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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2306239

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2306239

jeudi 16 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2306239
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème Chambre
Avocat requérantAARPI ANDOTTE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête sommaire et un mémoire enregistrés le 21 avril et le 16 mai 2023, M. A B, représenté par Me Crusoé, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 février 2023 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine lui a interdit à titre définitif d'exercer les fonctions mentionnées à l'article L. 212-1 du code du sport ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que le principe du contradictoire a été méconnu ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, le préfet s'étant estimé en situation de compétence liée ;

- elle est entachée d'erreurs de fait ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation ;

- la sanction est disproportionnée aux regard des faits.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 avril 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du sport ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bourragué, rapporteur,

- et les conclusions de M. Lebdiri, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B est titulaire d'un diplôme d'État d'éducateur sportif de trampoline et sports acrobatiques. Par un arrêté du 23 février 2023, le préfet des Hauts-de-Seine a prononcé à son encontre une interdiction définitive d'exercer les fonctions mentionnées à l'article L. 212-1 du code du sport. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 212-1 du code du sport : " I.- Seuls peuvent, contre rémunération, enseigner, animer ou encadrer une activité physique ou sportive ou entraîner ses pratiquants, à titre d'occupation principale ou secondaire, de façon habituelle, saisonnière ou occasionnelle, sous réserve des dispositions du quatrième alinéa du présent article et de l'article L. 212-2 du présent code, les titulaires d'un diplôme, titre à finalité professionnelle ou certificat de qualification professionnelle () ". L'article L. 212-13 du même code prévoit que : " L'autorité administrative peut, par arrêté motivé, prononcer à l'encontre de toute personne dont le maintien en activité constituerait un danger pour la santé et la sécurité physique ou morale des pratiquants l'interdiction d'exercer, à titre temporaire ou définitif, tout ou partie des fonctions mentionnées à l'article L. 212-1. L'autorité administrative peut, dans les mêmes formes, enjoindre à toute personne exerçant en méconnaissance des dispositions du I de l'article L. 212-1 et de l'article L. 212-2 de cesser son activité dans un délai déterminé. Cet arrêté est pris après avis d'une commission comprenant des représentants de l'État, du mouvement sportif et des différentes catégories de personnes intéressées. Toutefois, en cas d'urgence, l'autorité administrative peut, sans consultation de la commission, prononcer une interdiction temporaire d'exercice limitée à six mois () ".

3. Pour prendre la décision en litige, le préfet des Hauts-de-Seine s'est fondé sur les circonstances que le requérant reconnait avoir eu des relations intimes successives avec deux gymnastes mineures, et qu'il a pu faire subir des pressions morales aux gymnastes lors des entraînements, et plus particulièrement à une pratiquante mineure.

4. Il est constant que M. B a entretenu des relations intimes avec deux gymnastes dont il était l'entraineur, la première ayant seize ans au début de leur relation qui a débuté en 2011 et s'est terminée en 2013, la seconde ayant dix-sept ans au départ d'une relation ayant eu lieu de 2016 à 2021. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que M. B a pu avoir, dans l'exercice de ses fonctions, des propos qu'il qualifie lui-même de " assez secs ", et des comportements ayant été mal supportés par l'une des gymnastes qu'il entraînait, cette dernière ayant treize ans au moment des faits. Il ressort ainsi des pièces du dossier que compte tenu des faits relevés à l'encontre de M. B, de leur nature et des circonstances particulières dans lesquels ils se sont produits, son maintien en activité était susceptible de constituer, à la date de la décision attaquée, un danger pour la santé et la sécurité physique ou morale des pratiquants placés sous son autorité.

5. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que les relations entretenues avec les gymnastes étaient consenties, et qu'aucune violence, contrainte ou emprise n'a été exercée par M. B sur les jeunes filles concernées. Par ailleurs, ces relations n'ont donné lieu à aucune plainte des intéressées et il n'est pas contesté que le casier judiciaire de M. B est vierge. En outre, il ressort des nombreux témoignages de collègues, parents ou élèves ayant côtoyé le requérant, que ce dernier avait un comportement professionnel et attentif envers son entourage. Enfin, il ressort des pièces du dossier que le requérant a exprimé des regrets quant à son comportement, qu'il a reconnu les liaisons entretenues et admis le caractère déplacé de ces relations, compte tenu notamment de sa position vis-à-vis des principales concernées. Dès lors, en décidant, comme il l'a fait par un arrêté du 23 février 2023, d'interdire définitivement à l'intéressé d'exercer les fonctions mentionnées à l'article L. 212-1 du code du sport, sanction qui apparaît disproportionnée, le préfet des Hauts-de-Seine a commis une erreur d'appréciation au regard de ces dispositions.

6. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que l'arrêté du 23 février 2023 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a prononcé à l'encontre de M. B une interdiction définitive d'exercer les fonctions mentionnées à l'article L. 212-1 du code du sport doit être annulé.

Sur les frais liés au litige :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à M. B sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : L'arrêté du 23 février 2023 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a prononcé à l'encontre de M. B une interdiction définitive d'exercer les fonctions mentionnées à l'article L. 212-1 du code du sport est annulé.

Article 2 : L'État versera la somme de 1 500 euros à M. B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des Hauts-de-Seine.

Copie-en sera adressée à la ministre des sports et des jeux olympiques et paralympiques.

Délibéré après l'audience du 29 avril 2024 à laquelle siégeaient :

Mme Bories, présidente,

M. Bourragué, premier conseiller,

Mme Goudenèche, conseillère,

Assistés de Mme Nimax, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mai 2024.

Le rapporteur,

S. Bourragué La présidente,

C. Bories

La présidente,

C. Van Muylder La greffière,

S. Nimax

La République mande et ordonne à la ministre des sports et des jeux olympiques et paralympiques en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2306239

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