Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2306395
mercredi 22 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2306395 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 10ème Chambre |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, des mémoires et pièces complémentaires, enregistrés le 11 mai 2023, les 5 et 9 octobre 2023 et le 18 décembre 2023, M. B, représenté par Me Berdugo, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté en date du 17 avril 2023, par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, a prononcé sa remise aux autorités italiennes en lui accordant un délai de trente jours pour quitter le territoire national et, à défaut de remise, a fixé le pays à destination duquel il serait susceptible d'être éloigné ;
2°) d'enjoindre à l'autorité compétente, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois courant à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. B soutient que :
S'agissant de la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour :
- cette décision est insuffisamment motivée et procède d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;
- elle est entachée d'erreurs de fait quant au nombre de ses enfants et aux relations qu'il entretient avec eux, comme l'a établi le jugement du tribunal administratif de Melun du 11 mars 2020 ;
- elle méconnait les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et procède d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle contrevient aux stipulations des articles 3-1, 9 paragraphe 3 et 16 de la convention internationale des droits de l'enfant et procède d'une erreur manifeste d'appréciation ;
S'agissant de la décision de remise aux autorités italiennes :
- cette décision contrevient aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, à celles des articles 3-1, 9 paragraphe 3 et 16 de la convention internationale des droits de l'enfant et procède d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 septembre 2023, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention entre la République française et la République du Cameroun relative à la circulation et au séjour des personnes 21 février 1974 ;
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Charlery, rapporteure ;
- et les observations de Me Petit substituant Me Berdugo représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant camerounais né le 1er août 1968, est entré en France le 22 janvier 2020 muni d'une carte de résident longue durée CE délivrée le 28 octobre 2011 par les autorités italiennes pour une durée illimitée. Suite à son interpellation par les services de police, il s'est vu notifier une obligation de quitter le territoire français par un arrêté du préfet des Hauts-de-Seine du 27 février 2020, lequel a été annulé par jugement du tribunal administratif de Melun du 11 mars 2020 faisant injonction à l'administration de réexaminer sa situation. Dans le cadre de ce réexamen, M. B a sollicité, le 3 août 2020, une admission exceptionnelle au séjour au titre de la vie privée et familiale. Par arrêté du 17 avril 2023, le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a prononcé sa remise aux autorités italiennes. M. B sollicite l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. M. B fait valoir que le préfet du Val-d'Oise a omis d'examiner sa situation au regard de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant, ce qui caractérise d'autant plus l'insuffisance de l'examen auquel cette autorité a procédé que l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français qui avait été prise à son encontre par arrêté du 27 février 2020, par le jugement du 11 mars 2020 du magistrat désigné du tribunal administratif de Melun, se fondait précisément sur la méconnaissance de ces stipulations. Il ne ressort en effet d'aucune mention de l'arrêté en litige, qui ne vise pas ces stipulations ni n'y fait référence, que la situation de l'intéressée ait été examinée sur ce fondement, alors qu'il est établi que l'intéressé est père de quatre enfants, dont deux mineurs, dont il participe à l'éducation et l'entretien. Dans ces conditions, le requérant est fondé à soutenir qu'en s'abstenant d'examiner sa situation personnelle au regard de ces stipulations, le préfet du Val-d'Oise a insuffisamment examiné sa situation personnelle.
3. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que la décision refusant à M. B un titre de séjour doit être annulée, ainsi que, par voie de conséquence, les décisions lui faisant obligation de quitter le territoire dans le délai de trente jours et la décision portant remise aux autorités italiennes.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
4. Eu égard à son motif, le présent jugement implique nécessairement qu'il soit procédé au réexamen de la situation personnelle de M. B. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de réexaminer la situation du requérant dans le délai de deux mois courant à compter de la notification de la précédente décision, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais de l'instance :
5. Il est mis à la charge de l'Etat, partie perdante dans la présente instance, la somme de 1 000 euros à verser à M. B au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : L'arrêté du préfet du Val-d'Oise du 17 avril 2023 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Val-d'Oise de procéder au réexamen de la situation de M. B dans le délai de deux mois courant à compter de la notification de la présente décision.
Article 3 : Il est mis à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 6 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Ouillon, président,
Mme Charlery, première conseillère,
Mme Moinecourt, conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 mai 2024.
La rapporteure,
signé
C. Charlery
Le président,
signé
S. OuillonLa greffière,
signé
M-J. Ambroise
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2306395
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