Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2306214

lundi 29 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2306214
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation9ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées les 8 mai et 6 novembre 2023, M. E A, représenté par Me Le Jeune, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 avril 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un certificat de résidence dans un délai de quinze jours à compter de la décision à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté est entaché d'une insuffisance de motivation ;

- il méconnait les stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire enregistré le 15 septembre 2023, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête et produit les pièces constitutives du dossier.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien modifié du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de présenter des conclusions sur cette affaire en application des dispositions de l'article R. 732-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Colin, rapporteure.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien né le 23 avril 1951, est entré, en dernier lieu, en France en 2018 selon ses déclarations. Le 27 décembre 2022, il a sollicité son admission au séjour dans le cadre du 5° de l'article 6 de l'accord-franco algérien. Par arrêté du 5 avril 2023, dont M. A demande l'annulation, le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, en vertu des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, les mesures de police doivent être motivées et " comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour () ".

3. Il ressort de l'examen de la décision attaquée que le préfet a mentionné les textes sur lesquels cette décision repose et notamment les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'accord franco-algérien et les articles applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, il expose de manière motivée la situation personnelle, familiale, administrative et professionnelle de l'intéressé ainsi que les motifs pour lesquels il n'a pas fait usage de son pouvoir discrétionnaire de régularisation. Au surplus, l'exigence de motivation n'implique pas que l'arrêté attaqué mentionne l'ensemble des éléments particuliers de la situation du requérant. Dès lors, l'arrêté litigieux comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien: " 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus. () ".

5. M. A fait valoir sa durée de présence en France depuis 2018 et l'intensité de ses attaches familiales en France. Toutefois, s'il se prévaut de la présence de ses trois enfants, C, A et D, ceux-ci sont majeurs et il n'établit pas qu'il entretiendrait avec eux des liens particuliers. Il n'établit en outre la nationalité française que de son seul fils C. Par ailleurs, si M. A se prévaut de la présence en France de ses parents, d'une sœur et d'un frère en situation régulière et de trois de ses frères de nationalité française, il n'établit pas résider chez l'un d'eux ou être pris en charge par l'un d'eux et il ressort des pièces du dossier qu'à l'occasion du dépôt de sa demande de titre de séjour, il a indiqué avoir l'une de ses sœurs et trois enfants demeurant en Algérie. En outre, si le requérant fait valoir qu'il est séparé de sa femme, il est toujours marié avec cette dernière qui réside en Algérie. Par ailleurs, il ne justifie d'une expérience professionnelle que de 12 mois de mai 2019 à avril 2020. Les éléments ainsi exposés de la situation de M. A ne sont pas suffisants pour caractériser des liens personnels et familiaux particulièrement anciens, intenses et stables en France. Dans ces conditions, et nonobstant les liens particuliers qu'il aurait noués avec sa petite fille, B, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Val-d'Oise aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en prenant l'arrêté attaqué,

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

7. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 5, en refusant de lui délivrer un titre de séjour, le préfet du Val-d'Oise n'a pas porté, au droit au respect à une vie privée et familiale normale de M. A une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis par cette décision en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle. Par suite, ces moyens doivent être écartés.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E A et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 2 avril 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Le Griel, présidente ;

Mme Colin, première conseillère ;

M. Jacquelin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 avril 2024.

La rapporteure,

signé

C. Colin

La présidente,

signé

H. Le Griel

La greffière,

signé

E. Pradel

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour ampliation, la greffière.

N°2306214