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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2307271

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2307271

lundi 10 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2307271
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantHAGEGE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 30 mai 2023, le président du tribunal administratif de Montreuil a transmis la requête de M. E A B, enregistrée au greffe de ce tribunal le 29 mai 2023, au tribunal administratif de Cergy-Pontoise.

Par cette requête sommaire, un mémoire et des pièces complémentaires, enregistrés le 14 et le 15 juin 2023, M. A B, représenté par Me Hagege, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 mai 2023 du préfet de la Seine-Saint-Denis portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixation du pays de destination, et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois ;

2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-10 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire :

- elle est entachée d'une incompétence de son auteur ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Le préfet de la Seine-Saint-Denis a produit un mémoire en défense, ainsi que les pièces constituant le dossier, le 26 juin 2023. Il conclut au rejet de la requête.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Bories comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers et des décisions relatives à la rétention des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter, VII quater du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Bories a été entendu au cours de l'audience publique du 6 juillet 2023.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. E A B, ressortissant algérien né le 27 mars 1994 à Alger, est entré en France le 10 octobre 2016, selon ses déclarations. Par un arrêté du 27 mai 2023, pris sur le fondement des dispositions de l'article L. 611-1, 1° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de douze mois. M. A B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

S'agissant des moyens communs :

2. En premier lieu, les décisions attaquées mentionnent de façon suffisamment précise et non stéréotypée les motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite le moyen tiré de leur insuffisante motivation doit être écarté.

3. En second lieu, il ne ressort ni des termes des décisions contestées ni d'aucune autre pièce du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen approfondi de la situation personnelle et professionnelle de M. A B, au vu des éléments qui avaient été porté à sa connaissance à la date de l'arrêté attaqué. Partant, le moyen tiré du défaut d'examen doit être écarté.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, par un arrêté n° 2023-0538 du 10 mars 2023 publié au bulletin d'informations administratives de la préfecture de la Seine-Saint-Denis, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation de signature à M. F G, attaché d'administration de l'état, adjoint au chef de la plateforme interrégionale de la main d'œuvre étrangère, à l'effet de signer notamment la décision attaquée, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme. Amélie Pauleau, M. H I et M. C D. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée manque en fait et doit être écarté.

5. En second lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

6. M. A B soutient qu'il est entré régulièrement sur le territoire français et qu'il y réside continuellement depuis, qu'il dispose de nombreuses attaches privées et familiales et qu'il justifie d'une bonne insertion professionnelle. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé est célibataire, sans enfants, et ne justifie pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine. S'il verse au dossier un contrat de travail à durée indéterminée en qualité d'électricien en date du 1er aout 2022 ainsi que des bulletins de salaires recouvrant la période allant du mois d'aout 2022 au mois d'avril 2023, son insertion professionnelle est récente à la date de la décision attaquée. En outre, si le requérant produit un certain nombre de pièces pour les années 2016, 2020, 2021, 2022 et 2023, ces éléments se révèlent insuffisants aux fins de justifier sa présence habituelle et continue en France. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation et porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le moyen doit ainsi être écarté.

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

7. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. A B n'établit pas que la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale. Dès lors, l'exception d'illégalité de cette décision soulevée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an doit être écartée.

8. En deuxième lieu, compte tenu de ce qui a été dit au point 6 du présent jugement, la décision en litige ne porte pas à la vie privée et familiale de l'intéressé une atteinte disproportionnée au regard des buts qu'elle poursuit. Dans ces conditions, M. A B n'est pas fondé à soutenir que la décision par laquelle le préfet lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

9. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Et aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ". Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, ou lorsque l'étranger n'a pas respecté le délai qui lui était imparti pour satisfaire à cette obligation, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.

10. M. A B fait valoir qu'il n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, qu'il est présent sur le territoire de manière habituelle et continue depuis 2016 et qu'il est inséré socialement et professionnellement. Toutefois, il ressort de la décision attaquée, et n'est pas contesté par le requérant, qu'il a été interpellé le 27 mai 2023 pour des faits de détention de produits psychotropes et était déjà connu par les services de police pour des faits de vente à la sauvette. En outre, il n'établit pas, ainsi qu'il a été dit précédemment, être entré régulièrement en France en 2016, et n'apporte pas suffisamment d'éléments permettant d'attester de son intégration et de l'intensité de ses attaches en France. Enfin, il ne justifie d'aucune circonstance particulière pour s'être maintenu irrégulièrement sur le territoire français. Dès lors, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée ni des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Saint-Denis aurait entaché sa décision d'une erreur de droit en méconnaissance des dispositions précitées. Il suit de là que le moyen ne peut qu'être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 27 mai 2023 du préfet de la Seine-Saint-Denis doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquences, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A idir est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E B et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 juillet 2023.

La magistrate désignée,

Signé

C. Bories

La greffière,

Signé

S. Hervé-Agbodjan

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.0

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