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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2307435

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2307435

mercredi 21 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2307435
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Avocat requérantWEINBERG

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées les 2 et 16 juin 2023, M. D A B, représenté par Me Weinberg, demande au juge des référés, statuant par application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 16 mai 2023 par laquelle le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande de regroupement familial au bénéfice de son fils ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de faire droit à sa demande de regroupement familial au bénéfice de son fils dans un délai de cinq jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des frais irrépétibles engagés pour l'instance et non compris dans les dépens sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie, dès lors que la décision contestée préjudicie gravement sa situation, en ce que son fils est lourdement handicapé et qu'elle a pour effet de placer son épouse et sa fille devant l'alternative de venir en France en abandonnant leur fils en Inde, ou de voir leur autorisation de regroupement familial devenir caduque, avant qu'il ne soit statué au fond sur sa requête ;

- il existe des moyens de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

* elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux et préalable de la situation particulière de l'intéressé et de sa famille, et d'un défaut de motivation en fait concernant la date de dépôt de sa demande et dès lors que le préfet n'a pas pris en compte l'âge et l'état de vulnérabilité de E C ;

* elle est entachée d'une erreur de fait dès lors que sa demande de regroupement familial a été déposée le 19 janvier 2021 et non le 9 mars 2022 ainsi que l'a confirmé l'OFII dans son courrier du 26 avril 2022 ;

* elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet du Val d'Oise s'est placé à la date du 9 mars 2022 et non à celle du 19 janvier 2021 pour apprécier l'âge de l'enfant ;

* elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation du requérant au regard des articles L. 434-1 à L.434-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que toutes les conditions requises pour bénéficier du regroupement familial sont remplies ;

* elle a été prise en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en ce qu'elle porte une atteinte extrêmement grave au droit à mener une vie familiale normale ;

* elle a été prise en violation de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant, dès lors qu'elle porte une atteinte à l'intérêt supérieur de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 juin 2023, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la condition d'urgence n'est pas remplie, et que les moyens soulevés comme étant de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée ne sont pas fondés dès lors, notamment, que si M. A B a déposé une demande le 19 janvier 2021, celle-ci n'a été estimée complète que le 9 mars 2022.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête n° 2307433, enregistrée le 2 juin 2023, par laquelle M. A B demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Goupillier, premier conseiller, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience du 19 juin à 13h30.

Après avoir entendu, au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Soulier, greffière d'audience :

- le rapport de M. Goupillier, juge des référés ;

- les observations de Me Weinberg qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens qu'elle précise ;

- le préfet du Val-d'Oise n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. D A B, ressortissant indien né le 15 janvier 1966, a déposé le 19 janvier 2021 une demande de regroupement familial au bénéfice de son épouse, de son fils et de sa fille, enregistrée auprès de l'Office français et l'immigration et de l'intégration le 9 mars 2022. Par une décision en date du 16 mai 2023, le préfet du Val d'Oise a accueilli favorablement la demande de regroupement familial au bénéfice de l'épouse et de la fille du requérant. Par une décision distincte du même jour, le préfet du Val d'Oise a rejeté la demande de regroupement familial au bénéfice du fils du requérant, au motif que l'enfant était majeur au moment du dépôt de la demande. Par la présente requête, M. A B demande au juge des référés, saisi en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de cette décision.

Sur les conclusions à fin de suspension :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ".

En ce qui concerne l'urgence :

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans les cas de retrait ou de refus de renouvellement d'un titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

4. Pour justifier de l'urgence, M. A B fait valoir, d'une part, que son fils pour lequel le regroupement familial a été refusé est lourdement handicapé et, d'autre part, que son épouse et sa fille pour lesquelles la demande de regroupement familial a été acceptée doivent, sous peine de caducité de la décision, engager les démarches dans les meilleurs délais pour rejoindre le territoire français. En application de l'article R. 434-34 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, celles-ci sont en effet tenues, sous peine de caducité de la décision de regroupement familial les concernant, de rejoindre le territoire français dans les trois mois suivant la délivrance de leurs visas et le requérant fait valoir, sans être contredit, que son épouse et sa fille, contactées par les autorités compétentes, ont déjà été entamées les démarches aux fins de se voir délivrer leurs visas. Si le préfet fait valoir que le requérant réside en France depuis 2007 et qu'il bénéficie de titres de séjour depuis 2016, celui-ci fait valoir à l'audience qu'il n'a pu déposer sa demande de regroupement familiale qu'en 2021 car il ne remplissait précédemment pas les conditions ouvrant droit au regroupement familial. Si le préfet soutient qu'il n'est pas démontré que le fils handicapé du requérant ne pourrait pas être pris en charge en Inde malgré le départ de sa mère et sa sœur, il n'est pas contesté que c'est bien la mère de celui-ci qui, depuis la naissance de l'enfant, s'en occupe. Dans ces circonstances particulières, l'existence d'un préjudice grave et immédiat qui résulterait de l'exécution de la décision litigieuse, nécessitant ainsi de prononcer à bref délai une mesure provisoire, est établi. Par suite, la condition tenant à l'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme satisfaite.

En ce qui concerne le doute sérieux,

5. Il ressort des pièces du dossier que, en l'état de l'instruction, les moyens tirés de l'erreur de fait s'agissant de la date de la demande de regroupement familial et du défaut d'examen sérieux et préalable de sa situation sont propres à faire naître un doute sérieux sur la légalité de la décision de refus d'enregistrement de la demande de regroupement familial sur place en litige.

6. Il résulte de ce qui précède que les deux conditions prévues par l'article L. 521-1 du code de justice administrative sont satisfaites. Par suite, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, il y a lieu de prononcer la suspension de l'exécution de la décision du 16 mai 2023 par laquelle le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande de regroupement familial au bénéfice de M. E C, fils de M. A B, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

7. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n'est pas saisi du principal et se prononce dans les meilleurs délais. ".

8. L'exécution de la présente ordonnance implique seulement qu'il soit enjoint au préfet du Val-d'Oise de procéder au réexamen de la demande de regroupement familial sur place formée par M. A B au bénéfice de son fils E C, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

9. L'Etat versera à M. A B une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision du 16 mai 2023 par laquelle le préfet du Val-d'Oise a refusé la demande de regroupement familial présentée par M. A B au bénéfice de M. E C est suspendue, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Val-d'Oise de procéder au réexamen de la demande de regroupement familial présentée par M. A B au bénéfice de M. E C dans l'attente de l'intervention du jugement du tribunal sur son recours pour excès de pouvoir formé contre la décision mentionnée à l'article 1er ci-dessus, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : L'Etat versera une somme de 1 000 euros à M. A B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D A B, à Me Weinberg et au ministre de l'intérieur et de l'outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet du Val d'Oise.

Fait, à Cergy, le 21 juin 2023.

Le juge des référés,

signé

C. Goupillier

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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