Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2306273

lundi 17 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2306273
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationPole Social (JU)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 5 mai et 8 juin 2023, M. B A C demande au tribunal d'annuler pour excès de pouvoir la décision en date du 14 décembre 2022 par laquelle la commission de médiation du département des Hauts-de-Seine a rejeté son recours amiable tendant à la reconnaissance du caractère prioritaire et urgent de sa demande de logement social, ensemble la décision en date du 22 mars 2023 ayant rejeté son recours gracieux contre cette décision.

Il doit être regardé comme soutenant que :

- les décisions sont entachées d'une erreur de droit, dès lors que sa situation familiale est prouvée par une attestation du dépôt d'une requête de divorce ;

- les décisions sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation car le logement qu'il occupe est inadapté à sa situation.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 septembre 2023, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- l'arrêté du 20 avril 2022 fixant la liste des titres de séjour prévue aux articles R. 300-1 et R. 300-2 du code de la construction et de l'habitation ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Lepetit-Collin, vice-présidente, pour statuer sur les litiges en application des dispositions de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lepetit-Collin, magistrate désignée,

- les observations de M. D.

La clôture de l'instruction est intervenue, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C a saisi le 20 septembre 2022 la commission de médiation du département des Hauts-de-Seine en vue de la reconnaissance du caractère urgent et prioritaire de sa demande de logement social sur le fondement des dispositions du II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation. Par une décision en date du 14 décembre 2022, la commission de médiation du département des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande. Par une décision du 22 mars 2023, la commission du département des Hauts-de-Seine a rejeté son recours gracieux. Par la présente requête, M. A C demande au tribunal d'annuler ces deux décisions.

2. Aux termes, d'une part, de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant, mentionné à l'article 1er de la loi n° 90-449 du 31 mai 1990 visant à la mise en œuvre du droit au logement, est garanti par l'État à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'État, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. / Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1. ". Aux termes de l'article L. 441-2-3 du même code : " () II.-La commission de médiation peut être saisie par toute personne qui, satisfaisant aux conditions réglementaires d'accès à un logement locatif social, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande de logement dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4. / Elle peut être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur, de bonne foi, est dépourvu de logement, menacé d'expulsion sans relogement, hébergé ou logé temporairement dans un établissement ou un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, logé dans des locaux impropres à l'habitation ou présentant un caractère insalubre ou dangereux. Elle peut également être saisie, sans condition de délai, lorsque le demandeur est logé dans des locaux manifestement suroccupés ou ne présentant pas le caractère d'un logement décent, s'il a au moins un enfant mineur, s'il présente un handicap au sens de l'article L. 114 du code de l'action sociale et des familles ou s'il a au moins une personne à charge présentant un tel handicap. () ". Aux termes de l'article R. 441-14-1 du même code : " La commission, saisie sur le fondement du II ou du III de l'article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l'urgence qu'il y a à attribuer au demandeur un logement () en tenant compte notamment des démarches précédemment effectuées dans le département ou en Île-de-France dans la région. / Peuvent être désignées par la commission comme prioritaires et devant être logées d'urgence en application du II de l'article L. 441-2-3 les personnes de bonne foi qui satisfont aux conditions réglementaires d'accès au logement social qui se trouvent dans l'une des situations prévues au même article et qui répondent aux caractéristiques suivantes : / () - être logées dans des locaux impropres à l'habitation, ou présentant un caractère insalubre ou dangereux. Le cas échéant, la commission tient compte des droits à hébergement ou à relogement auxquels le demandeur peut prétendre en application des dispositions des articles L. 521-1 et suivants, des articles L. 314-1 et suivants du code de l'urbanisme ou de toute autre disposition ouvrant au demandeur un droit à relogement ; () - être handicapées, ou avoir à leur charge une personne en situation de handicap, ou avoir à leur charge au moins un enfant mineur, et occuper un logement soit présentant au moins un des risques pour la sécurité ou la santé énumérés à l'article 2 du décret du 30 janvier 2002 ou auquel font défaut au moins deux des éléments d'équipement et de confort mentionnés à l'article 3 du même décret, soit d'une surface habitable inférieure aux surfaces mentionnées à l'article R. 822-25, ou, pour une personne seule, d'une surface inférieure à celle mentionnée au premier alinéa de l'article 4 du même décret. La commission peut, par décision spécialement motivée, désigner comme prioritaire et devant être logée en urgence une personne qui, se trouvant dans l'une des situations prévues à l'article L. 441-2-3, ne répond qu'incomplètement aux caractéristiques définies ci-dessus. ".

3. Aux termes, d'autre part, de l'article R. 300-2 du code de la construction et de l'habitation : " Remplissent les conditions de permanence de la résidence en France mentionnées au premier alinéa de l'article L. 300-1 les étrangers autres que ceux visés à l'article R. 300-1 titulaires : / 1° Soit d'un titre de séjour d'une durée égale ou supérieure à un an, sous réserve que celui-ci ne soit pas périmé ; / 2° Soit d'un titre de séjour d'une durée inférieure à un an autorisant son titulaire à exercer une activité professionnelle ; / 3° Soit d'un visa d'une durée supérieure à trois mois conférant à son titulaire les droits attachés à un titre de séjour. /Un arrêté conjoint du ministre de l'intérieur et du ministre en charge du logement fixe la liste des titres de séjour concernés. ". Aux termes de l'article 2 de l'arrêté du 20 avril 2022 fixant la liste des titres de séjour prévue aux articles R. 300-1 et R. 300-2 du code de la construction et de l'habitation : " Les titres de séjour visés à l'article R. 300-2 du code de la construction et de l'habitation sont les suivants ou documents suivants en cours de validité :

1. Carte de résident ; / 2. Carte de résident permanent ; / 3. Carte de résident portant la mention " résident de longue durée - UE " ; / 4. Carte de séjour pluriannuelle ; / 5. Carte de séjour portant la mention " passeport talent " ; / 6. Carte de séjour temporaire ; / 7. Certificat de résidence de ressortissant algérien ; / 8. Récépissé de demande de renouvellement de l'un des titres numérotés de 1 à 7 ; / ".

4. Il résulte des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation que pour former un recours amiable, le demandeur doit respecter les conditions de permanence de sa résidence en France. En outre, il résulte des dispositions de l'article L. 441-1 du même code que lorsque le demandeur d'un logement social est un des conjoints d'un couple est en instance de divorce, il doit apporter la preuve de sa situation.

5. Par sa décision en date du 14 décembre 2023, la commission de médiation des Hauts-de-Seine a rejeté le recours amiable de M. A C au motif que le demandeur n'avait pas fourni, malgré les demandes du services instructeur en date du 21 septembre, les pièces justificatives de sa situation, notamment un justificatif de sa situation familiale, et qu'ainsi son recours n'était pas recevable. La commission de médiation a ajouté que si le demandeur n'avait reçu aucune proposition de logement social dans le délai de 48 mois, délai anormalement long dans le département des Hauts-de-Seine, il n'apportait aucun élément permettant de justifier du caractère inadapté de son logement actuel. Par sa décision en date du 22 mars 2023, la commission a rejeté le recours gracieux présenté par M. A C au motif que l'intéressé ne respectait pas les conditions de permanence de la résidence en France définies par les dispositions du code de la construction et de l'habitation. Elle a ensuite repris les deux autres motifs de rejet opposés dans sa décision initiale. Cette la décision doit donc être regardée comme ayant rapporté la décision prise sur le recours initial du requérant et les conclusions de la requête dirigées, exclusivement, contre cette décision de rejet de son recours gracieux.

6. Si, à l'appui de sa demande d'annulation, le requérant justifie de la régularité de son séjour à la date de la décision du 22 mars 2023 rejetant son recours gracieux comme irrecevable en produisant un récépissé de demande de renouvellement de sa carte de résident valable du 10 janvier 2023 au 27 juin 2023, il ne conteste pas ne pas avoir répondu à la demande de pièces complémentaires adressée par le service instructeur et portant sur un justificatif de sa situation familiale. S'il produit, dans la présente instance, une attestation du greffe du tribunal de première instance de Saint-Marc en Haïti en date du 28 avril 2023 attestant de ce que le 16 juillet 2021, M. A C a déposé une requête en divorce contre son épouse, il ne ressort pas des pièces versées au dossier que M. A C aurait communiqué cette pièce à la commission de médiation dans les délais impartis par le service instructeur. Le requérant n'établit pas davantage avoir été dans l'impossibilité, dans ces mêmes délais, de produire ce document. Enfin, si M. A C soutient que leurs conditions actuelles de logement nuisent à l'équilibre de ses enfants en ce qu'elles ne leur laissent pas assez d'intimité, cette seule circonstance, au demeurant non étayée, ne permet pas d'établir que le logement occupé serait inadapté à la situation de la famille. Ainsi le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation ne peut qu'être écarté.

7. Il résulte de ce qui précède que, la commission de médiation aurait pris la même décision sur le recours gracieux de M. A C en ne retenant que les deux derniers motifs opposés. Par suite, M. A C n'est pas fondé à en demander l'annulation. Le présent jugement ne fait toutefois pas obstacle à ce que M. A C présente un nouveau recours aimable devant la commission de médiation des Hauts-de-Seine en produisant, à l'appui de ce recours, les justificatifs de sa situation familiale et tout élément en sa possession permettant d'établir le caractère inadapté du logement à la composition de la cellule familiale.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A C et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 juin 2024.

La magistrate désignée,

Signé

H. Lepetit-Collin

La greffière,

Signé

C. Mas

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.