Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2308202

vendredi 7 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2308202
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantEL AMINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 juin 2023, Mme B A, représentée par Me El Amine, doit être regardée comme demandant à la juge des référés, statuant par application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 28 avril 2023 par laquelle l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a notifié sa sortie du lieu d'hébergement ;

3°) d'enjoindre au directeur général de l'OFII de Cergy de lui octroyer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros, à verser à Me El Amine en application des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ou à défaut, à verser cette somme à son profit en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie, dès lors que cette décision la place dans une situation de grande vulnérabilité et de précarité pécuniaire et familiale ; qu'elle est privée de tout moyen d'hébergement, de subsistance et de ressources et qu'elle n'est pas autorisée à travailler ; qu'elle a à sa charge un enfant mineur scolarisé ; qu'elle a été victime de graves agressions sexuelles et de viol au Bangladesh et qu'elle a ainsi contracté un syndrome anxio dépressif ;

- il existe plusieurs moyens de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

* elle méconnait l'article L. 522-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il n'a pas été fait d'examen préalable et particulier de sa situation ;

* elle est entachée d'une erreur de fait, dès lors qu'elle n'a jamais quitté le centre d'accueil de demandeurs d'asile de manière définitive et qu'elle n'en n'a jamais fait la demande ;

* elle est entachée d'une erreur de droit en ce que les dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ont été méconnues, dès lors que l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ne l'a pas reçue à un entretien afin de déterminer sa situation de vulnérabilité alors même qu'elle lui a fait part de ses observations.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 juillet 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la condition d'urgence n'est pas remplie, la requérante s'étant placée elle-même dans cette situation ;

- les moyens soulevés ne sont pas de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête n° 2308064, enregistrée le 14 juin 2023, par laquelle Mme A demande l'annulation de la décision susvisée.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Van Muylder, vice-présidente, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative pour statuer sur les requêtes en référé.

Les parties ont été convoquées à l'audience publique du 5 juillet 2023 à 9 heures 15.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Soulier, greffière d'audience :

- le rapport de Mme Van Muylder, juge des référés ;

- les observations de Me Cobert, représentant Mme A.

La clôture de l'instruction a été différée au 6 juillet 2023 à 12 heures.

Considérant ce qui suit :

1. Madame A, ressortissante bangladaise, née le 12 octobre 1986, est entrée sur le territoire français le 10 septembre 2022 avec sa fille mineure. Le 19 octobre 2022, elle s'est présentée au guichet unique des demandeurs d'asile en préfecture et un récépissé de demande d'asile lui a été délivré. Madame A et sa fille ont alors résidé de façon stable et continue au centre d'accueil de demandeurs d'asile COALLIA C9501 situé au 35 avenue de l'égalité à Beauchamp (95250). Par une décision en date du 28 avril 2022, le directeur territorial de l'OFII de Cergy a notifié une décision de sortie de leur lieu d'hébergement. Par la présente requête, Madame A demande à la juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cette décision.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ".

3. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

5. Aucun des moyens, ci-dessus analysés n'est, en l'état de l'instruction, de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée. Par suite, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition d'urgence, les conclusions aux fins de suspension de la décision en litige doivent être rejetées, comme, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre des frais du litige.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme A est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La requête de Mme A est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A, à Me El Amine et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Fait à Cergy, le 7 juillet 2023

La juge des référés,

signé

C. Van Muylder

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.