lundi 29 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2307984 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | Pole Social (JU) |
| Avocat requérant | CABINET SPHERANCE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 5 juin 2023, ainsi que des pièces complémentaires, enregistrées le 7 février et 20 juin 2023, M. A B, représenté par Me Visscher, demande au tribunal :
1°) de condamner l'État à lui payer la somme de 10 000 euros en réparation des préjudices subis du fait de son absence de relogement ;
2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'État versée au titre de l'aide juridictionnelle ou, à titre subsidiaire, de mettre à la charge de l'État cette même somme sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la responsabilité pour faute de l'État est engagée dès lors qu'il n'a reçu aucune proposition de logement, alors qu'il a été reconnu prioritaire par la commission de médiation du droit au logement opposable le 10 septembre 2021 et que l'ordonnance du tribunal administratif de Cergy-Pontoise du 2 novembre 2022 enjoignant à l'État de le loger n'a pas été exécutée ;
- il subit en conséquence des troubles de toutes natures dans ses conditions d'existence dès lorsqu'il est demandeur de logement social depuis le 16 février 2018, qu'il réside avec son épouse et leurs quatre enfants dans un logement sur-occupé dont le loyer est excessif au regard de ses capacités financières, que le propriétaire de ce logement lui a donné congé depuis le 3 février 2021 et l'a mis en demeure de quitter les lieux le 1er juin 2022.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 mars 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que M. B n'établit aucun préjudice.
Vu :
- la décision du 26 juin 2023 par laquelle le président du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Pontoise a accordé à M. B l'aide juridictionnelle totale ;
- l'ordonnance n° 220923 du 2 novembre 2022 par lequel le tribunal administratif de Cergy - Pontoise a enjoint au préfet du Val-d'Oise de reloger M. B sous astreinte de 200 euros par mois ;
- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Monteagle, première conseillère, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative ;
- la décision par laquelle la présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Monteagle, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.
A l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. La commission de médiation du Val-d'Oise a, par une décision du 10 septembre 2021, désigné M. B comme prioritaire et devant être logé en urgence. Par une ordonnance du 2 novembre 2022, le tribunal, saisi par l'intéressé sur le fondement de l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation, a enjoint au préfet du Val-d'Oise d'assurer son relogement sous astreinte de 200 euros par mois de retard. N'ayant pas reçu de proposition de logement, M. B a saisi le préfet d'une demande indemnitaire préalable par un courrier du 2 janvier 2022. Cette demande a été implicitement rejetée. M. B demande au tribunal de condamner l'État à lui verser la somme de 10 000 euros en réparation des préjudices subis.
Sur les conclusions indemnitaires :
2. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'État à toute personne qui () n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ".
3. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'État à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'État, qui court à l'expiration du délai de trois ou six mois à compter de la décision de la commission de médiation que l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartit au préfet pour provoquer une offre de logement. Dans le cas où le demandeur a été reconnu prioritaire au seul motif que sa demande de logement social n'a pas reçu de réponse dans le délai réglementaire, son maintien dans le logement où il réside ne peut être regardé comme entraînant des troubles dans ses conditions d'existence lui ouvrant droit à réparation que si ce logement est inadapté au regard, notamment, de ses capacités financières et de ses besoins. Par ailleurs, la circonstance que l'absence de relogement a contraint le demandeur à supporter un loyer manifestement disproportionné au regard de ses ressources, si elle ne peut donner lieu à l'indemnisation d'un préjudice pécuniaire égal à la différence entre le montant du loyer qu'il a payé durant cette période et celui qu'il aurait acquitté si un logement social lui avait été attribué, doit, si elle est établie, être prise en compte pour évaluer le préjudice résultant des troubles dans les conditions d'existence.
En ce qui concerne la responsabilité :
4. D'une part, la commission de médiation a reconnu, le 10 septembre 2021, le caractère urgent et prioritaire de la demande de M. B au motif qu'il occupait un logement sur-occupé avec une personne mineure ou handicapée à charge. Toutefois, le préfet n'a fait aucune offre de logement à M. B avant le 10 mars 2022, date fixée par la commission de médiation. D'autre part, l'ordonnance n° 220923 du 2 novembre 2022 par laquelle le tribunal administratif de Cergy - Pontoise a enjoint au préfet du Val-d'Oise d'assurer le logement de M. B avant le 1er janvier 2023 sous astreinte de 200 euros par mois n'a reçu aucune exécution.
5. Il résulte de ce qui précède que le requérant est fondé à solliciter l'engagement de la responsabilité de l'État en raison des carences fautives dont il a fait preuve dans la mise en œuvre de son obligation de relogement.
En ce qui concerne l'évaluation des préjudices :
6. En premier lieu, il résulte de l'instruction que depuis le 1er décembre 2018, M. B occupe avec son épouse et leurs quatre enfants nés en 2009, 2015, 2017 et 2020, un logement de type T3, d'une surface de 75 m², supérieure à la surface minimale exigée pour un foyer de six personnes. M. B n'est donc pas fondé à soutenir que la situation de suroccupation, dont au demeurant le préfet établit qu'elle n'a été reconnue par la commission de médiation qu'en raison d'une erreur matérielle, aurait perduré. Dès lors, aucun préjudice n'a pu naître de la persistance de l'occupation d'un logement qui n'était pas suroccupé.
7. En deuxième lieu, M. B est demandeur de logement social depuis le 16 février 2018, soit depuis un délai anormalement long. Pour établir l'existence de préjudices ayant résulté des carences fautives de l'État, au seul motif qu'il n'a pas reçu de proposition de logement dans le délai fixé en application des dispositions de l'article L. 441-1-4 du code de la construction et de l'habitation, le requérant fait valoir que cette situation l'a contraint à supporter un loyer disproportionné par rapport à ses ressources. Il ne résulte toutefois pas de l'instruction que ce loyer était manifestement inadapté aux ressources de l'intéressé, dès lors que ce loyer s'élevait à 1 125 euros mensuels charges comprises, et que le préfet fait valoir, sans être contredit, que les ressources mensuelles de M. B et de son épouse comprennent 300 euros de salaire et plus de 2 000 euros d'allocations, dont 617 euros d'allocation logement. De plus, ni la circonstance que son immeuble soit dépourvu d'ascenseur ou que plusieurs enfants doivent partager la même chambre ne sont suffisantes pour considérer que le maintien de M. B dans son logement lui a causé un préjudice, alors qu'il a été relevé au point précédent que le logement était d'une taille suffisante pour accueillir la famille de M. B. Dès lors, le maintien de M. B dans le logement où il réside dans l'attente de l'attribution d'un autre logement ne peut être regardé comme ayant entraîné pour lui des troubles dans ses conditions d'existence lui ouvrant droit à réparation.
8. En dernier lieu, si M. B peut être regardé comme se prévalant d'être menacé d'expulsion compte tenu du congé pour vente que lui aurait adressé son propriétaire le 2 février 2021, il ne ressort d'aucune pièce du dossier qu'il aurait fait l'objet d'une décision de justice prononçant son expulsion. Aucun préjudice n'a donc pu naître pour ce motif en lien avec son absence de relogement.
9. Il résulte de tout ce qui précède qu'aucun préjudice n'est établi. Par suite les conclusions indemnitaires ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
10. Dès lors que l'État n'est pas la partie perdante dans la présente instance, il y a lieu de rejeter la demande de M. B présentée sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 susmentionnée ainsi que celle, présentée à titre subsidiaire, sur le seul sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Par ces motifs, le tribunal décide:
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Visscher et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Copie en sera adressée au préfet du Val-d'Oise.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 avril 2024.
La magistrate désignée
signé
M. MonteagleLa greffière
signé
C. Mas
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
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01/06/2026