Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2307742
mardi 2 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2307742 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 9ème Chambre |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 8 juin 2023 et 25 janvier 2024, M. B A, représenté par Me Walther, demande au Tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 3 mai 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de son renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;
2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement et sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou à défaut de procéder au réexamen de sa situation, sous les mêmes conditions de délai et d'astreinte et dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail sans délai ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :
- elle est entachée d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;
- elle méconnait le droit d'être entendu ;
- elle est entachée d'une erreur de fait dès lors que la société STAR Paris n'a pas fermé, elle a déménagé son siège social ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :
- elle est illégale en raison de l'illégalité entachant la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation.
En ce qui concerne la décision prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans :
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Le préfet du Val-d'Oise a produit des pièces le 11 janvier 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement, sur proposition de la rapporteure publique, a dispensé cette dernière de présenter des conclusions sur cette affaire en application des dispositions de l'article R. 732-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Debourg, conseillère.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant pakistanais né le 17 septembre 1967 à Gujrat, est entré sur le territoire français le 10 octobre 2005. Le 10 février 2021, il a sollicité son admission au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté litigieux du 3 mai 2023, le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de son renvoi.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Il ressort des termes de l'arrêté contesté que, pour refuser de délivrer au requérant le titre de séjour sollicité au titre de l'admission exceptionnelle en qualité de salarié, le préfet a estimé que la demande d'autorisation de travail émanant de la " SAS Star Paris " n'avait pas pu être authentifiée dès lors qu'un courrier était revenu avec la mention " destinataire inconnu à l'adresse " et que la société est fermée depuis le 29 avril 2021. Toutefois, il ressort des pièces du dossier et notamment des extraits Kbis et des bulletins de salaire produits par M. A que la société " Star Paris " a déménagé son siège social à une nouvelle adresse et que le courrier du préfet a été envoyé à l'ancienne adresse de la société. Par suite, le préfet a entaché sa décision d'une erreur de fait. En outre, le préfet n'a pas mentionné que M. A justifiait ainsi d'une expérience professionnelle au sein de cette même société sur la période du mois d'octobre 2020 à septembre 2022. Dans ces conditions, le préfet du Val-d'Oise ne pouvait refuser de délivrer à M. A le titre de séjour sollicité sans tenir compte, ni sans évoquer, dans les motifs de sa décision, l'existence d'une expérience professionnelle de deux ans, une telle omission permise par l'erreur de fait révélant ainsi un défaut d'examen susceptible d'avoir exercé une influence sur le sens de sa décision.
3. Il s'ensuit, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision portant refus de séjour du 3 mai 2023 doit être annulée. Par voie de conséquence, les décisions par lesquelles le préfet du Val-d'Oise a obligé M. A à quitter le territoire, a fixé le pays de son renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français, qui sont dépourvues de base légale, doivent également être annulées.
Sur les conclusions à fins d'injonction
4. Eu égard à son motif, la présente décision implique nécessairement que le préfet du Val-d'Oise procède à un nouvel examen de la demande de titre de séjour de M. A, dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente décision sans qu'il soit besoin de prononcer d'astreinte.
Sur les frais liés au litige :
5. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 3 mai 2023 du Préfet du Val-d'Oise est annulé en toutes ses dispositions.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Val-d'Oise de procéder à un nouvel examen de la demande de titre de séjour de M. A dans un délai de deux mois.
Article 3 : L'état versera à M. A la somme 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 21 mai 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Le Griel, présidente ;
Mme Colin, première conseillère ;
Mme Debourg, conseillère ;
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 juillet 2024.
La rapporteure,
signé
T. Debourg
La présidente,
signé
H. Le Griel
La greffière,
signé
H. Mofid
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°230774
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