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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2307694

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2307694

lundi 13 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2307694
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationPole Social (JU)
Avocat requérantHUBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 mai 2023, Mme F D épouse G et M. B G agissant en leur nom propre et en leur qualité de représentants légaux de leurs enfants mineurs A G, C G et E G, représentés par Me Hubert, demandent au tribunal :

1°) de condamner l'État à leur verser la somme de 30 000 euros en réparation des préjudices subis du fait de leur absence de relogement, assortie des intérêts au taux légal à compter du 23 février 2023 ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à leur conseil sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'État versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Ils soutiennent que :

- la responsabilité pour faute de l'État est engagée dès lors qu'ils n'ont reçu aucune proposition de logement, alors que Madame D épouse G a été reconnue prioritaire par la commission de médiation du droit au logement opposable le 22 septembre 2021 et que le jugement du tribunal administratif de Cergy-Pontoise du 20 juillet 2022 ordonnant son relogement n'a pas été exécuté ;

- ils subissent en conséquence des troubles de toutes natures dans ses conditions d'existence et un préjudice moral dès lors qu'ils sont contraints de vivre chez la mère de son époux, avec leurs trois enfants mineurs.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 avril 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête et fait valoir que :

- les conditions matérielles du logement ne sont pas exposées de sorte qu'il est impossible d'apprécier l'étendue du préjudice invoqué ;

- la nécessité, pour les enfants, de disposer chacun de leur chambre n'est pas établie compte tenu de leur jeune âge ;

- deux des enfants sont nés postérieurement à la décision de la commission de sorte qu'il convient de pondérer le montant de l'indemnisation accordée ;

- la requérante a refusé deux propositions de logement les 18 avril 2022 et 2 juin 2022 ; s'agissant de la proposition faite par le bailleur Erigère, aucun élément ne permet d'établir que le montant du loyer excédait les capacités contributives du ménage.

Par un mémoire complémentaire enregistré le 18 avril 2024, Mme D épouse G conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et fait en outre valoir que, s'agissant de la proposition faite par le bailleur Erigère, le paiement du loyer de ce logement aurait supposé un taux d'effort de 50 %.

Vu :

- la décision du 25 septembre 2023 par laquelle le président du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Pontoise a accordé à Mme D épouse G l'aide juridictionnelle partielle au taux de 25 % ;

- le jugement n° 2204510 du 20 juillet 2022 par lequel le tribunal administratif de Cergy - Pontoise a enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de reloger Mme D épouse G sous astreinte de 200 euros par mois de retard ;

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Lepetit-Collin, vice-présidente, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative ;

- la décision par laquelle la présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lepetit-Collin, magistrate désignée,

- les observations de Me Hubert et de Mme D épouse G.

A l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Une note en délibéré et des pièces complémentaires, non communiquées, ont été enregistrées les 24 et 26 avril 2024 pour Mme D épouse G.

Considérant ce qui suit :

1. La commission de médiation des Hauts-de-Seine a, par une décision du 22 septembre 2021, désigné Mme D épouse G comme prioritaire et devant être logée en urgence. Par un jugement du 20 juillet 2022, le tribunal, saisi par l'intéressée sur le fondement de l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation, a enjoint au préfet des Hauts-de-Seine d'assurer son relogement sous astreinte de 200 euros par mois de retard. N'ayant pas reçu de proposition de logement, Mme D épouse G a saisi le préfet d'une demande indemnitaire préalable par un courrier reçu le 28 février 2023. Cette demande a été implicitement rejetée. Mme D épouse G et M. B G, agissant en leur nom propre et en leur qualité de représentants légaux de leurs trois enfants mineurs, demandent au tribunal de condamner l'État à leur verser la somme de 30 000 euros en réparation des préjudices subis du fait de leur absence de relogement.

Sur les conclusions indemnitaires :

2. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'État à toute personne qui () n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ".

3. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'État à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'État, qui court à l'expiration du délai de trois ou six mois à compter de la décision de la commission de médiation que l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartit au préfet pour provoquer une offre de logement.

4. Toutefois, la carence fautive de l'État à assurer le logement du bénéficiaire de la décision de la commission de médiation dans le délai imparti engageant sa responsabilité à l'égard du seul demandeur, au titre des troubles dans les conditions d'existence qu'elle a entraînés pour ce dernier, les conclusions indemnitaires présentées par Mme D épouse G au nom de ses enfants mineurs doivent être rejetées. Il en va de même des conclusions présentées, en son nom propre, par M. G. Il y a lieu, en revanche, de tenir compte de cette situation familiale pour apprécier le préjudice de Mme D épouse G.

En ce qui concerne la responsabilité :

5. D'une part, la commission de médiation a reconnu, le 22 septembre 2021, le caractère urgent et prioritaire de la demande de Mme D épouse G aux motifs, d'une part, qu'elle était en attente d'un logement social depuis un délai supérieur au délai fixé par arrêté préfectoral, et, d'autre part, dépourvue de logement ou hébergée chez un particulier. Toutefois, le préfet n'a fait aucune offre de logement à Mme D épouse G avant le 22 mars 2022, date butoir fixée par la commission de médiation. D'autre part, le jugement n° 2204510 du 20 juillet 2022 par lequel le tribunal administratif de Cergy - Pontoise a enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de reloger Mme D épouse G sous astreinte de 200 euros par mois de retard n'a reçu aucune exécution.

6. Il résulte de ce qui précède que le requérant est fondé à solliciter l'engagement de la responsabilité de l'État en raison de ces deux carences fautives.

En ce qui concerne les préjudices :

7. Il résulte de l'instruction que Mme D épouse G est dépourvue de logement et hébergée par la mère de son époux, avec ce dernier et leurs trois enfants mineurs nés en 2020, 2021 et 2023. La persistance de cette situation à compter du 22 mars 2022, date à laquelle la carence de l'État a revêtu un caractère fautif, a causé à Mme D épouse G, qui est donc dépourvue de logement propre, des troubles de toutes natures dans ses conditions d'existence lui ouvrant droit à réparation alors même que la nécessité, pour chacun des enfants de la requérante, compte tenu de leur jeune âge, de bénéficier d'une chambre distincte ne serait pas établie. Si le préfet fait également valoir que la requérante aurait refusé deux propositions de logement les 18 avril 2022 et 2 juin 2022 et que la seconde proposition de logement aurait été refusée par l'intéressée sans motif légitime, il résulte de l'instruction que la requérante a refusé ce logement en raison du taux d'effort trop important qu'il aurait impliqué, la famille disposant alors de 1 667 euros mensuels de revenus pour un loyer de 830 euros charges non comprises. Ce logement, qui aurait représenté un taux d'effort d'environ 50 %, était donc inadapté au regard de ses ressources financières de sorte que Mme D épouse G a pu légitimement opposer un refus à cette proposition et que ce refus n'a pas mis fin à la période de responsabilité de l'État.

8. Dès lors et compte tenu des conditions de logement de Mme D épouse G qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence et de la composition de son foyer, le dernier enfant de la requérante étant né au cours de la période de responsabilité de l'État, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi en évaluant l'indemnisation due à la somme totale de 2 400 euros.

9. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de condamner l'État à verser à Mme D épouse G la somme de 2 400 euros tous intérêts confondus au jour du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

10. Mme D épouse G a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle à hauteur de 25 %. Par suite, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 susmentionnée. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme totale de 1 080 euros, à verser, d'une part, en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à hauteur de 270 euros à Me Hubert sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, et, d'autre part, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à hauteur de 810 euros à Mme D épouse G au titre de la part des frais de procédure restés à sa charge.

D E C I D E :

Article 1er : L'État est condamné à verser à Mme D épouse G la somme de 2 400 (deux mille quatre cents) euros tous intérêts confondus au jour du présent jugement.

Article 2 : L'État versera à Mme D épouse G une somme de 810 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : L'État versera à Me Hubert, avocat de Mme D épouse G, une somme de 270 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que ce conseil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme D épouse G, à Me Hubert et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 mai 2024.

La magistrate désignée

signé

H. Lepetit-CollinLa greffière

signé

C. Mas

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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