lundi 13 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2307764 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Pole Social (JU) |
| Avocat requérant | BROCHARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 29 mai et 4 juillet 2023, Mme A B, représentée par Me Brochard, demande au tribunal :
1°) de condamner l'État à lui verser la somme de 90 000 euros arrêtée au mois de mai 2023 à parfaire en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de son absence de relogement, assortie des intérêts au taux légal ;
2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros à verser à Mme B sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et la somme de 1 200 sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 au vu de la décision accordant le bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle à Mme B.
Elle soutient que :
- la responsabilité pour faute de l'État est engagée dès lors qu'elle n'a reçu aucune proposition de logement, alors qu'elle a été reconnue prioritaire par la commission de médiation du droit au logement opposable des Hauts-de-Seine le 6 février 2019 ;
- elle subit en conséquence des troubles de toute nature dans ses conditions d'existence dès lors qu'elle réside depuis 2017 dans une studette au sein d'un centre d'hébergement et de réinsertion sociale ; elle ne peut y accueillir ses enfants ; ses revenus ne lui permettent pas d'accéder à un logement du parc privé.
Des pièces complémentaires ont été produites pour Mme B le 22 février 2024.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 février 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête et fait valoir que :
- un logement a été attribué à l'intéressée le 13 février 2024 mais que le bail n'est pas encore signé ;
- un logement avait déjà été attribué à l'intéressée le 10 octobre 2023 ; cette dernière l'avait toutefois refusé le 20 janvier 2024 ; or les propositions de logement sont présumées correspondre aux besoins et capacités des demandeurs.
Un mémoire complémentaire a été enregistré le 26 février 2024, pour Mme B qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et soutient en outre qu'aucune faute ne peut lui être reprochée s'agissant de la première proposition de logement qu'elle a dû refuser.
Par un mémoire complémentaire enregistré le 11 mars 2024, le préfet des Hauts-de-Seine fat valoir que Mme B a été relogée au terme d'un contrat de bail ayant pris effet le 28 février 2024.
Des pièces complémentaires ont été produites pour Mme B le 4 avril 2024.
Par un mémoire complémentaire enregistré le 12 avril 2024, le préfet des Hauts-de-Seine demande au tribunal de bien vouloir tenir compte, dans la détermination du préjudice indemnisable, du fait que :
- Mme B refusé deux propositions de logements les 17 février 2021 et 6 octobre 2023 ;
- s'agissant du premier refus, l'intéressée avait été informée des conséquences d'un refus illégitime alors que le motif invoqué par l'intéressée et tenant au fait que l'appartement ne lui permettait pas d'accueillir ses deux fils n'était pas sérieux alors qu'à l'époque Mme B était célibataire et sans enfant à charge ;
- Mme B été relogée ;
Par un mémoire complémentaire enregistré le 19 avril 2024, Mme B conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens.
Elle soutient en outre que le refus qu'elle a opposé le 7 février 2021 au logement qui lui était proposé repose sur un motif impérieux résultant de l'inadéquation du logement à la composition du foyer dès lors qu'en vertu d'un jugement rendu le 13 janvier 2020 par le juge aux affaires familiales, elle bénéficiait d'un droit de visite et d'hébergement pour ses deux enfants.
Vu :
- la décision du 6 mars 2023 par laquelle le président du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Pontoise a admis Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle à hauteur de 55 % ;
- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Lepetit-Collin, vice-présidente, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative ;
- la décision par laquelle la présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code général des impôts ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Lepetit-Collin, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.
La clôture de l'instruction est intervenue, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, après appel de l'affaire à l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. La commission de médiation du département des Hauts-de-Seine a, par une décision du 6 février 2019, désigné Mme B comme prioritaire et devant être logé en urgence. N'ayant pas reçu de proposition de logement, Mme B a saisi le préfet d'une demande indemnitaire préalable par un courrier du 22 février 2023 reçu le 1er mars suivant. Cette demande a été implicitement rejetée. Mme B demande au tribunal de condamner l'État à l'indemniser des préjudices subis à raison de cette absence de relogement.
Sur la responsabilité :
2. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'État à toute personne qui () n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ".
3. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'État à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'État, qui court à l'expiration du délai de trois ou six mois à compter de la décision de la commission de médiation que l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartit au préfet pour provoquer une offre de logement.
4. Doivent être considérées comme personnes vivant au foyer le ou les titulaires du bail, ainsi que leur concubin notoire ou leur partenaire d'un PACS, mais aussi les personnes figurant sur les avis d'imposition de ces titulaires et les personnes réputées à charge au sens du code général des impôts. A cet égard, sont réputées à charge au sens des articles 194, 196, 196 A bis et 196 B du code général des impôts, les enfants majeurs de moins de 21 ans s'ils sont rattachés au foyer fiscal, les enfants de moins de 25 ans s'ils sont rattachés au foyer fiscal et justifient du statut d'étudiant et, enfin, les enfants de tout âge s'ils sont atteints d'une infirmité.
5. La commission de médiation a reconnu, le 6 février 2019, le caractère urgent et prioritaire de la demande de Mme B au double motif qu'elle était hébergée de façon continue dans une structure d'hébergement et qu'elle n'avait pas reçu de proposition de logement dans le délai fixé en application des dispositions de l'article L. 441-1-4 du code de la construction et de l'habitation. Il résulte de l'instruction que depuis 2017, Mme B était hébergée au sein d'un centre d'hébergement et de réinsertion sociale, dans une studette. La persistance de cette situation, à compter du 6 août 2019, date à laquelle la carence de l'État a revêtu un caractère fautif, a causé à Mme B des troubles de toutes natures dans ses conditions d'existence. Si le préfet des Hauts-de-Seine indique que deux propositions de logements ont été faites à Mme B qui les a refusée, les 17 février 2021 et 6 octobre 2023, et fait valoir que le premier refus ne reposait sur aucun motif légitime, il résulte de l'instruction que cette proposition portait sur un logement de type T1 ne permettant pas à la requérante d'accueillir ses deux enfants, nés en 1996, sur lesquels elle disposait d'un droit de visite et d'hébergement un week-end sur deux et la moitié des vacances scolaires en vertu d'un jugement du juge aux affaires familiales du Tribunal de Grande Instance de Nanterre du 12 janvier 2010 ayant fixé la résidence habituelle des enfant au domicile paternel, alors que ces derniers, étaient encore étudiants, ce que ne conteste pas le préfet. Ainsi cette proposition de logement, qui ne permettait pas à la requérante d'accueillir ses enfants, n'était pas adaptée à la composition de la cellule familiale ce qui a pu constituer, alors, un motif légitime de refus. S'agissant de la proposition de logement faite en 2023, le préfet n'établit, ni n'allègue, que ce refus ne reposait pas sur un motif légitime. En revanche il résulte de l'instruction que la requérante a été relogée le 28 février 2024. Ainsi, la période de responsabilité de l'État s'étend donc en l'espèce du 6 aout 2019 au 28 février 2024.
6. Compte tenu des conditions de logement de Mme B qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence et de la composition de son foyer, les deux enfants de Mme B, sur lesquels elle disposait d'un droit de visite et d'hébergement ainsi qu'il a été rappelé au point précédent, ayant atteint l'âge de 25 ans au cours de la période de responsabilité de l'État, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi en évaluant l'indemnisation due à la somme totale de 1 700 euros tous intérêts confondus au jour du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
7. Mme B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle, à hauteur de 55%. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme totale de 1 080 euros, à verser, d'une part, en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à hauteur de 594 euros à Me Brochard sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, et, d'autre part, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à hauteur de 486 euros à la requérante au titre de la part des frais de procédure restés à sa charge.
D É C I D E :
Article 1er : L'État est condamné à verser à Mme B la somme de 1 700 (mille sept cents) euros, tous intérêts confondus au jour du présent jugement.
Article 2 : L'Etat versera à Me Brochard, conseil de Mme B, la somme de 594 euros en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle
Article 3 : L'État versera la somme de 486 euros à Mme B en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Brochard et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 mai 2024.
La magistrate désignée
signé
H. Lepetit-CollinLa greffière
signé
C. Mas
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026