Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2306473
lundi 13 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2306473 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Pole Social (JU) |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire réceptionnés les 11 mai et 20 septembre 2023, M. B A demande au tribunal d'annuler la décision en date du 8 mars 2023 par laquelle la commission de médiation du département des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande tendant à voir reconnue comme prioritaire et urgente, au titre du II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation sa demande de logement social.
Il soutient que :
- ses enfants ont été victimes de violences physiques et verbales à plusieurs reprises de la part d'un voisin, et que la famille vit en conséquence dans la peur et l'insécurité ;
- il souhaite quitter le logement qu'il occupe actuellement, trop étroit au regard de la composition de la cellule familiale.
Par un mémoire en défense enregistré le 3 janvier 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que M. A ne remplit aucune des conditions prévues par le code de la construction et de l'habitation permettant de voir sa demande de logement social reconnue comme prioritaire et urgente.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Lepetit-Collin, vice-présidente, pour statuer sur les litiges en application des dispositions de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Lepetit-Collin, magistrate désignée ;
- les observations de M. A.
La clôture de l'instruction a été prononcée, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, après appel de l'affaire à l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A a saisi la commission de médiation du département des Hauts-de-Seine d'un recours tendant à ce que sa demande de logement soit reconnue prioritaire et urgente en application du II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation. Par une décision du 8 mars 2023, la commission de médiation a rejeté son recours amiable. M. A demande l'annulation de cette décision.
2. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'État à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'État, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. / Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1. ". Aux termes de l'article L. 441-2-3 du même code : " () II.-La commission de médiation peut être saisie par toute personne qui, satisfaisant aux conditions réglementaires d'accès à un logement locatif social, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande de logement dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4. / Elle peut être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur, de bonne foi, est dépourvu de logement, menacé d'expulsion sans relogement, hébergé ou logé temporairement dans un établissement ou un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, logé dans des locaux impropres à l'habitation ou présentant un caractère insalubre ou dangereux. Elle peut également être saisie, sans condition de délai, lorsque le demandeur est logé dans des locaux manifestement suroccupés ou ne présentant pas le caractère d'un logement décent, s'il a au moins un enfant mineur, s'il présente un handicap au sens de l'article L. 114 du code de l'action sociale et des familles ou s'il a au moins une personne à charge présentant un tel handicap. Elle peut aussi être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur ou une personne à sa charge est logé dans un logement non adapté à son handicap, au sens du même article L. 114. () ". Aux termes de l'article R. 441-14-1 du même code : " La commission, saisie sur le fondement du II ou du III de l'article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l'urgence qu'il y a à attribuer au demandeur un logement () en tenant compte notamment des démarches précédemment effectuées dans le département ou en Île-de-France dans la région. / Peuvent être désignées par la commission comme prioritaires et devant être logées d'urgence en application du II de l'article L. 441-2-3 les personnes de bonne foi qui satisfont aux conditions réglementaires d'accès au logement social qui se trouvent dans l'une des situations prévues au même article et qui répondent aux caractéristiques suivantes : / () être logées dans des locaux impropres à l'habitation, ou présentant un caractère insalubre ou dangereux. Le cas échéant, la commission tient compte des droits à hébergement ou à relogement auxquels le demandeur peut prétendre en application des dispositions des articles L. 521-1 et suivants, des articles L. 314-1 et suivants du code de l'urbanisme ou de toute autre disposition ouvrant au demandeur un droit à relogement ; () être handicapées, ou avoir à leur charge une personne en situation de handicap, ou avoir à leur charge au moins un enfant mineur, et occuper un logement soit présentant au moins un des risques pour la sécurité ou la santé énumérés à l'article 2 du décret du 30 janvier 2002 ou auquel font défaut au moins deux des éléments d'équipement et de confort mentionnés à l'article 3 du même décret, soit d'une surface habitable inférieure aux surfaces mentionnées à l'article R. 822-25, ou, pour une personne seule, d'une surface inférieure à celle mentionnée au premier alinéa de l'article 4 du même décret. La commission peut, par décision spécialement motivée, désigner comme prioritaire et devant être logée en urgence une personne qui, se trouvant dans l'une des situations prévues à l'article L. 441-2-3, ne répond qu'incomplètement aux caractéristiques définies ci-dessus. ".
3. Il résulte de ces dispositions que, pour être désigné comme prioritaire et devant se voir attribuer d'urgence un logement social, le demandeur doit être de bonne foi, satisfaire aux conditions réglementaires d'accès au logement social et justifier qu'il se trouve dans une des situations prévues au II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation et qu'il satisfait à un des critères définis à l'article R. 441-14-1 de ce code. Il résulte également du II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation que le législateur a entendu ouvrir aux personnes que leurs conditions de logement exposent à des risques personnels graves la possibilité de saisir sans délai la commission de médiation afin qu'elle les désigne comme prioritaires et devant être relogées en urgence. En dehors du cas où les locaux occupés par le demandeur sont, en raison de leurs caractéristiques physiques, impropres à l'habitation, insalubres ou dangereux, les dispositions du code de la construction et de l'habitation permettent à la commission de désigner comme prioritaire et devant être relogée en urgence une personne établissant l'existence, dans l'immeuble où elle réside, d'une situation d'insécurité liée à des actes commis de manière habituelle et qui, du fait d'une vulnérabilité particulière ou d'autres éléments liés à sa situation personnelle, créent des risques graves pour elle-même ou pour sa famille.
4. Par sa décision en date du 8 mars 2023, la commission de médiation du département des Hauts-de-Seine a rejeté la demande de M. A au motif que l'intéressé n'était pas en attente d'un logement social depuis un délai anormalement long tel qu'il a été fixé par l'arrêté préfectoral du 20 décembre 2007, en application de l'article L. 441-1-4 du code de la construction et de l'habitation.
5. A l'appui de sa demande d'annulation de cette décision, M. A, qui au demeurant ne conteste pas qu'il n'était pas en attente d'un logement social depuis un délai anormalement long à la date à laquelle la commission de médiation a pris la décision attaquée, soutient que le logement qu'il occupe est situé dans un environnement dangereux pour sa famille, dès lors que ses enfants ont fait l'objet de menaces et de violences physiques et verbales de la part d'un voisin proche. Il ressort en effet des pièces du dossier que l'un des cinq enfants de M. A, alors âgé de douze ans, a fait l'objet d'une agression physique perpétrée par un voisin habitant dans la même résidence que le requérant, pour laquelle l'agresseur a été condamné par un jugement du tribunal correctionnel de Pontoise le 21 septembre 2022. Il ressort également des pièces du dossier que l'agresseur s'était déjà montré menaçant envers les enfants et persiste dans un comportement intimidant envers la famille ainsi qu'en atteste la déclaration de main courante effectuée le 1er septembre 2023 par M. A. Le requérant indique d'ailleurs que ses enfants demeurent inquiets et ont changé leurs habitudes, adaptant des chemins détournés pour rejoindre leur collège. Dès lors, dans les circonstances de l'espèce, M. A doit être regardé comme justifiant d'une situation d'insécurité liée à des actes commis de manière habituelle à l'origine de risques graves notamment pour ses enfants mineurs.
6. Il en résulte, sans qu'il soit besoin de statuer sur l'autre moyen de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision de la commission de médiation des Hauts-de-Seine en date du 8 mars 2023.
D É C I D E :
Article 1er : La décision de la commission de médiation des Hauts-de-Seine en date du 8 mars 2023 rejetant le recours amiable de M. A tendant à la reconnaissance du caractère prioritaire et urgente de sa demande de logement social est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de la transition écologique.
Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 mai 2024.
La magistrate désignée,
signé
H. Lepetit-Collin
La greffière,
signé
C. Mas
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expedition conforme,
La greffière
N°2306473
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