Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2306095
mercredi 7 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2306095 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 10ème Chambre |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 4 mai 2023, M. A B, représenté par Me Bremaud, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté en date du 20 avril 2023, par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui renouveler son certificat de résidence, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un certificat de résidence portant la mention " étudiant ", dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros hors taxe à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. En cas de non admission à l'aide juridictionnelle, cette somme lui sera versée en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. B soutient que :
En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :
- cet arrêté est entaché d'incompétence ;
- il est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
- cette décision est entachée d'erreurs de fait ;
- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des stipulations du titre III du protocole annexé à l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination :
- elles sont fondées sur une décision de refus de titre de séjour illégale ;
- la mesure d'éloignement est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 611-1, I, 3° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense enregistré le 27 octobre 2023, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
M. B a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 4 septembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Saïh, première conseillère ;
- et les observations de Me Bremaud, représentant M. B, présent.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant algérien né le 30 août 2001, est entré en France le 21 septembre 2019. Il a été mis en possession de titres de séjour dont le dernier expirait le 27 janvier 2023. Le 21 décembre 2022, il a sollicité le renouvellement de son certificat de résidence algérien portant la mention " étudiant " sur le fondement du titre III du protocole annexé à l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Par un arrêté du 20 avril 2023, dont M. B demande l'annulation, le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer le titre de séjour demandé, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit en cas d'exécution d'office.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Pour refuser à M. B le renouvellement de son certificat de résidence algérien portant la mention " étudiant " au titre du III du protocole annexé à l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, le préfet s'est fondé sur les motifs tirés de ce que l'intéressé, qui n'a pas validé pour la deuxième fois, sa deuxième année de licence d'informatique à l'issue de l'année 2021-2022 et s'est inscrit l'année suivante en troisième année de " bachelor administration système réseaux " ne justifie pas de la progression de ses études et de la cohérence de son cursus par son changement d'orientation.
3. Il ressort toutefois des pièces du dossier qu'au titre de l'année 2022-2023, M. B s'est inscrit à l'EPSI, école d'ingénierie informatique située à Paris-La Défense, en troisième année de bachelor pour suivre la formation " administrateur systèmes, réseaux et bases de données ". Il ressort également des pièces du dossier que cette formation relevant du secteur informatique est inscrite au répertoire national des certifications professionnelles et équivaut à un niveau 6, soit le niveau licence. Dans ces conditions, en se fondant sur les motifs susmentionnés, le préfet du Val-d'Oise a entaché sa décision de refus de renouvellement de titre de séjour d'un défaut d'examen de la situation personnelle du requérant.
4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision portant refus de lui renouveler son titre de séjour comme, par voie de conséquence, celle des décisions l'obligeant à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixant le pays de destination.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
5. Le présent jugement implique seulement, eu égard au motif sur lequel il se fonde, qu'il soit enjoint au préfet du Val-d'Oise, ou au préfet territorialement compétent au regard du lieu de résidence actuel du requérant, de réexaminer la situation de M. B. Il y a lieu de fixer au préfet du Val-d'Oise, ou au préfet territorialement compétent, un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement pour procéder à ce réexamen et de lui enjoindre de délivrer à M. B, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour portant autorisation de travail. Il n'y a pas lieu, dans l'immédiat, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
6. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 1 000 euros à Me Bremaud, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.
D É C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 20 avril 2023 du préfet du Val-d'Oise est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Val-d'Oise ou au préfet territorialement compétent au regard du lieu de résidence actuel du requérant de réexaminer la demande de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, durant cet examen, une autorisation provisoire de séjour portant autorisation de travail.
Article 3 : L'État versera la somme de 1 000 euros à Me Bremaud, avocate de M. B, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Bremaud renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Bremaud et au préfet du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 17 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
M. Ouillon, président,
Mme Saïh, première conseillère,
M. Dupin, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 07 février 2024.
La rapporteure,
signé
Z. Saïh
Le président,
signé
S. Ouillon La greffière,
signé
M-J. Ambroise
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
N°2306095
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