Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2306053
mardi 26 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2306053 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème Chambre |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 4 mai 2023, M. A B, représenté par Me Cren, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 4 avril 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande de titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français ;
2°) d'enjoindre au préfet du Val d'Oise de procéder à un complément d'examen de sa situation administrative, afin de lui permettre de produire les documents complémentaires requis par la plateforme interrégionale de la main d'œuvre étrangère, dans le délai de deux mois à compter du jugement à intervenir.
Il soutient que :
- en s'abstenant d'informer son administré que certaines pièces produites par celui-ci à l'appui de sa demande d'admission exceptionnelle au séjour ne pourraient être regardées comme suffisantes à l'obtention d'une carte de séjour " salarié " la sous-préfecture d'Argenteuil a manifestement agi de façon déloyale ;
- l'administration préfectorale manque de loyauté à l'égard de son administré lorsqu'elle fait grief à celui-ci de n'avoir pu satisfaire aux dispositions de l'article 7 ter d) de l'accord franco-tunisien en ne produisant pas la justification de sa présence régulière depuis dix ans sur le territoire français, notamment les années antérieures à 2016, dès lors qu'elle ne lui a réclamé que la production des cinq dernières années de présence, conformément à la liste des pièces requises dans le cadre d'une demande d'admission exceptionnelle au séjour.
Par un mémoire enregistré le 12 décembre 2023, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;
- l'accord-cadre relatif à la gestion concertée des migrations et au développement solidaire entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République de Tunisie et le protocole relatif à la gestion concertée des migrations, signés à Tunis le 28 avril 2008 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- Le rapport de M. Viain, premier conseiller,
- Les observations de Me Cren, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant tunisien né le 3 mars 1981, soutient être présent sur le territoire français depuis plus de 5 ans. Il prétend avoir sollicité le 12 janvier 2022 son admission exceptionnelle au séjour sur les fondements de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 7 ter d) de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988. Par un arrêté en date du 4 avril 2023, le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande et a pris à son encontre une obligation de quitter le territoire français. Par la requête susvisée, M. B demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.
2. En premier lieu, dès lors que l'article 3 de l'accord franco-tunisien susvisé prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant tunisien souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national, s'agissant d'un point déjà traité par l'accord franco-tunisien, au sens de l'article 11 de cet accord. Toutefois, si l'accord franco-tunisien ne prévoit pas, pour sa part, de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, il y a lieu d'observer que ses stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un titre de séjour à un ressortissant tunisien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation
3. En l'espèce, le requérant fait valoir que le préfet du Val-d'Oise aurait dû l'informer, en vertu du principe de loyauté dans l'action administrative, que certaines pièces produites à l'appui de sa demande d'admission exceptionnelle au séjour ne pouvaient être regardées comme suffisantes à l'obtention d'une carte de séjour " salarié ". Toutefois, dès lors que le préfet du Val-d'Oise n'était pas tenu de solliciter du requérant des renseignements complémentaires sur ce point, ni a fortiori d'engager un débat contradictoire sur les pièces produites à l'appui de la demande, le moyen sus-analysé ne peut qu'être écarté.
4. En second lieu, aux termes de l'article 7 ter de l'accord franco-tunisien susvisé : " Reçoivent de plein droit un titre de séjour renouvelable valable un an et donnant droit à l'exercice d'une activité professionnelle dans les conditions fixées à l'article 7 : les ressortissants tunisiens qui, à la date d'entrée en vigueur de l'accord signé à Tunis le 28 avril 2008, justifient par tous moyens résider habituellement en France depuis plus de dix ans ".
5. M. B soutient que les services de la préfecture auraient manqué de loyauté à son égard en lui faisant grief de n'avoir pas produit la justification de sa présence régulière depuis dix ans sur le territoire français, alors qu'ils ne lui auraient réclamé que la production de justificatifs des cinq dernières années de présence. Toutefois, dès lors qu'il soutient avoir lui-même demandé un titre de séjour sur le fondement de l'article 7 ter d) de l'accord franco-tunisien, il ne saurait reprocher au préfet de lui avoir opposé qu'il ne justifiait pas des conditions requises pour l'obtention d'un titre de séjour sur ce fondement. A cet égard, M. B a pu faire valoir tout élément utile entre le 12 janvier 2022, date de dépôt de sa demande, et l'édiction de la décision du préfet le 4 avril 2023, sans que celui-ci soit tenu de l'inviter à produire d'autres pièces. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que ce dernier aurait manqué de loyauté dans l'instruction de sa demande de titre de séjour.
6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet du Val-d'Oise du 4 avril 2023 doivent être rejetées, de même que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 12 mars 2024, à laquelle siégeaient :
M. Huon, président ;
Mme Richard, première conseillère ;
M. Viain, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 mars 2024.
Le rapporteur,
signé
T. VIAIN
Le président,
signé
C. HUONLa greffière,
signé
A. TAINSA
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
N°2306053
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