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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2306731

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2306731

jeudi 29 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2306731
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantEVODROIT-SCP INTER BARREAUX D'AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 mai 2023, M. H F, Mme C F épouse B, M. A G et Mme E D épouse G, représentés par Me Vrioni, demandent au juge des référés, statuant en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision par laquelle le maire de la commune d'Epiais-Rhus a exercé le droit de préemption urbain de la commune sur la parcelle cadastrée section AH 130, située 9 rue des Bruyères à Epiais-Rhus ;

2°) d'ordonner que la suspension fasse obstacle à l'acquisition du bien par la commune d'Epiais-Rhus et permette la signature de l'acte de vente prévu par le compromis de vente signé le 8 mars 2023 ;

3°) de mettre à la charge de la commune d'Epiais-Rhus la somme de 3 000 euros, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la condition d'urgence est présumée remplie dès lors que M. et Mme G agissent en qualité d'acquéreurs évincés ; en outre, s'agissant de M. F et de

Mme F épouse B, la condition d'urgence est également caractérisée en ce qu'ils justifient d'un besoin urgent de liquidités afin de s'acquitter de droits de mutation ;

- il existe plusieurs moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

* elle est insuffisamment motivée en méconnaissance de l'article L. 210-1 du code de l'urbanisme ;

* elle est entachée d'incompétence dès lors que le maire, qui l'a signée, ne justifie pas de l'existence et de la publication d'une délégation du conseil municipal ;

* elle est entachée d'un vice de procédure faute de consultation préalable du service des domaines ;

* elle ne vise aucun projet d'action ou d'opération d'aménagement répondant aux objets mentionnés à l'article L. 300-1 du code de l'urbanisme ;

* elle n'a pas été notifiée aux vendeurs, les consorts F, en méconnaissance du sixième alinéa de l'article L. 213-2 du code de l'urbanisme ;

* elle ne contient pas de proposition de prix d'achat en méconnaissance de l'article R. 213-8 du code de l'urbanisme ;

* elle est illégale dès lors qu'elle ne concerne que la parcelle cadastrée section AH n°130, laquelle forme, avec les autres biens visés par la vente, une unité foncière.

Par un mémoire en défense enregistré le 8 juin 2023, la commune d'Epiais-Rhus, représentée par Me Auchet, conclut au rejet de la requête et qu'il soit mis à la charge des requérants la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les requérants étaient parfaitement informés de la volonté de la commune d'acquérir la parcelle en cause en vue de réaliser des aménagements destinés à sécuriser les abords de l'école ;

- le maire de la commune d'Epiais-Rhus était compétent pour prendre la décision de préemption contestée aux termes de la délibération n° 18/2020 du 3 juillet 2020 du conseil municipal ;

- le service des domaines a été consulté le 7 novembre 2022 ;

- la commune souhaite acquérir toutes les parcelles situées derrière l'école, dont la parcelle AH 130, aux fins d'y créer une aire de stationnement pour sécuriser les abords de l'école, ce dont étaient informés les requérants depuis que le maire les avait contactés, en novembre 2022, pour discuter du devenir de cette parcelle ;

- la commune a régulièrement notifié " sa volonté d'acquérir " la parcelle AH 130 ;

- le prix n'est pas expressément mentionné dans la décision en raison d'un accord particulier entre les parties ;

- les parcelles AH 166, AH 167, AH 186 et AH 130 A ne constituent pas une unité foncière unique de sorte que la décision litigieuse peut légalement porter sur la seule parcelle AH 130.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête n° 2306673, enregistrée le 15 mai 2023, par laquelle M. H F, Mme C F épouse B, M. A G et Mme E D épouse G, représentés par Me Vrioni, demandent l'annulation de la décision contestée.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Riedinger, première conseillère, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience du 9 juin 2023 à

14 heures.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme El Moctar, greffière d'audience :

- le rapport de Mme Riedinger, juge des référés ;

- les observations orales de Me Vrioni, représentant les requérants ; elle insiste sur l'absence de prix qui est l'irrégularité la plus grave et soutient que, sans mention du prix, la mention " la commune souhaite faire valoir son droit de préemption sur la parcelle AH 130 " ne constitue pas une décision de préemption, elle fait toutefois valoir que cette mention en l'espèce a eu pour effet de bloquer la vente et qu'aucun notaire ne prendra, en l'état, le risque de faire signer un acte de vente, c'est pourquoi elle demande que soit prononcée la suspension de l'exécution de cette pseudo décision ;

- les observations orales de Me Pinguet, substituant Me Auchet, représentant la commune d'Epiais-Rhus ;

- les observations du maire de la commune qui fait valoir que, à la date de sa décision, le prix faisait l'objet de négociations et qu'il avait communiqué à l'agent immobilier des requérants l'estimation du prix faite par le service des domaines.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Un compromis de vente a été signé le 8 mars 2023 d'une part, par M. F et par Mme F épouse B, propriétaires d'un ensemble immobilier comprenant quatre parcelles, dont la parcelle cadastrée section AH n° 130, et situé à Epiais- Rhus, d'autre part, par M. G et par Mme D épouse G souhaitant acquérir cet ensemble immobilier. La déclaration d'intention d'aliéner correspondante a été enregistrée à la mairie d'Epiais-Rhus le 14 mars 2023. Le 17 mars 2023, le maire de la commune d'Epiais-Rhus a retourné cette déclaration au notaire en mentionnant le souhait de la commune d'exercer son droit de préemption urbain sur la parcelle cadastrée section AH n° 130. Par la présente requête, M. F, Mme F épouse B, M. G et Mme D épouse G demandent au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cette décision.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

4. Aux termes de l'article R. 213-8 du code de l'urbanisme : " Lorsque l'aliénation est envisagée sous forme de vente de gré à gré ne faisant pas l'objet d'une contrepartie en nature, le titulaire du droit de préemption notifie au propriétaire : / a) Soit sa décision de renoncer à l'exercice du droit de préemption ; / b) Soit sa décision d'acquérir aux prix et conditions proposés () ; / c) Soit son offre d'acquérir à un prix proposé par lui et, à défaut d'acceptation de cette offre, son intention de faire fixer le prix du bien par la juridiction compétente en matière d'expropriation () ".

5. Il résulte de l'instruction que le maire de la commune d'Epiais-Rhus n'a communiqué aux propriétaires aucune indication sur le prix auquel la commune envisage d'acquérir la parcelle en cause dans le délai de deux mois suivant la déclaration d'intention d'aliéner prévu à l'article L. 213-2 du code de l'urbanisme. Par suite, la décision du maire d'Epiais-Rhus du 17 mars 2023, dont la suspension est demandée, ne peut avoir pour effet de s'opposer à ce que le compromis de vente signé par les requérants soit mis à exécution. Dans ces conditions, aucune urgence ne peut justifier la suspension de l'exécution de cette décision.

6. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'existence d'un moyen propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, que la requête doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative dès lors que la commune d'Epiais-Rhus n'est pas la partie perdante. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par la commune d'Epiais-Rhus au titre de ces mêmes dispositions.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. F, Mme F épouse B, M. G, et

Mme D épouse G est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune d'Epiais-Rhus présentées au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. H F, Mme C F épouse B, M. A G, Mme E D épouse G et à la commune d'Epiais-Rhus.

Fait, à Cergy, le 29 juin 2023.

La juge des référés,

Signé

V. Riedinger

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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