vendredi 30 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2307929 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Pole Social (JU) |
| Avocat requérant | CHARLUET-MARAIS FLORENCE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 1er juin 2023, et des pièces complémentaires, enregistrées les 9 octobre 2023 et 1er mai 2024, Mme B A demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le département des Hauts-de-Seine a confirmé, sur recours administratif préalable obligatoire formé le 5 décembre 2022, la décision du 18 octobre 2022 de la caisse d'allocations familiales (CAF) des Hauts-de-Seine mettant à sa charge un indu de revenu de solidarité active (RSA) de 14 329,15 euros ;
2°) de la décharger du paiement de cet indu ;
3°) d'annuler la décision du 22 octobre 2022 par laquelle la CAF des Hauts-de-Seine a mis à sa charge un indu de prime exceptionnelle de fin d'année au titre de l'année 2021 pour la somme de 274,41 euros ;
4°) d'annuler la décision du 29 octobre 2022 par laquelle le directeur de la CAF des Hauts-de-Seine a mis à sa charge un indu d'aide financière exceptionnelle au titre du mois de juin 2022 pour la somme de 150 euros ;
5°) d'enjoindre au département des Hauts-de-Seine de lui restituer les sommes déjà prélevées au titre du remboursement de ces indus ;
6°) d'enjoindre au département des Hauts-de-Seine de la rétablir dans ses droits au revenu de solidarité active (RSA) ;
7°) à titre subsidiaire, d'annuler la décision par laquelle la CAF des Hauts-de-Seine et le département des Hauts-de-Seine ont refusé de lui accorder une remise gracieuse de ses dettes ;
8°) à titre subsidiaire, de lui accorder une remise gracieuse de l'ensemble de ses dettes ;
9°) de mettre à la charge du département des Hauts-de-Seine et de la CAF des Hauts-de-Seine à son bénéfice la somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 75 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
s'agissant de l'ensemble des décisions relatives aux indus:
- les décisions méconnaissent le principe du contradictoire, dès lors qu'elle a sollicité en vain la communication du rapport d'enquête et des pièces de son dossier ;
- elles méconnaissent les dispositions de l'article L. 114-21 du code de la sécurité sociale, dès lors qu'elle n'a pas été informée de la teneur et de l'origine des informations et documents obtenus auprès de tiers sur lesquels la CAF s'est fondée ;
s'agissant des décisions relatives à l'indu de RSA :
- la décision initiale du 18 octobre 2022 lui notifiant un indu de RSA est entachée d'un défaut de motivation ;
- la décision implicite attaquée relative à l'indu de RSA est entachée d'un vice de procédure, dès lors qu'il n'est pas établi que la commission de recours amiable de la CAF ait été saisie pour avis ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation, dès lors que la créance n'est pas établie ni dans son principe, ni dans son montant, la CAF et le département n'apportant aucune preuve qu'elle n'avait pas droit au RSA ;
s'agissant des décisions relatives à l'indu de prime exceptionnelle de fin d'année et d'aide financière exceptionnelle :
- les décisions sont entachées d'un vice de forme, faute d'avoir été signées par le directeur de la CAF, conformément aux dispositions de l'article R. 133-9-2 du code de la sécurité sociale, et de comporter une motivation suffisante en droit et en fait au regard de leur rédaction stéréotypée ;
- elles sont entachées d'une erreur d'appréciation, dès lors qu'il n'est pas établi que les sommes litigieuses lui aient été versées et que leur montant soit justifié.
s'agissant de la remise gracieuse :
- rien n'établit la fraude et sa situation financière précaire ne lui permet pas de rembourser les indus en litige.
Par un mémoire en défense, enregistré le 31 mai 2024, le département des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- il ne lui appartient de défendre que sur l'indu de RSA ;
- les conclusions à fin d'annulation de la décision confirmant l'indu de RSA sont irrecevables car tardives dès lors que la décision implicite par laquelle il a rejeté le recours préalable administratif obligatoire de la requérante était acquise depuis le 15 février 2023 et que Mme A n'a introduit sa requête que le 1er juin 2023 ;
- s'agissant de l'indu de RSA, aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 avril 2024, et des pièces, enregistrées le 29 mai 2024, la CAF des Hauts-de-Seine, représentée par Me Charluet - Marais conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- elle n'est pas compétente pour défendre sur l'indu de RSA ;
- s'agissant des autres indus, aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu :
- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Monteagle, première conseillère, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative ;
- la décision par laquelle la présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa demande, de prononcer des conclusions à l'audience ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le décret n° 2021-1657 du 15 décembre 2021 ;
- le décret n° 2022-1234 du 14 septembre 2022 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Monteagle, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.
A l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. La CAF des Hauts-de-Seine a procédé au contrôle de la situation de Mme A, allocataire du RSA entre les mois d'août 2021 et septembre 2022. A l'issue de ce contrôle, la CAF a informé Mme A, le 18 octobre 2022, qu'elle était redevable d'un indu de 14 329,15 euros de RSA. Le 5 décembre 2022, par un courrier adressé au département des Hauts-de-Seine, la requérante doit être regardée comme ayant formé un recours préalable obligatoire à l'encontre de cet indu, sollicitant également une remise de sa dette. En l'absence de réponse, deux décisions implicites de rejet sont nées dont la requérante demande l'annulation. Par ailleurs, la CAF a également mis à sa charge, par un courrier de 22 octobre 2022, un indu de prime exceptionnelle de fin d'année au titre de 2021 pour la somme de 274,41 euros et, par un courrier du 29 octobre 2022, un indu d'aide financière exceptionnelle au titre du mois de juin 2022 pour la somme de 150 euros. Mme A demande également l'annulation de ces deux décisions.
Sur les conclusions relatives aux indus :
En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions relatives aux indus :
2. En premier lieu, si Mme A soutient que le principe du contradictoire a été méconnu, il ressort des pièces du dossier qu'à l'issue du contrôle, la CAF a initié une procédure contradictoire le 4 octobre 2022 informant la requérante des griefs retenus à son encontre et l'invitant à formuler des observations, ce que l'intéressée a au demeurant fait le jour même. En outre, il ne ressort d'aucune pièce du dossier qu'elle ait sollicité en vain le rapport d'enquête, alors que la CAF n'a aucune obligation de le communiquer spontanément. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du contradictoire doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 114-19 du code de la sécurité sociale, dans sa rédaction applicable au litige : " Le droit de communication permet d'obtenir, sans que s'y oppose le secret professionnel, les documents et informations nécessaires : / 1° Aux agents des organismes de sécurité sociale pour contrôler la sincérité et l'exactitude des déclarations souscrites ou l'authenticité des pièces produites en vue de l'attribution et du paiement des prestations servies par lesdits organismes () ". Aux termes de l'article L. 114-21 du même code : " L'organisme ayant usé du droit de communication en application de l'article L. 114-19 est tenu d'informer la personne physique ou morale à l'encontre de laquelle est prise la décision de supprimer le service d'une prestation ou de mettre des sommes en recouvrement, de la teneur et de l'origine des informations et documents obtenus auprès de tiers sur lesquels il s'est fondé pour prendre cette décision. Il communique, avant la mise en recouvrement ou la suppression du service de la prestation, une copie des documents susmentionnés à la personne qui en fait la demande ".
4. Il résulte de la combinaison des dispositions des articles L. 262-16 et L. 262-40 du code de l'action sociale et des familles et L. 114-19 et L. 114-21 du code de la sécurité sociale que les caisses d'allocations familiales et les caisses de mutualité sociale agricole, chargées du service du RSA, réalisent les contrôles relatifs à cette prestation d'aide sociale selon les règles, procédures et moyens d'investigation applicables aux prestations de sécurité sociale, au nombre desquels figurent le droit de communication instauré par l'article L. 114-19 du code de la sécurité sociale au bénéfice des organismes de sécurité sociale pour contrôler la sincérité et l'exactitude des déclarations souscrites ou l'authenticité des pièces produites en vue de l'attribution et du paiement des prestations qu'ils servent, ainsi que les garanties procédurales qui s'attachent, en vertu de l'article L. 114-21 du même code, à l'exercice de ce droit par un organisme de sécurité sociale. Il incombe ainsi à l'organisme ayant usé du droit de communication, avant la suppression du service de la prestation ou la mise en recouvrement, d'informer l'allocataire à l'encontre duquel est prise la décision de supprimer le droit au RSA ou de récupérer un indu de RSA, tant de la teneur que de l'origine des renseignements qu'il a obtenus de tiers par l'exercice de son droit de communication et sur lesquels il s'est fondé pour prendre sa décision. Cette obligation a pour objet de permettre à l'allocataire, notamment, de discuter utilement leur provenance ou de demander que les documents qui, le cas échéant, contiennent ces renseignements soient mis à sa disposition avant la récupération de l'indu ou la suppression du service de la prestation, afin qu'il puisse vérifier l'authenticité de ces documents et en discuter la teneur ou la portée. Les dispositions de l'article L. 114-21 du code de la sécurité sociale instituent ainsi une garantie au profit de l'intéressé. Toutefois, la méconnaissance de ces dispositions par l'organisme demeure sans conséquence sur le bien-fondé de la décision prise s'il est établi qu'eu égard à la teneur du renseignement, nécessairement connu de l'allocataire, celui-ci n'a pas été privé, du seul fait de l'absence d'information sur l'origine du renseignement, de cette garantie.
5. En l'espèce, Mme A soutient qu'elle n'aurait pas été informée de la mise en œuvre par la CAF des Hauts-de-Seine du droit de communication prévu par les dispositions précitées. Il résulte toutefois de l'instruction, en particulier du rapport d'enquête, établi le 13 octobre 2022, par un agent assermenté et dont les mentions font foi jusqu'à preuve du contraire, que la requérante a bien été informée de la mise en œuvre du droit dévolu à la caisse lors de l'entretien avec le contrôleur. En outre, les observations du contrôleur auxquels Mme A a été invitées à répondre le 4 octobre 2022 précisent bien la teneur des renseignements obtenus par la CAF, en l'espèce l'existence de revenus mobiliers déclarés à l'administration fiscale. En tout état de cause et à supposer même que Mme A n'ait été informée de l'origine des renseignements obtenus par la caisse via l'exercice de son droit de communication, eu égard à la teneur des renseignements, nécessairement connus de Mme A, tenant à la déclaration de ses revenus mobiliers à l'administration fiscale que la requérante a elle-même effectuée, celle-ci n'a pas été privée, du seul fait de l'absence d'information sur l'origine du renseignement, qu'elle a eu, par ailleurs, la possibilité de solliciter auprès de l'agent de contrôle lors de ces échanges, de la garantie instituée par l'article L.114-21 du code de la sécurité sociale. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure résultant de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.
En ce qui concerne l'indu de RSA :
6. En premier lieu, si Mme A soutient que la décision initiale du 18 octobre 2022 mettant à sa charge un indu de RSA est entachée d'un défaut de motivation, ce vice de forme, qui n'a pas trait à la décision attaquée, prise sur recours préalable obligatoire et qui s'est entièrement substituée à la décision initiale, est inopérant et ne peut qu'être écarté.
7. En deuxième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil général. Ce recours est, dans les conditions et limites prévues par la convention mentionnée à l'article L. 262-25, soumis pour avis à la commission de recours amiable qui connaît des réclamations relevant de l'article L. 242-1 du code de la sécurité sociale. Les modalités d'examen du recours sont définies par décret en Conseil d'État ". Aux termes de l'article R. 262-89 du code de l'action sociale et des familles : " Sauf lorsque la convention mentionnée à l'article L. 262-25 en dispose autrement, ce recours est adressé par le président du conseil départemental pour avis à la commission de recours amiable mentionnée à l'article R. 142-1 du code de la sécurité sociale. / Dans les cas prévus dans la convention mentionnée à l'article L. 262-25 dans lesquels la commission de recours amiable n'est pas saisie, le président du conseil départemental statue, dans un délai de deux mois, sur le recours administratif qui lui a été adressé. Cette décision est motivée ".
8. La convention de gestion du revenu de solidarité active conclue le 18 janvier 2021 entre le département des Hauts-de-Seine et la caisse d'allocations familiales des Hauts-de-Seine prévoit, en son article 15, que le conseil départemental examine les recours administratifs des allocataires sans soumettre au préalable les dossiers pour avis à la caisse d'allocations familiales. Dans ces conditions, la consultation de cette commission n'était pas obligatoire et le président du conseil départemental pouvait, sans priver Mme A d'une garantie, statuer sur le recours administratif qu'il a présenté contre l'indu de RSA sans le soumettre pour avis à la commission de recours amiable.
9. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. (.) ". L'article L. 262-3 du même code dispose que : " [] L'ensemble des ressources du foyer, y compris celles qui sont mentionnées à l'article L. 132-1, est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active [] ". L'article R. 262-37 du même code précise que : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ".
10. Pour contester le bien-fondé de l'indu de RSA, la requérante se borne à soutenir que les faits qui les fondent ne sont pas établis et que la dette n'est établie ni dans son principe, ni dans son montant. Il ressort toutefois des pièces du dossier, et en particulier du rapport d'enquête du 13 octobre 2022 établi par un contrôleur assermenté, que les indus en litige résultent d'abord d'omissions déclaratives délibérées de Mme A quant à ses revenus, dès lors que Mme A n'avait pas déclaré être propriétaire, avec son époux, d'un appartement mis en location et dont elle a tiré de revenus mobiliers à hauteur de 2 500 euros par mois entre le mois de mars 2021 et le mois de mai 2022, s'installant dans l'intervalle dans un appartement mis à sa disposition par ses parents à une adresse qui n'était pas celle déclarée à la CAF. Par ailleurs, le rapport d'enquête a également relevé que Mme A ne pouvait être regardée comme ayant résidé de manière régulière et permanente en France entre les mois de mars 2021 et de mai 2022, compte tenu de la fréquence et de la durée de ses séjours à l'étranger, ce que la requérante ne conteste pas. Dès lors, c'est à bon droit qu'il a été estimé qu'elle avait indûment perçu le RSA entre août 2021 et septembre 2022.
11. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense, que les conclusions d'annulation de la décision implicite par laquelle le département des Hauts-de-Seine a confirmé, sur recours administratif préalable obligatoire formé le 5 décembre 2022, que Mme A était redevable d'un indu de RSA de 14 329,15 euros doivent être rejetées. Il en va de même par voie de conséquence de ses conclusions à fin de décharge.
En ce qui concerne l'indu de prime exceptionnelle de fin d'année pour 2021 et l'aide financière exceptionnelle pour juin 2022 :
12. En premier lieu, aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci. / () ". Selon l'article L. 212-2 du même code : " Sont dispensés de la signature de leur auteur, dès lors qu'ils comportent ses prénom, nom et qualité ainsi que la mention du service auquel celui-ci appartient, les actes suivants : 1° Les décisions administratives qui sont notifiées au public par l'intermédiaire d'un téléservice conforme à l'article L. 112-9 et aux articles 9 à 12 de l'ordonnance n° 2005-1516 du 8 décembre 2005 relative aux échanges électroniques entre les usagers et les autorités administratives et entre les autorités administratives ainsi que les actes préparatoires à ces décisions () ".
13. Les décisions des 22 octobre et 29 octobre 2022 comportent l'indication des noms et qualité de son auteur, M. C, directeur de la caisse d'allocations familiales (CAF) des Hauts-de-Seine et ont été notifiées à Mme A par l'intermédiaire du téléservice mis en œuvre par la caisse d'allocations familiales. Dès lors, elles étaient dispensées de comporter la signature manuscrite de leur auteur. Par suite, le moyen tiré de ce que le défaut de signature des décisions attaquées méconnaît l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration, inopérant, doit être écarté.
14. En deuxième lieu, les décisions attaquées précisent les motifs pour lesquels Mme A n'avait droit ni au versement de la prime exceptionnelle de fin d'année pour 2021, en l'espèce parce qu'elle n'avait pas de droit ouvert au RSA pour les mois de novembre et décembre 2021, ni au versement de l'aide financière exceptionnelle pour le mois de juin 2022, dès lors qu'elle n'était bénéficiaire pour ce mois d'aucune des prestations ouvrant droit à cette aide complémentaire. Le moyen tiré du défaut de motivation des décisions attaquées, infondé, ne peut qu'être écarté.
15. En dernier lieu et d'une part en application de l'article 3 du décret du 15 décembre 2021 visé ci-dessus, la prime exceptionnelle de fin d'année pour l'année 2021 est versée aux bénéficiaires du revenu de solidarité active qui perçoivent cette allocation pendant les mois de novembre ou décembre de l'année 2021. En outre, aux termes du I de l'article 6 de ce même décret : " Tout paiement indu d'une aide exceptionnelle attribuée en application du présent décret est récupéré pour le compte de l'État par l'organisme chargé du service de celle-ci ".
16. En l'espèce, les droits de Mme A à la prime exceptionnelle de fin d'année ont été initialement ouverts du fait de ses droits au RSA pour l'année 2021. Il résulte toutefois de ce qui a été dit au point 10 que Mme A n'avait aucun droit au RSA pour les mois de novembre et de décembre 2021, et, par conséquent, aucun droit à la prime exceptionnelle de fin d'année. Le moyen tiré de ce que l'indu n'est pas fondé ne pourra donc qu'être écarté.
17. D'autre part, aux termes l'article 1er du décret du 14 septembre 2022 portant attribution d'une aide financière exceptionnelle pour les ménages les plus modestes: " I. - Une aide financière exceptionnelle est attribuée, dans les conditions fixées à l'article 2 du présent décret, aux bénéficiaires d'une des allocations suivantes au titre du mois de juin 2022, sous réserve que le montant de leur allocation ne soit pas nul : 1° Le revenu de solidarité active mentionné à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles ; 2° Le revenu de solidarité mentionné à l'article L. 522-14 du même code ; 3° L'aide à la vie familiale et sociale des anciens migrants dans leur pays d'origine mentionnée à l'article L. 117-3 du même code, sous réserve de justifier d'une résidence stable et régulière sur le territoire métropolitain ou dans une collectivité mentionnée à l'article L. 751-1 du code de la sécurité sociale ; 4° L'aide financière à l'insertion sociale et professionnelle mentionnée au II de l'article L. 121-9 du code de l'action sociale et des familles ; 5° L'allocation aux adultes handicapés mentionnée à l'article L. 821-1 du code de la sécurité sociale et l'allocation pour adulte handicapé mentionnée à l'article 35 de l'ordonnance du 27 mars 2002 susvisée ; 6° L'une des aides personnelles au logement mentionnées à l'article L. 821-1 du code de la construction et de l'habitation ; 7° L'allocation de solidarité spécifique mentionnée à l'article L. 5423-1 du code du travail ; 8° La prime forfaitaire mentionnée à l'article L. 5425-3 du même code dans sa rédaction antérieure à la loi du 29 décembre 2016 susvisée ; 9° L'allocation équivalent retraite mentionnée au II de l'article 132 de la loi du 24 décembre 2007 susvisée, ainsi qu'à l'article 1er du décret du 29 mai 2009 et à l'article 1er du décret du 6 mai 2010 susvisés ; 10° L'allocation de solidarité aux personnes âgées mentionnée à l'article L. 815-1 du code de la sécurité sociale ou les prestations mentionnées à l'article 2 de l'ordonnance du 24 juin 2004 susvisée, sous réserve de justifier d'une résidence stable et régulière sur le territoire métropolitain ou dans une collectivité mentionnée à l'article L. 751-1 du code de la sécurité sociale, ou l'allocation spéciale pour les personnes âgées mentionnée à l'article 28 de l'ordonnance du 27 mars 2002 susvisée ; 11° L'allocation simple mentionnée à l'article L. 231-1 du code de l'action sociale et des familles. II. - Le montant de l'aide est égal à 100 euros, auxquels s'ajoutent 50 euros par enfant à charge. Pour ouvrir droit à l'aide, les enfants doivent être à la charge effective et permanente du bénéficiaire de l'aide et remplir les conditions mentionnées à l'article R. 512-2 du code de la sécurité sociale () ". Aux termes du I de l'article 4 de ce décret : " Tout paiement indu de l'aide financière exceptionnelle attribuée en application du présent décret est récupéré pour le compte de l'État par l'organisme chargé du service de celle-ci ".
18. En l'espèce, il ressort des termes de la décision que la CAF des Hauts-de-Seine a estimé que Mme A n'avait aucun droit au bénéfice de l'aide financière exceptionnelle en cause dès lors qu'elle n'était bénéficiaire d'aucune des allocations listées au point précédent au mois de juin 2022. Mme A ne conteste aucunement ce motif.
19. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que les indus de prime exceptionnelle de fin d'année et d'aide financière exceptionnelle ne sont pas fondés ne peut qu'être écarté.
20. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions d'annulation de Mme A à l'encontre des décisions des 22 et 29 octobre 2023 ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
21. Le présent jugement rejetant l'ensemble des conclusions d'annulation de Mme A, il y a lieu de rejeter ses conclusions présentées à fin d'injonction visant à la restitution des sommes que la CAF aurait éventuellement déjà recouvrées.
Sur les conclusions visant à la remise de dette :
22. Aux termes de l'article L. 262-17 du code de l'action sociale et des familles : " Lors du dépôt de sa demande, l'intéressé reçoit, de la part de l'organisme auprès duquel il effectue le dépôt, une information sur les droits et devoirs des bénéficiaires du revenu de solidarité active () ". Aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active / () La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental, en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration () ".
23. Aux termes de l'article 6 du décret du 15 décembre 2021 portant attribution d'une aide exceptionnelle de fin d'année : " La dette correspondante peut être remise ou réduite par cet organisme dans les conditions applicables au recouvrement des indus de l'allocation au titre de laquelle l'aide exceptionnelle a été perçue ". Des dispositions identiques figurent à l'article 4 du décret du 14 septembre 2022 s'agissant de l'aide financière exceptionnelle pour le mois de juin 2022.
24. D'une part, il résulte de ces dispositions qu'un allocataire du RSA ne peut bénéficier d'une remise gracieuse de la dette résultant d'un paiement indu de cette allocation ainsi que de la prime exceptionnelle de fin d'année ou de l'aide financière exceptionnelle, quelle que soit la précarité de sa situation, lorsque l'indu trouve sa cause dans une manœuvre frauduleuse de sa part ou dans une fausse déclaration, laquelle doit s'entendre comme désignant les inexactitudes ou omissions qui procèdent d'une volonté de dissimulation de l'allocataire caractérisant de sa part un manquement à ses obligations déclaratives.
25. D'autre part, lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant ou ne faisant que partiellement droit à une demande de remise gracieuse, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux de l'aide sociale, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise ou une réduction supplémentaire.
26. Il résulte des énonciations du présent jugement que les indus en litige ont pour origine des omissions déclaratives délibérées de Mme A visant à dissimuler des revenus mobiliers importants dont elle bénéficiait. Par suite, Mme A qui ne saurait être regardée comme étant de bonne foi pour les motifs déjà énoncés au point 10 n'est pas fondée à solliciter une remise gracieuse de ses dettes, et ce sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition de précarité.
27. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin de remise gracieuse doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
28. Le présent jugement rejetant l'ensemble des conclusions de la requérante, il y a lieu de rejeter, en tout état de cause, la demande de Mme A présentée sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 75 de la loi du 10 juillet 1991.
Par ces motifs, le tribunal décide :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à la ministre du travail, de la santé et des solidarités, à la caisse d'allocations familiales des Hauts-de-Seine et au département des Hauts-de-Seine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 août 2024.
La magistrate désignée,
Signé
M. MonteagleLa greffière,
Signé
C. Mas
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités et au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026