, indiquer la part imputable à chacune d'elles ;
- décrire la nature et l'étendue des préjudices résultant de la prise en charge hospitalière de Mme C, non imputables à son état antérieur ni aux conséquences prévisibles de sa prise en charge médicale par l'hôpital Louis Mourier si celle-ci s'était déroulée normalement, en distinguant les préjudices patrimoniaux (en particulier, dépenses de santé déjà engagées et futures, frais liés au handicap, pertes de revenus, incidences professionnelle et scolaire du dommage, autres dépenses liées au dommage corporel) et les préjudices personnels (en particulier, déficit fonctionnel, souffrances endurées, préjudice esthétique, préjudice d'agrément, préjudice sexuel, préjudice d'établissement) et, pour chaque poste de préjudice, les préjudices temporaires avant consolidation et les préjudices permanents après consolidation ;
- donner son avis sur le point de savoir si le ou les manquements éventuellement constatés ont fait perdre à Mme C une chance de voir son état de santé s'améliorer ou d'éviter de le voir se dégrader ; dans cette hypothèse, quantifier la perte de chance ;
- fournir les éléments permettant d'apprécier la responsabilité des différents intervenants au titre de sa prise en charge ultérieure ;
- dire si l'état de Mme C est susceptible de modification en amélioration ou en aggravation ; dans l'affirmative, fournir toutes précisions utiles sur cette évolution, sur son degré de probabilité et, dans le cas où un nouvel examen serait nécessaire, mentionner dans quel délai ;
- pour le cas où la responsabilité de l'établissement de santé ne serait pas retenue, préciser les préjudices directement imputables à un ou des actes de prévention, de diagnostic ou de soins exécutés dans l'établissement ayant eu pour Mme. C des conséquences anormales au regard de son état de santé comme de l'évolution prévisible de celui-ci, en appréciant leur niveau de gravité au regard des critères fixés à l'article D. 1142-1 du code de la santé publique (pourcentage et durée du déficit fonctionnel temporaire, inaptitude à exercer l'activité professionnelle, troubles particulièrement graves y compris d'ordre économique dans les conditions d'existence) ;
- de déterminer les préjudices subis par M. C en sa qualité de proche accompagnant de son épouse ;
- de façon générale, recueillir tous éléments et faire toutes autres constatations utiles de nature à éclairer le tribunal dans son appréciation des responsabilités éventuellement encourues et des préjudices subis.
Article 2 : Préalablement à toute opération, l'expert prêtera serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.
Article 3 : Après avoir prêté serment, l'expert accomplira la mission définie à l'article 1er dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.
Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 5: La présente ordonnance sera notifiée à M. et Mme. C, à l'assistance publique - Hôpitaux de Paris, à la caisse primaire d'assurance maladie de Paris et à M. D, expert
Fait à Cergy, le 27 mai 2024.
Le juge des référés,
Signé
F. BEAUFAŸS
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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