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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2308001

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2308001

lundi 29 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2308001
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
FormationPole Social (JU)
Avocat requérantSELARL VERPONT AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 juin 2023, ainsi que des pièces complémentaires enregistrées les 13 juillet 2023 et 10 août 2023, M. A B, représenté par Me Toihiri, demande au tribunal :

1°) de condamner l'État à lui payer la somme de 10 000 euros en réparation des préjudices subis du fait de son absence de relogement, assortie des intérêts au taux légal ;

2°) de fixer une astreinte de 50 euros par jour de retard que l'État devra lui verser jusqu'à son relogement effectif ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la part contributive de l'État versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la responsabilité pour faute de l'État est engagée dès lors qu'il n'a reçu aucune proposition de logement, alors qu'il a été reconnu prioritaire par la commission de médiation du droit au logement opposable le 14 juin 2017 ;

- il subit en conséquence des troubles de toutes natures dans ses conditions d'existence dès lors qu'il est toujours dépourvu de logement et en attente d'un logement social depuis 2012 ;

- il convient également de fixer une astreinte que l'État devra lui verser tant qu'il ne sera pas relogé, en vue d'assurer son relogement effectif.

La requête a été communiquée au préfet des Hauts-de-Seine, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

En application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, par un courrier du 13 mars 2024, les parties ont été informées que le jugement est susceptible d'être fondé sur un moyen qui, étant d'ordre public, doit être relevé d'office tiré de ce que les conclusions de M. B tendant à ce que le tribunal fixe à l'État une astreinte à lui verser jusqu'à la date de son relogement sont irrecevables, faute d'être associées à des conclusions à fin d'injonction et qu'en tout état de cause, des conclusions qui viseraient à ce que le tribunal enjoigne à l'État de le reloger sont étrangères au recours indemnitaire qu'il a formé par la présente instance, mais relèvent de la voie de recours prévue par les dispositions du paragraphe I de l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation, qui doivent faire l'objet d'une requête distincte en injonction.

M. B a produit, en réponse, un mémoire, enregistré le 18 mars 2024 par laquelle il indique maintenir l'ensemble de ses conclusions.

Vu :

- la décision du 14 mars 2023 par laquelle le président du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Paris a accordé à M. B l'aide juridictionnelle totale ;

- le jugement n° 2000873 du 16 février 2021 par lequel le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a condamné l'État à payer à M. B la somme de 3 000 euros ;

- le jugement n° 2114878 du 9 février 2023 par lequel le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a condamné l'État à payer à M. B la somme de 500 euros ;

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Monteagle, première conseillère, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative ;

- la décision par laquelle la présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Monteagle, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.

A l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. La commission de médiation des Hauts-de-Seine a, par une décision du 14 juin 2017, désigné M. B comme prioritaire et devant être logé en urgence. N'ayant pas reçu de proposition de logement, M. B a saisi le préfet d'une demande indemnitaire préalable par un courrier du 10 février 2023. Cette demande a été implicitement rejetée. M. B demande au tribunal de condamner l'État à lui verser la somme de 10 000 euros en réparation des préjudices subis et de fixer une astreinte à l'État dont il serait le bénéficiaire tant que son relogement n'est pas intervenu.

Sur les conclusions indemnitaires :

2. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'État à toute personne qui () n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ".

3. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'État à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'État, qui court à l'expiration du délai de trois ou six mois à compter de la décision de la commission de médiation que l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartit au préfet pour provoquer une offre de logement.

En ce qui concerne la responsabilité :

4. La commission de médiation a reconnu, le 14 juin 2017, le caractère urgent et prioritaire de la demande de M. B au motif qu'il était dépourvu de logement et hébergé chez un particulier. Toutefois, le préfet n'a fait aucune offre de logement à M. B avant le 14 décembre 2017, date butoir fixée par la commission de médiation. Dès lors le requérant est fondé à solliciter l'engagement de la responsabilité de l'État en raison de la carence fautive dont il a fait preuve dans la mise en œuvre de son obligation de relogement.

En ce qui concerne l'évaluation des préjudices :

5. Il résulte de l'instruction que les conditions de logement de M. B n'ont pas évolué, ce dernier étant toujours dépourvu de logement et hébergé par des tiers. Le requérant est, dès lors, fondé à soutenir que la carence de l'État à assurer son relogement, fautive à compter du 14 décembre 2017, a entraîné des troubles dans ses conditions d'existence devant être réparés.

6. Par ailleurs, il résulte de l'instruction le tribunal a déjà condamné l'État à verser au requérant la somme de 3 000 euros en réparation de ses préjudices par un jugement n° 2000873 du 16 février 2021 et la somme de 500 euros par le jugement n° 2114878 du 9 février 2023. La période d'indemnisation commence ainsi le 10 février 2023 et se termine à la date de mise à disposition du précédent jugement.

7. Il résulte de ce qui précède que, compte tenu des conditions de logement de M. B qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence et de la composition de son foyer, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi en évaluant l'indemnisation due à la somme totale de 300 euros.

8. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de condamner l'État à verser à M. B la somme de 300 euros, tous intérêts confondus au jour du présent jugement.

Sur les conclusions à fin d'astreinte :

9. Les dispositions des articles L. 300-1, L. 300-2, L. 441-2-3-1 et suivants du code de la construction et de l'habitation, éclairées par les travaux parlementaires qui ont précédé leur adoption, fixent une obligation de résultat pour l'État, désigné comme garant du droit au logement opposable reconnu par le législateur. Elles font obligation au juge, dès lors qu'il constate qu'une demande de logement a été reconnue comme prioritaire et devant être satisfaite d'urgence par la commission, sans qu'ait été offert un logement tenant compte des besoins et capacités du demandeur, tels que définis par la commission, d'enjoindre au préfet d'assurer le logement de l'intéressé, sauf si l'administration apporte la preuve que l'urgence a complètement disparu.

10. D'une part, les conclusions de M. B tendant à ce que le tribunal fixe à l'État une astreinte à lui verser jusqu'à la date de son relogement sont irrecevables, faute d'être associées à des conclusions à fin d'injonction.

11. D'autre part et en tout état de cause des conclusions visant à ce que le tribunal enjoigne à l'État de reloger M. B sous astreinte sont étrangères au recours indemnitaire qu'il a formé par la présente instance, mais relèvent de la voie du recours spécial prévu par les dispositions du paragraphe I de l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation, qui doivent faire l'objet d'une requête distincte en injonction. Au demeurant, il résulte de l'instruction que le présent tribunal a déjà enjoint à l'État de reloger M. B sous astreinte de 200 euros par mois de retard par un jugement du 10 juillet 2018.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. B à fin de condamner à l'État à une astreinte sont irrecevables et doivent donc être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

13. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 susmentionnée. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Toihiri, conseil de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Toihiri de la somme de 1 080 euros.

Par ces motifs, le tribunal décide:

Article 1er : L'État est condamné à verser à M. B la somme de 300 euros, tous intérêts confondus au jour du présent jugement.

Article 2 : L'État versera la somme de 1 080 euros à Me Toihiri, conseil de M. B, sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle, sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Toihiri et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 avril 2024.

La magistrate désignée

signé

M. MonteagleLa greffière

signé

C. Mas

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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