Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2306912
vendredi 16 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2306912 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème Chambre |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 23 mai et 7 juin 2023, M. E, représenté par Me Garcia, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté non daté, notifié le 24 avril 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours ;
2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant " dans le délai de trente jours à compter de la notification de la décision à intervenir et ce, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué n'est pas daté, n'est pas signé et n'a pas été notifié par voie postale ;
- il est entaché d'incompétence ;
- il est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- il est entaché d'une erreur de droit ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 décembre 2023, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête et communique les pièces constitutives du dossier du requérant.
M. C a produit des pièces complémentaires le 24 janvier 2024, après la clôture de l'instruction, qui n'ont pas été communiquées.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Saïh, rapporteure,
- et les observations de Me Garcia, représentant M. C.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant congolais né le 11 décembre 1997, est entré en France le 6 novembre 2021 sous couvert d'un visa de long séjour valant titre de séjour portant la mention " étudiant " valable du 22 octobre 2021 au 22 octobre 2022. Le 11 décembre 2022, il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour. Par un arrêté non daté, notifié le 24 avril 2023, le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer le titre demandé et l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours. M. C demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. /En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. /Cette carte donne droit à l'exercice, à titre accessoire, d'une activité professionnelle salariée dans la limite de 60 % de la durée de travail annuelle. ".
3. Pour refuser à M. C le renouvellement de sa carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant ", le préfet du Val-d'Oise a relevé que l'intéressé n'a pas validé sa première année du programme Bachelor à l'institut supérieur du droit au titre de l'année scolaire 2021-2022 et qu'il présente une inscription au baccalauréat professionnel " technicien en chaudronnerie industrielle ", et en a déduit d'une part qu'il ne pouvait être regardé, en l'absence de progression dans ses études, comme les poursuivant de façon sérieuse et d'autre part que cette nouvelle inscription constitue un changement d'orientation, démontrant un défaut de cohérence dans son cursus.
4. Il ressort des pièces du dossier que M. C s'est inscrit en première année " Carrières judiciaires " dans le cadre du programme Bachelor de l'institut supérieur du droit au titre de l'année 2021-2022. Il indique, sans être contesté, avoir eu des difficultés à suivre les cours de cette formation en raison de son arrivée sur le territoire au cours du mois de novembre 2021 l'ayant conduit à subir un retard de deux mois dans son apprentissage. En outre, après avoir abandonné ce cursus au cours du mois de mars 2022, M. C s'est inscrit au sein de l'établissement Forp formation afin de préparer en alternance le baccalauréat professionnel " technicien en chaudronnerie industrielle ". A ce titre, il a conclu un contrat d'apprentissage le 1er septembre 2022 et a obtenu une autorisation de travail le 19 octobre 2022 l'autorisant à travailler pour la société Eiffage construction matériel pour une durée de 24 mois. Par ailleurs, M. C produit une lettre de soutien du responsable des ressources humaines de la société Eiffage du 27 avril 2023, certifiant qu'il est employé en qualité d'apprenti chaudronnier depuis le 1er septembre 2022 dans le cadre de son apprentissage pour une durée de deux ans. Il ressort également des mentions de cette lettre que le requérant " a su prouver sa détermination à obtenir le diplôme de Bac pro technicien en chaudronnerie industrielle. Il a su s'adapter rapidement dans un nouvel environnement comme le nôtre afin de s'intégrer au sein de son équipe. Par ailleurs, il montre quotidiennement sa volonté de bien faire et son assiduité. De plus, son maître d'apprentissage ne nous fait que des retours positifs concernant son savoir-être, sa curiosité et sa volonté d'apprendre. /Nous constatons également au travers de ses relevés de notes que Monsieur D se donne les moyens d'obtenir son bac pro avec des notes au-dessus de la moyenne et des commentaires positifs de ses professeurs qui le qualifie de " sérieux ", " motivé ", avec une " bonne attitude ". (). ". Dès lors, en estimant, au seul vu de l'échec de l'intéressé au titre de l'année universitaire 2021-2022 et de son changement d'orientation en 2022-2023, que le requérant ne justifiait pas d'une poursuite d'études sérieuse, le préfet du Val-d'Oise a commis une erreur d'appréciation.
5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. C est fondé à demander l'annulation de la décision
non datée, notifiée le 24 avril 2023, par laquelle le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui renouveler son titre de séjour portant la mention " étudiant ". Il y a lieu, par voie de conséquence, d'annuler la décision par laquelle le préfet a obligé l'intéressé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
6. Le présent jugement implique, eu égard au motif sur lequel il se fonde, que le préfet du Val-d'Oise, ou le préfet compétent territorialement, sous réserve d'un changement de circonstances de droit ou de fait, délivre à M. C une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant ", dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais du litige :
7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros à verser à M. C, en l'absence de demande d'aide juridictionnelle, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Les décisions du préfet du Val-d'Oise, notifiées le 24 avril 2023, portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours sont annulées.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Val-d'Oise, ou au préfet territorialement compétent, de délivrer à M. C une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant ", dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'État versera à M. C la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. E et au préfet du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 24 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
M. Bertoncini, président,
Mme Saïh, première conseillère,
M. Amazouz, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 février 2024.
La rapporteure,
Z. Saïh
Le président,
T. BertonciniLa greffière,
M. A
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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