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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2306679

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2306679

jeudi 13 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2306679
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Avocat requérantCABINET EYMARD-SABLIER ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 28 avril 2023, le 7 février 2024 et le 24 avril 2024, la société par actions simplifiée (SAS) IDS-Isolation Décoration Sécurité, représentée par Me Samadi et Me Sablier, demande à la juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 541-1 du code de justice administrative :

1°) de condamner la commune de Garges-lès-Gonesse (Val-d'Oise) à lui verser une provision de 137 026,94 euros toutes taxes comprises (TTC) au titre du solde du lot n° 6 " cloisons - faux plafonds " du marché public de travaux portant sur la construction de la halle de marché et de l'espace polyvalent du quartier de la Dame Blanche, à assortir des intérêts moratoires contractuels à compter du 25 février 2023, de la capitalisation des intérêts et de l'indemnité forfaitaire de recouvrement de 40 euros ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Garges-lès-Gonesse la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ;

- elle dispose sur la commune de Garges-lès-Gonesse d'une créance non sérieusement contestable, correspondant au solde du décompte général devenu tacitement définitif qui ne lui a pas été réglé ;

- sa situation financière ne justifie nullement la constitution de garanties.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 5 janvier 2024 et le 26 février 2024, la commune de Garges-lès-Gonesse, représentée par Me Béjot et Me Ferré, conclut :

1°) à titre principal, au rejet de la requête ;

2°) à titre subsidiaire, à ce que le versement de la provision sollicitée soit subordonné à la constitution d'une garantie ;

3°) à ce que la société Villette-Goyer Architectes la garantisse à hauteur de 81 151,13 euros des éventuelles condamnations prononcées à son encontre ;

4°) à la mise à la charge de C de la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- à titre principal, la requête est irrecevable dès lors que :

. elle est entachée d'un défaut d'intérêt pour agir, faute d'avoir été introduite par la personne morale titulaire du marché ;

. son signataire n'a pas qualité pour agir ;

. elle n'a pas été précédée d'une réclamation indemnitaire préalable, en méconnaissance des dispositions de l'article R. 421-1 du code de justice administrative ;

. elle n'a pas été précédée d'un mémoire en réclamation conforme aux stipulations de l'article 50 du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés de travaux (CCAG-Travaux), dès lors qu'il n'est pas établi que ce document a été transmis en copie au maître d'œuvre ;

- à titre subsidiaire, dès lors que C ne peut se prévaloir d'un décompte général et définitif tacitement intervenu dans le respect des règles stipulées par les articles 13.3 et 13.4 du CCAG-Travaux, elle n'est pas fondée à se prévaloir d'une créance non sérieusement contestable au sens et pour l'application de l'article R. 541-1 du code de justice administrative ; notamment :

. son projet de décompte final est assimilable à une facture ; outre qu'il n'a pas été signé et notifié par le représentant du titulaire du marché et qu'il n'a pas été adressé au représentant du pouvoir adjudicateur ni au maître d'œuvre, il a été déposé sur la plateforme Chorus Pro sans être assorti des mentions exigées par l'article D. 2192-2 du code de la commande publique ;

. son projet de décompte général n'est pas assimilable à une facture ; outre qu'il a été établi par un auteur incompétent à cette fin et n'a pas été notifié au représentant du pouvoir adjudicateur, il n'a pas été régulièrement notifié via la plateforme Chorus Pro ; il n'a pas été transmis pour copie au maître d'œuvre, qui n'est pas un acteur de cette plateforme ;

. en toute hypothèse, en raison de l'intangibilité du décompte général et définitif, C ne saurait solliciter une somme supérieure à celle de 118 566,75 euros figurant sur le certificat de dépôt généré par la plateforme Chorus Pro ;

. en l'absence de provision, C ne saurait solliciter le versement d'intérêts moratoires contractuels ;

. au regard des risques d'insolvabilité de C, il y a lieu, le cas échéant, de subordonner le versement de la provision demandée à la constitution d'une garantie ;

- le maître d'œuvre, la société Villette-Goyer Architectes, doit la garantir de toute condamnation prononcée à son encontre, faute d'avoir respecté ses obligations contractuelles dans le cadre de la procédure de réception et d'établissement du décompte, telles que prévues par les articles 13 du CCAG-Travaux et 1-1 du cahier des clauses administratives particulières (CCAP).

La société Villette-Goyer Architectes, à qui la procédure a été communiquée, n'a pas produit d'observations en défense.

Par ordonnance du 27 février 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 29 avril 2024 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de la commande publique ;

- l'arrêté du 3 mars 2014 modifiant l'arrêté du 8 septembre 2009 portant approbation du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de travaux ;

- l'arrêté du 9 décembre 2016 relatif au développement de la facturation électronique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Oriol, vice-présidente, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Par un acte d'engagement notifié le 9 novembre 2020, la commune de Garges-lès-Gonesse (Val-d'Oise) a attribué à la société par actions simplifiée (SAS) Isolation Décoration Sécurité, aux droits et obligations de laquelle vient C, le lot n° 6 " cloisons - faux plafonds " du marché public de travaux portant sur la construction de la halle de marché et de l'espace polyvalent du quartier de la Dame Blanche, pour un montant global et forfaitaire de 495 527,58 euros toutes taxes comprises (TTC). La réception de l'ouvrage a été prononcée le 8 octobre 2022 avec réserves, lesquelles ont été levées le 29 novembre suivant. Le 9 décembre 2022, la SAS Isolation Décoration Sécurité a transmis son projet de décompte final sur la plateforme Chorus Pro. Par la présente requête, se prévalant d'un décompte général et définitif tacitement intervenu, la SAS Isolation Décoration Sécurité demande à la juge des référés, en application de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, de condamner la commune de Garges-lès-Gonesse à lui verser une provision de 137 026,94 euros TTC au titre du solde du marché, à assortir des intérêts moratoires contractuels à compter du 25 février 2023, de la capitalisation des intérêts et de l'indemnité forfaitaire de recouvrement de 40 euros.

Sur les fins de non-recevoir soulevées par la commune de Garges-lès-Gonesse :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 2194-6 du code de la commande publique : " Le marché peut être modifié lorsqu'un nouveau titulaire se substitue au titulaire initial du marché, dans l'un des cas suivants : / () 2° Dans le cas d'une cession du marché, à la suite d'une opération de restructuration du titulaire initial, à condition que cette cession n'entraîne pas d'autres modifications substantielles et ne soit pas effectuée dans le but de soustraire le marché aux obligations de publicité et de mise en concurrence. Le nouveau titulaire doit remplir les conditions qui avaient été fixées par l'acheteur pour la participation à la procédure de passation du marché initial. ".

3. Il résulte de l'avenant n° 1 au marché, conclu entre les parties le 15 septembre 2021, que la commune de Garges-lès-Gonesse a validé le transfert du marché de la SAS Isolation Décoration Sécurité à la société requérante, qui en est le nouveau titulaire. Dès lors que cette nouvelle société a repris l'ensemble des droits et obligations de la précédente, la fin de non-recevoir tirée de son défaut d'intérêt pour agir dans la présente instance doit être écartée.

4. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction, notamment de l'extrait Kbis de C et de ses statuts versés à l'instance, que son représentant légal, à savoir la société BGI A Group Invest, en la personne de M. B A, a qualité pour agir dans la présente instance. La fin de non-recevoir soulevée à cet égard doit donc être écartée.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 50.1.1 du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de travaux (CCAG-Travaux) dans sa version issue de l'arrêté du 3 mars 2014 applicable au litige : " Si un différend survient entre le titulaire et le maître d'œuvre, sous la forme de réserves faites à un ordre de service ou sous toute autre forme, ou entre le titulaire et le représentant du pouvoir adjudicateur, le titulaire rédige un mémoire en réclamation. / Dans son mémoire en réclamation, le titulaire expose les motifs de son différend, indique, le cas échéant, les montants de ses réclamations et fournit les justifications nécessaires correspondant à ces montants. Il transmet son mémoire au représentant du pouvoir adjudicateur et en adresse copie au maître d'œuvre. ". Selon son article 50.2 : " Lorsque le représentant du pouvoir adjudicateur n'a pas donné suite ou n'a pas donné une suite favorable à une demande du titulaire, le règlement définitif du différend relève des procédures fixées aux articles 50.3 à 50.6". Enfin, l'article 50.3 du même cahier stipule que : " A l'issue de la procédure décrite à l'article 50.1, si le titulaire saisit le tribunal administratif compétent, il ne peut porter devant cette juridiction que les chefs et motifs énoncés dans les mémoires en réclamation. ".

6. L'apparition d'un différend, au sens de ces stipulations, entre le titulaire du marché et l'acheteur, résulte, en principe, d'une prise de position écrite, explicite et non équivoque émanant de l'acheteur et faisant apparaître le désaccord. Elle peut également résulter du silence gardé par l'acheteur à la suite d'une mise en demeure adressée par le titulaire du marché l'invitant à prendre position sur le désaccord dans un certain délai. Par ailleurs, un mémoire du titulaire d'un marché ne peut être regardé comme une réclamation au sens de l'article 50.1 du CCAG-Travaux que s'il comporte l'énoncé d'un différend et expose de façon précise et détaillée les chefs de la contestation en indiquant, d'une part, les montants des sommes dont le paiement est demandé et, d'autre part, les motifs de ces demandes, notamment les bases de calcul des sommes réclamées.

7. Il résulte de l'instruction que C a adressé à la commune de Garges-lès-Gonesse et à la maîtrise d'œuvre, qui en ont accusé réception le 3 mars 2023, un mémoire en réclamation en date du 27 février 2023 conforme aux prescriptions énoncées au point 6 ci-dessus, après que la commune de Garges-lès-Gonesse eut posté sur la plateforme Chorus, le 3 février 2023, un message selon lequel elle rejetait son projet de décompte général. La fin de non-recevoir de la commune de Garges-lès-Gonesse tirée d'un défaut de liaison du contentieux au sens de l'article R. 421-1 du code de justice administrative et d'une méconnaissance des stipulations précitées de l'article 50 du CCAG-Travaux doit donc être écartée.

Sur la demande de provision de C :

8. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie. ".

9. Il résulte de ces dispositions que, pour regarder une obligation comme non sérieusement contestable, il appartient au juge des référés de s'assurer que les éléments qui lui sont soumis par les parties sont de nature à en établir l'existence avec un degré suffisant de certitude. Dans ce cas, le montant de la provision que peut allouer le juge des référés n'a d'autre limite que celle résultant du caractère non sérieusement contestable de l'obligation dont les parties font état.

En ce qui concerne le solde du marché :

10. En premier lieu, ainsi qu'il a été dit au point 3 ci-dessus, le moyen tiré de ce que les projets de décompte final et de décompte général établis par la société requérante n'auraient pas été signés et notifiés par le représentant du titulaire du marché doit être écarté.

11. En deuxième lieu, d'une part, qu'aux termes de l'article 13.3.1 du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de travaux (CCAG-Travaux), dans sa rédaction issue de l'arrêté du 3 mars 2014 : " Après l'achèvement des travaux, le titulaire établit le projet de décompte final (). / Ce projet de décompte final est la demande de paiement finale du titulaire () ". Selon l'article 13.3.2 du même cahier : " Le titulaire transmet son projet de décompte final, simultanément au maître d'œuvre et au représentant du pouvoir adjudicateur, par tout moyen permettant de donner une date certaine, dans un délai de trente jours à compter de la date de notification de la décision de réception des travaux () ". L'article 13.3.4 du même cahier stipule que : " En cas de retard dans la transmission du projet de décompte final et après mise en demeure restée sans effet, le maître d'œuvre établit d'office le décompte final aux frais du titulaire. Ce décompte final est alors notifié au titulaire avec le décompte général tel que défini à l'article 13.4. ".

12. D'autre part, aux termes de l'article 13.4.2 du CCAG-Travaux, dans sa rédaction issue de l'arrêté du 3 mars 2014 : " Le projet de décompte général est signé par le représentant du pouvoir adjudicateur et devient alors le décompte général. / Le représentant du pouvoir adjudicateur notifie au titulaire le décompte général à la plus tardive des deux dates ci-après :/ - trente jours à compter de la réception par le maître d'œuvre de la demande de paiement finale transmise par le titulaire ; / - trente jours à compter de la réception par le représentant du pouvoir adjudicateur de la demande de paiement finale transmise par le titulaire () ". Selon l'article 13.4.3 du même cahier : " Dans un délai de trente jours compté à partir de la date à laquelle ce décompte général lui a été notifié, le titulaire envoie au représentant du pouvoir adjudicateur, avec copie au maître d'œuvre, ce décompte revêtu de sa signature, avec ou sans réserves, ou fait connaître les motifs pour lesquels il refuse de le signer. / Si la signature du décompte général est donnée sans réserve par le titulaire, il devient le décompte général et définitif du marché. La date de sa notification au pouvoir adjudicateur constitue le départ du délai de paiement. / Ce décompte lie définitivement les parties () ". Enfin, l'article 13.4.4 du même cahier stipule que : " Si le représentant du pouvoir adjudicateur ne notifie pas au titulaire le décompte général dans les délais stipulés à l'article 13.4.2, le titulaire notifie au représentant du pouvoir adjudicateur, avec copie au maître d'œuvre, un projet de décompte général signé composé : - du projet de décompte final tel que transmis en application de l'article 13.3.1 ; - du projet d'état du solde hors révision de prix définitive, établi à partir du projet de décompte final et du dernier projet de décompte mensuel, faisant ressortir les éléments définis à l'article 13.2.1 pour les acomptes mensuels ; - du projet de récapitulation des acomptes mensuels et du solde hors révision de prix définitive (). / Si, dans [un] délai de dix jours, le représentant du pouvoir adjudicateur n'a pas notifié au titulaire le décompte général, le projet de décompte général transmis par le titulaire devient le décompte général et définitif () ".

13. Enfin, aux termes de l'article L. 2192-1 du code de la commande publique : " Les titulaires de marchés conclus avec les personnes morales de droit public, ainsi que leurs sous-traitants admis au paiement direct, transmettent leurs factures sous forme électronique. ". Selon l'article L. 2192-5 du même code : " Une solution mutualisée, mise à disposition par l'Etat et dénommée " portail public de facturation ", permet le dépôt, la réception et la transmission des factures sous forme électronique. Pour la mise en œuvre des obligations fixées à la sous-section 1 de la présente section, utilisent le portail public de facturation : / 1° L'Etat, les collectivités territoriales et les établissements publics ; / 2° Les titulaires de marchés conclus avec un acheteur mentionné au 1° ainsi que leurs sous-traitants admis au paiement direct. ". L'article R. 2192-3 de ce code dispose que : " Un arrêté du ministre chargé du budget, annexé au présent code, définit les modalités techniques selon lesquelles le dépôt, la transmission et la réception des factures sont effectués sur le portail public de facturation en application de l'article L. 2192-5. Ces modalités garantissent la réception immédiate et intégrale des factures et assure la fiabilité de l'identification de l'émetteur, l'intégrité des données, la sécurité, la confidentialité et la traçabilité des échanges. L'utilisation du portail public de facturation est exclusive de tout autre mode de transmission. Lorsqu'une facture lui est transmise en dehors de ce portail, la personne publique destinataire ne peut la rejeter qu'après avoir informé l'émetteur par tout moyen de l'obligation mentionnée à l'article L. 2192-1 et l'avoir invité à s'y conformer en utilisant ce portail. ". Selon le II de l'article 15 de l'arrêté du 9 décembre 2016 relatif au développement de la facturation électronique : " Les émetteurs peuvent consulter le statut de leurs factures à l'adresse suivante : https://chorus-pro.gouv.fr ". Aux termes de l'article D. 2192-2 du code de la commande publique : " Sans préjudice des mentions obligatoires fixées par les dispositions législatives ou réglementaires, les factures mentionnées aux articles L. 2192-1 à L. 2192-3 comportent les mentions suivantes : / 1° La date d'émission de la facture ; / 2° La désignation de l'émetteur et du destinataire de la facture ; / 3° Le numéro unique basé sur une séquence chronologique et continue établie par l'émetteur de la facture, la numérotation pouvant être établie dans ces conditions sur une ou plusieurs séries ; / 4° En cas de contrat exécuté au moyen de bons de commande, le numéro du bon de commande ou, dans les autres cas, les références du contrat ou le numéro de l'engagement attribué par le système d'information financière et comptable du destinataire de la facture ; / 5° La désignation du payeur, avec l'indication, pour les personnes publiques, du code d'identification du service chargé du paiement ; / 6° La date de livraison des fournitures ou d'exécution des services ou des travaux ; / 7° La quantité et la dénomination précise des produits livrés, des prestations et travaux réalisés ; 8° Le prix unitaire hors taxes des produits livrés, des prestations et travaux réalisés ou, lorsqu'il y a lieu, leur prix forfaitaire ; / 9° Le montant total de la facture, le montant total hors taxes et le montant de la taxe à payer, ainsi que la répartition de ces montants par taux de taxe sur la valeur ajoutée, ou, le cas échéant, le bénéfice d'une exonération ; / 10° L'identification, le cas échéant, du représentant fiscal de l'émetteur de la facture ; / 11° Le cas échéant, les modalités de règlement ; / 12° Le cas échéant, les renseignements relatifs aux déductions ou versements complémentaires. / Les factures comportent en outre les numéros d'identité de l'émetteur et du destinataire de la facture, attribués à chaque établissement concerné ou, à défaut, à chaque personne en application de l'article R. 123-221 du code de commerce. / Pour les émetteurs ne disposant pas du numéro d'identité mentionné à l'alinéa précédent, un arrêté du ministre chargé du budget, annexé au présent code, fixe l'identifiant qui doit être porté sur les factures. ". Selon l'article R. 2192-27 du même code : " Lorsque la demande de paiement ne comporte pas l'ensemble des pièces et des mentions prévues par la loi ou par le marché ou que celles-ci sont erronées ou incohérentes, le délai de paiement peut être interrompu une seule fois par le pouvoir adjudicateur. / Pour les pouvoirs adjudicateurs dotés d'un comptable public, cette interruption ne peut intervenir qu'avant l'ordonnancement de la dépense. ".

14. Il résulte de la combinaison des stipulations citées aux points 11 et 12 ci-dessus que, même si elle intervient après l'expiration du délai de trente jours prévu à l'article 13.3.2 du CCAG-Travaux, courant à compter de la réception des travaux, la réception, par le maître d'ouvrage et le maître d'œuvre, du projet de décompte final, établi par le titulaire du marché, est le point de départ du délai de trente jours prévu à l'article 13.4.2, dont le dépassement peut donner lieu à l'établissement d'un décompte général et définitif tacite dans les conditions prévues par l'article 13.4.4. Toutefois, dès lors qu'en application de l'article 13.4.2, l'expiration du délai de trente jours prévu par celui-ci est appréciée au regard de la plus tardive des dates de réception du projet de décompte final respectivement par le maître d'ouvrage et le maître d'œuvre, ce délai ne peut pas courir tant que ceux-ci n'ont pas tous deux reçus le document en cause. Enfin, dès lors que les dispositions précitées au point 13 sont entrées en vigueur avant le lancement du présent marché de travaux, la procédure finale d'établissement de décompte général, qui commence par l'envoi par le titulaire du décompte final, devait être exclusivement réalisée par le portail public de facturation Chorus Pro.

15. Il résulte de l'instruction, ainsi qu'il a été dit au point 1 de la présente ordonnance, que la réception des travaux du marché est intervenue le 8 octobre 2022, avec des réserves qui ont intégralement été levées le 29 novembre suivant. La SAS Isolation Décoration Sécurité a déposé un projet de décompte final sur la plateforme Chorus Pro le 9 décembre 2022, comme l'atteste le certificat de dépôt versé à l'instance à l'attention de la ville de Garges-lès-Gonesse. Si la commune lui reproche de n'avoir en revanche pas transmis ce document au maître d'œuvre, la société Villette-Goyet Architectes, il résulte de l'instruction que cette dernière a été inscrite sur la plateforme Chorus Pro, comme l'atteste la pièce n° 7 versée à l'appui de la requête, intitulée " consultation d'un projet de décompte général dans le cadre d'une procédure tacite ", où elle est explicitement identifiée. Il ressort par ailleurs des prescriptions techniques de la notice d'utilisation de la plateforme Chorus Pro versée à l'instance que dans le cadre de la facturation électronique des marchés publics de travaux, les maîtres d'œuvre doivent intervenir dans le circuit Chorus Pro pour valider les factures des fournisseurs de travaux, ne serait-ce que pour récupérer leurs projets de décompte mensuels avant de transmettre les états correspondant au maître d'ouvrage, selon un processus qui permet aux parties au marché d'être informées en temps réel de l'avancée des procédures les concernant. La commune de Garges-lès-Gonesse n'est donc pas fondée à soutenir que le projet de décompte final de C n'a pas fait courir les délais d'établissement du décompte général tacite et définitif faute d'avoir été notifié au maître d'œuvre. La commune de Garges-lès-Gonesse ne peut davantage utilement soutenir que le projet de décompte final de la société IDS-Isolation Décoration Sécurité n'est pas conforme aux règles de forme des factures prévues par les stipulations précitées de l'article D. 2192-2 du code de la commande publique, dès lors que si ce document est assimilé à une facture sur Chorus Pro, il n'est cependant pas établi pour servir de support à une vente entre un fournisseur et client. En tout état de cause, en vertu des dispositions précitées des articles D. 2192-2 et R. 2192-27 du code de la commande publique, l'absence de certaines mentions obligatoires sur les factures ou leur caractère erroné permet seulement à l'acheteur d'interrompre, une fois, le délai de paiement dans les conditions prévues aux articles R. 2192-27 à R. 2192-29 de ce code, faculté dont la commune de Garges-lès-Gonesse ne soutient pas avoir entendu faire usage.

16. En vertu de ce qui vient d'être dit, C doit être regardée comme ayant mis son projet de décompte final à disposition du maître d'ouvrage et du maître d'œuvre le 9 décembre 2022, dans le délai de trente jours prévu par les stipulations de l'article 13.3.2 du CCAG-Travaux. En vertu des stipulations précitées de l'article 13.4.2 de ce même cahier, la commune de Garges-lès-Gonesse disposait d'un délai de trente jours à compter du 9 décembre 2022, expiré le 8 janvier 2023, pour adresser à C un projet de décompte général signé. Faute d'avoir reçu un tel document dans les délais requis, C a déposé son propre projet de décompte général sur la plateforme Chorus le 13 janvier 2023. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 15 ci-dessus, la commune de Garges-lès-Gonesse n'est pas fondée à soutenir que ce projet de décompte général, aboutissement du processus obligatoire engagé sur la plateforme Chorus et susceptible de paiement, aurait été irrégulièrement établi sur la plateforme, sans être adressé au représentant du pouvoir adjudicateur et au maître d'œuvre. Faute pour la commune de Garges-lès-Gonesse d'avoir notifié le décompte général et définitif du marché dans le délai de dix jours prévu par l'article 13.4.4 du CCAG-Travaux, qui a couru à compter du 13 janvier 2023, le projet de décompte général transmis par C, né tacitement le 23 janvier 2023, est devenu le décompte général et définitif du marché.

17. Il résulte de ce qui précède que C est fondée à demander la condamnation de la commune de Garges-lès-Gonesse à lui verser à titre de provision la somme de 118 566,72 euros HT qui apparaît sur le certificat de dépôt généré par la plateforme Chorus Pro, soit la somme de 137 026,94 euros TTC apparaissant en tant que solde à payer TTC dans le projet de décompte général devenu définitif, qui ne lui a pas été réglée, non sérieusement contestable dans son principe comme dans son montant.

En ce qui concerne les intérêts moratoires, la capitalisation des intérêts et les frais de recouvrement :

18. D'une part, aux termes de l'article R. 2192-16 du code de la commande publique : " Pour le paiement du solde des marchés de travaux ou de maîtrise d'œuvre conclus par l'Etat, ses établissements publics ayant un caractère autre qu'industriel et commercial, les collectivités territoriales et leurs établissements publics, le délai de paiement court à compter de la date de réception par le maître de l'ouvrage du décompte général et définitif établi dans les conditions fixées par le cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés de travaux et aux marchés de maîtrise d'œuvre. ". Selon l'article R. 2192-10 du même code : " Le délai de paiement prévu à l'article L. 2192-10 est fixé à trente jours (). ". L'article R. 2192-31 du même code dispose que : " Le taux des intérêts moratoires mentionnés à l'article L. 2192-13 est égal au taux d'intérêt appliqué par la Banque centrale européenne à ses opérations principales de refinancement les plus récentes, en vigueur au premier jour du semestre de l'année civile au cours duquel les intérêts moratoires ont commencé à courir, majoré de huit points de pourcentage. ". Enfin, aux termes de l'article D. 2192-35 du même code : " Le montant de l'indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement est fixé à 40 euros. ".

19. D'autre part, aux termes de l'article 5.3.6 du cahier des clauses particulières du marché : " Le défaut de paiement dans les délais prévus selon les dispositions de l'article R2192-12 du Code de la Commande Publique fait courir de plein droit, et sans autre formalité, des intérêts moratoires au bénéfice du titulaire ou du sous-traitant payé directement. / Conformément à l'article R2192-31 du Code de la Commande Publique, le taux des intérêts moratoires est égal au taux d'intérêt de la principale facilité de refinancement appliquée par la Banque centrale européenne à son opération de refinancement principal la plus récente effectuée avant le premier jour de calendrier du semestre de l'année civile au cours duquel les intérêts moratoires ont commencé à courir, majoré de 8 points. / En application du même décret, le titulaire ou le sous-traitant payé directement pourra prétendre à une indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement d'un montant de 40 euros. ".

20. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que le décompte général et définitif est né tacitement le 23 janvier 2023. Par suite, en application des dispositions précitées, le délai de paiement était fixé au 22 février 2023, de sorte que les intérêts moratoires ont commencé à courir à compter du 23 février 2023 jusqu'à la date de mise en paiement des sommes dues. Dans ces conditions, la commune de Garges-lès-Gonesse est condamnée à verser à C, à titre de provision, les intérêts moratoires au taux appliqué par la Banque centrale européenne à ses opérations principales de refinancement les plus récentes, en vigueur au premier jour du semestre de l'année civile au cours duquel les intérêts moratoires ont commencé à courir, majoré de huit points de pourcentage, sur la somme de 137 026,94 euros évoquée au point 17 ci-dessus, du 23 février 2023 jusqu'à la date à laquelle elle sera effectivement réglée.

S'agissant de la capitalisation des intérêts :

21. Aux termes de l'article 1343-2 du code civil, les intérêts échus des capitaux peuvent produire des intérêts, ou par une demande judiciaire, ou par une convention spéciale, pourvu que, soit dans la demande, soit dans la convention, il s'agisse d'intérêts dus au moins pour une année entière.

22. La capitalisation des intérêts a été demandée par C dans sa requête introductive d'instance devant le tribunal, le 28 avril 2023. A cette date, les intérêts n'étaient pas dus pour une année entière. Par suite, conformément aux dispositions de l'article 1343-2 du code civil, il y a lieu de faire droit à la demande de capitalisation des intérêts de la SAS IDS-Isolation Décoration à compter du 23 février 2024, date à laquelle ces intérêts étaient dus pour une année entière, et à chaque échéance annuelle à compter de cette date.

S'agissant des frais de recouvrement :

23. Compte tenu de ce qui vient d'être dit, la créance dont se prévaut C au titre de l'indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement n'est pas sérieusement contestable. Il y a, par suite, lieu de faire droit à sa demande de provision de 40 euros au titre de l'indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement.

Sur les conclusions de la commune de Garges-lès-Gonesse :

24. En premier lieu, dès lors qu'il ne résulte pas de l'instruction que C serait dans une situation financière préoccupante, il n'y a pas lieu de faire droit à la demande de la commune de Garges-lès-Gonesse tendant à ce qu'elle constitue des garanties financières.

25. En second lieu, la commune de Garges-lès-Gonesse soutient que le maître d'œuvre du marché, la société Villette-Goyer Architectes, a commis diverses fautes dans la procédure de révision du décompte général, en acceptant notamment qu'y soit intégrée la somme de 81 151,13 euros correspondant à des préjudices non justifiés prétendument subis du fait des décalages de chantiers, en méconnaissance tant des stipulations de l'article 13 du CCAG-Travaux que de l'article 1-1 du cahier des clauses administratives particulières du marché relatif à l'exécution des travaux. Toutefois, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que la commune de Garges-lès-Gonesse a été informée en temps utiles, via la plateforme Chorus, des éléments figurant dans le décompte que lui a proposé la société IDS-Isolation Décoration Sécurité, notamment des indemnités correspondant aux préjudices nés de décalages du chantier, dont il ne résulte pas de l'instruction qu'elles auraient suscité des réserves de sa part, ni même qu'elles auraient été injustifiées. En l'état de l'instruction, la commune de Garges-lès-Gonesse ne peut donc être regardée comme établissant des fautes de son maître d'œuvre dans la procédure d'établissement du décompte. Les conclusions d'appel en garantie de la commune dirigées contre la société Villette-Goyer Architectes doivent donc être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

26. C n'étant pas la partie perdante à l'instance, les conclusions de la commune de Garges-lès-Gonesse présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées. Dans les circonstances de l'espèce, il y a en revanche lieu de mettre la somme de 1 000 euros à la charge de la commune sur le même fondement.

Par ces motifs, le tribunal ordonne :

Article 1er : La commune de Garges-lès-Gonesse est condamnée à verser à C une provision de 137 026,94 euros toutes taxes comprises (TTC) au titre du solde du lot n° 6 " cloisons - faux plafonds " du marché public de travaux portant sur la construction de la halle de marché et de l'espace polyvalent du quartier de la Dame Blanche, assortie des intérêts moratoires et de leur capitalisation dans les conditions prévues aux articles 18 à 22 de la présente ordonnance, ainsi que l'indemnité forfaitaire de recouvrement de 40 euros.

Article 2 : La commune de Garges-lès-Gonesse versera la somme de 1 000 euros à C sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions de la commune de Garges-lès-Gonesse sont rejetées.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à C, à la commune de Garges-lès-Gonesse et à la société Villette-Goyer Architectes.

Fait à Cergy, le 13 juin 2024.

La juge des référés,

signé

C. Oriol

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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