Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2308061
mardi 11 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2308061 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 8ème Chambre |
Texte intégral
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête, enregistrée le 14 juin 2023 sous le numéro 2308061, Mme B A, représentée par Me El Amine, demande au tribunal :
1°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler la décision implicite par laquelle le directeur territorial de Cergy de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a mis fin aux conditions matérielles d'accueil dont elle bénéficiait ;
3°) d'enjoindre à l'OFII de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil dans un délai d'un mois, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou à défaut, de réexaminer sa demande dans le même délai et sous la même astreinte ;
4°) de mettre à la charge de l'OFII une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision contestée est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle en ce qu'elle n'a pas pris en compte sa vulnérabilité ;
- elle n'a pas été précédée d'un entretien de vulnérabilité ;
- elle est entachée d'une erreur de fait ;
- elle méconnaît l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 février 2024, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.
II. Par une requête, enregistrée le 14 juin 2023 sous le numéro 2308064, Mme B A, représentée par Me El Amine, demande au tribunal :
1°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler la décision du 28 avril 2023 par laquelle le directeur territorial de Cergy de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a notifié sa sortie du lieu d'hébergement ;
3°) d'enjoindre à l'OFII de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil dans un délai d'un mois, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou à défaut, de réexaminer sa demande dans le même délai et sous la même astreinte ;
4°) de mettre à la charge de l'OFII une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
-la décision contestée est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle en ce qu'elle n'a pas pris en compte sa vulnérabilité ;
- elle n'a pas été précédée d'un entretien de vulnérabilité ;
- elle est entachée d'une erreur de fait ;
- elle méconnaît l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 mai 2024, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Mme B A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 septembre 2023 du bureau d'aide juridictionnelle établi près le tribunal judiciaire de Pontoise dans le dossier n°2308064.
Vu la demande d'aide juridictionnelle du 26 juin 2023 dans le dossier n°2308061, sur laquelle il n'a pas été statué ;
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Cuisinier-Heissler a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A, ressortissante Bengladaise, née le 12 octobre 1986, est entrée sur le territoire français le 10 septembre 2022 avec sa fille mineure. Sa demande d'asile a été enregistrée le 29 septembre 2022 en procédure dite " Dublin " et elle a accepté le même jour les conditions matérielles d'accueil proposées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII). Mme A et sa fille ont par la suite résidé dans un centre d'accueil de demandeurs d'asile COALLIA. Au motif que la requérante s'est absentée de son lieu d'hébergement plus d'une semaine, l'OFII a mis fin à sa prise en charge dans ce lieu d'hébergement par décision du 28 avril 2023. Par courrier du même jour, le directeur territorial de l'OFII l'a informée qu'il était envisagé de mettre fin à son droit aux conditions matérielles d'accueil et l'a invitée à présenter des observations écrites, faute de quoi la décision de sortie du lieu d'hébergement et la cessation totale de ses conditions matérielles d'accueil seraient confirmées, sans nouvel avis. A l'appui de ses requêtes, Mme A demande au tribunal d'annuler d'une part, la décision implicite par laquelle le directeur général de l'OFII a totalement mis fin à son droit au bénéfice des conditions matérielles d'accueil à compter du mois de juin 2023 et d'autre part, la décision de sortie de son lieu d'hébergement du 28 avril 2023.
2. Les requêtes susvisées n°°2308061 et 2308064 concernent le même requérant, présentent les mêmes conclusions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ".
4. Eu égard aux circonstances de l'espèce du dossier n°2308061, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
5. Par une décision du 25 septembre 2023, le bureau d'aide juridictionnelle établi près le tribunal judiciaire de Pontoise a admis Mme B A au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale dans le dossier n°2308064. Ainsi, les conclusions tendant à l'admission de la requérante au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire du dossier n°2308064 sont devenues sans objet. Par suite, il n'y a plus lieu d'y statuer.
Sur l'étendue du litige :
6. Il ressort des pièces du dossier que, par une décision du 28 avril 2023, le directeur territorial de l'OFII à Cergy a mis fin à la prise en charge de Mme A dans le centre d'hébergement où elle a été admise avec sa fille, à Beauchamp, en raison de son absence prolongée. Par un courrier du même jour, joint à cette décision, le directeur territorial de l'OFII a informé l'intéressée que l'abandon d'hébergement qui lui est imputable est un motif de cessation des conditions matérielles d'accueil en application de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'a invitée à présenter des observations dans un délai de quinze jours, en l'informant qu'à défaut, la cessation totale de ses conditions matérielles d'accueil serait confirmée sans nouvel avis. Compte tenu de ses termes, ce courrier ne peut être regardé comme une décision de cessation totale des conditions matérielles d'accueil de Mme A, laquelle n'est intervenue qu'à l'expiration du délai accordé à l'intéressée pour présenter des observations écrites. Ainsi, en l'absence de décision explicite intervenue à l'issue de ce délai, les conclusions à fin d'annulation des requêtes doivent être regardées comme étant dirigées contre la décision implicite par laquelle le directeur général de l'OFII a totalement mis fin au droit de Mme A au bénéfice des conditions matérielles d'accueil et contre la décision du 28 avril 2023 de sortie de son lieu d'hébergement.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
6. Aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : () 2° Il quitte le lieu d'hébergement dans lequel il a été admis en application de l'article L. 552-9 ; () La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret () ". En application de l'article D. 551-18 du même code : " La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-16 est écrite, motivée et prise après que le demandeur a été mis en mesure de présenter à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ses observations écrites dans un délai de quinze jours. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Cette décision prend effet à compter de sa signature ".
7. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme A aurait demandé à l'OFII la communication des motifs de la décision implicite par laquelle le directeur général de l'OFII a mis fin à son droit au bénéfices des CMA, dans les conditions prévues par l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision ne peut qu'être écarté. En outre, la décision du 28 avril 2023 de sortie de son lieu d'hébergement comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision ne peut qu'être écarté.
8. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. Lors de l'entretien personnel, le demandeur est informé de sa possibilité de bénéficier de l'examen de santé gratuit prévu à l'article L. 321-3 du code de la sécurité sociale. ". Aux termes de l'article R. 522-1 du même code : " L'appréciation de la vulnérabilité des demandeurs d'asile est effectuée par les agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, en application de l'article L. 522-1, à l'aide d'un questionnaire dont le contenu est fixé par arrêté des ministres chargés de l'asile et de la santé. / (). ".
9. Il résulte de ces dispositions que l'entretien personnel au cours duquel l'Office français de l'immigration et de l'intégration évalue la vulnérabilité du demandeur d'asile est effectué au moment du dépôt de la demande et que, le cas échéant, si des besoins particuliers se manifestent à une étape ultérieure de la procédure, ils sont pris en compte. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que Mme A a bénéficié de l'entretien prévu par l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au moment où elle a présenté sa demande d'asile le 29 septembre 2022. Si elle fait état d'un syndrome anxio-dépressif et du caractère isolé de sa situation avec une enfant mineure née en 2017, il ne ressort pas des pièces du dossier et n'est pas soutenu que ces circonstances seraient survenues postérieurement à son examen de vulnérabilité et auraient justifié un réexamen de celle-ci. Elle a au demeurant déclaré elle-même ne pas présenter de problèmes de santé et a refusé que lui soit remis un certificat médical vierge pour l'édiction d'un avis médical par le médecin coordonnateur de zone de l'OFII. Mme A n'est, dès lors, pas fondée à soutenir qu'elle n'aurait pas bénéficié, avant la naissance des décisions contestées, de l'entretien prévu à l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité, que l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'aurait pas procédé à l'évaluation de sa vulnérabilité ou qu'il aurait méconnu les dispositions précitées de l'article L. 522-1.
10. En troisième lieu, il ne ressort ni de la motivation des décisions attaquées ni des autres pièces du dossier qu'avant de mettre fin au droit de Mme A au bénéfice des conditions matérielles d'accueil et de lui notifier sa sortie du lieu d'hébergement, l'OFII n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle au regard notamment de sa vulnérabilité. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen de la situation personnelle de la requérante doit être écarté.
10. En quatrième lieu, si Mme A fait valoir qu'elle n'a quitté le lieu d'hébergement dans lequel elle a été admise seulement quelques jours pour se ressourcer auprès de ses amies, et que la barrière de la langue l'a empêchée d'en informer le centre d'accueil, il ressort des pièces du dossier qu'elle n'a pas répondu à plusieurs appels téléphoniques et courrier pendant une absence de plus d'une semaine. Ainsi, la requérante, qui ne conteste pas s'être absentée du centre d'hébergement, n'est pas fondée à soutenir que les décisions attaquées sont entachées d'une erreur de fait.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme A à fin d'annulation d'une part, de la décision mettant fin au bénéfice des conditions matérielles d'accueil et d'autre part, de la décision lui notifiant la sortie de son hébergement, doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D É C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire de Mme A dans le dossier n°2308064.
Article 2 : Mme A est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire dans le dossier n°2308061.
Article 3 : Les requêtes de Mme A sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me El Amine et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 15 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Bertoncini, président,
Mme Saïh, première conseillère,
Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juin 2024.
La rapporteure,
Signé
S. Cuisinier-HeisslerLe président,
Signé
T. BertonciniLa greffière,
Signé
M. C
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2 - 2308064
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