Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2306720
mardi 16 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2306720 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème Chambre |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 18 mai 2023 et le 12 janvier 2024, Mme B A, représentée par Me de Seze, demande au tribunal :
1°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler la décision du 23 mars 2023 par laquelle la directrice territoriale de Cergy de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a mis fin aux conditions matérielles d'accueil dont elle bénéficiait ;
3°) d'enjoindre à l'OFII de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, à titre rétroactif, dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'OFII une somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision implicite par laquelle il a été mis fin au versement de son allocation de demandeur d'asile depuis le mois de février 2022 est entachée d'une insuffisance de motivation, d'une méconnaissance du principe du contradictoire et d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision expresse du 23 mars 2023 est entachée d'une insuffisance de motivation ;
- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que la procédure contradictoire prévue par l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'a pas été respectée ;
- il n'est pas démontré qu'elle aurait bénéficié d'un entretien de vulnérabilité mené par un agent ayant reçu une formation spécifique à cette fin ;
- la décision est illégale dès lors qu'elle a été prise sur le fondement de l'arrêté du 23 octobre 2015 fixant le contenu du questionnaire de détection des vulnérabilités des demandeurs d'asile, qui méconnaît les dispositions des articles L. 522-3 et R. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ce questionnaire ne comportant pas de questions visant à identifier effectivement les personnes vulnérables ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation particulière ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à sa vulnérabilité ;
- le motif de la décision tiré de ce qu'elle s'est abstenue de se présenter à des entretiens auxquels elle était convoquée est erroné en droit dès lors que cette circonstance ne peut être considérée comme le non-respect des exigences des autorités chargées de l'asile ;
- la décision est fondée sur un manquement qui n'est pas matériellement établi et est à cet égard entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans la modulation du degré de cessation des conditions matérielles d'accueil, en méconnaissance de l'article 20 de la directive 2013/33/UE.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 janvier 2024, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.
Mme B A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 octobre 2023 du bureau d'aide juridictionnelle établi près le tribunal judiciaire de Pontoise.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Cuisinier-Heissler a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A, ressortissante guinéenne, née le 5 août 1999, a présenté une demande d'asile qui a été enregistrée le 12 janvier 2023 en procédure dite " Dublin " et a accepté le même jour les conditions matérielles d'accueil proposées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII). Par courrier en date du 21 février 2023, notifié le 1er mars 2023, l'OFII l'a informée de son intention de mettre fin aux conditions matérielles d'accueil pour non-respect des exigences des autorités chargées de l'asile. Par décision du 23 mars 2023, dont Mme A demande l'annulation, l'OFII a mis fin au bénéfice des conditions matérielles d'accueil pour non-respect des exigences des autorités chargées de l'asile.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Par une décision du 23 octobre 2023, le bureau d'aide juridictionnelle établi près le tribunal judiciaire de Pontoise a admis Mme B A au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Ainsi, les conclusions tendant à l'admission de la requérante au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire sont devenues sans objet. Par suite, il n'y a plus lieu d'y statuer.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite par laquelle il aurait été mis fin aux conditions matérielles d'accueil à compter de février 2022 :
3. Il résulte de l'instruction, ainsi qu'il a été dit au point 1, que Mme A a présenté une demande d'asile enregistrée le 12 janvier 2023 et que le même jour lui a été accordé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par suite, la décision implicite par laquelle il aurait été mis fin à compter de février 2022 aux conditions matérielles d'accueil accordées à la requérante est inexistante. Les conclusions dirigées contre cette décision ne peuvent donc qu'être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 23 mars 2023, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête :
4. Aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : () 3o Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; () ".
5. Il ressort des mentions de la décision attaquée que, pour mettre fin aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficiait Mme A, l'OFII s'est fondé sur la circonstance que l'intéressée n'avait pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en s'abstenant de se rendre aux entretiens personnels concernant sa procédure d'asile. La requérante soutient qu'elle n'a pas reçu de convocation avant la date des entretiens. Le directeur général de l'OFII produit une copie d'écran indiquant que Mme A a été inscrite à la session " proposition d'orientation en hébergement " du 20 février 2023 et du 21 février 2023 et affirme sans l'établir, avoir prévenu l'intéressée par téléphone la veille de ces rendez-vous. Par suite, il ne justifie pas, par les pièces versées au dossier, que Mme A aurait été convoquée à ces deux entretiens. Par suite, la requérante est fondée à soutenir que la décision attaquée est basée sur des faits non matériellement établis, et, par suite, à en demander l'annulation.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
6. Eu égard au motif d'annulation retenu au point précédent, il y a lieu d'enjoindre au directeur général de l'OFII de rétablir les conditions matérielles d'accueil de Mme A à compter du 23 mars 2023, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. En revanche, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
7. Dans les circonstances particulières de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de Mme A présentées sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire de Mme B A.
Article 2 : La décision du 23 mars 2023 mettant fin aux conditions matérielles d'accueil de Mme A est annulée.
Article 3 : : Il est enjoint au directeur général de l'OFII de rétablir les conditions matérielles d'accueil de Mme A à compter du 23 mars 2023, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 4 : : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me de Sèze et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 13 mars 2024, à laquelle siégeaient :
M. Bertoncini, président,
Mme Saïh, première conseillère,
Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 avril 2024.
La rapporteure,
S. Cuisinier-HeisslerLe président,
T. BertonciniLa greffière,
N. Magen
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Décisions similaires
Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — N° TA95-2600300
01/10/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2612179
01/10/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2604311
01/10/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2603832
01/10/2026