Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2308360

jeudi 4 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2308360
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation9ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 20 juin et 19 juillet 2023, M. D B, représenté par Me Fernandez, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 2 mars 2022 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de son renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise, de lui délivrer un titre de séjour ou de procéder au réexamen de sa situation administrative, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;

- il méconnait l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- sa situation constitue une circonstance exceptionnelle d'admission au séjour.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 septembre 2023, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête et produit les pièces utiles du dossier en sa possession.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement, sur proposition du rapporteur public, a dispensé ce dernier de présenter des conclusions sur cette affaire en application des dispositions de l'article R. 732-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Le Griel, présidente-rapporteure ;

Considérant ce qui suit :

1. M. D B, ressortissant malien né le 10 septembre 2000 en France, est entré à nouveau en France le 8 avril 2015 muni d'un visa, selon ses déclarations. Le 30 décembre 2021, il a sollicité son admission au séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et sur le fondement de la circulaire du 28 novembre 2012. Par l'arrêté du 2 mars 2022 attaqué, le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande de délivrance de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de son renvoi en cas d'exécution forcée de cette mesure d'éloignement.

Sur les conclusions à fin d'annulation et d'injonction :

2. En premier lieu, par un arrêté n°22-024 du 7 mars 2022 régulièrement publié le lendemain au recueil des actes administratifs dans le Val-d'Oise, le préfet du Val-d'Oise a donné délégation à M. C, directeur des migrations et de l'intégration et, en cas d'empêchement de ce dernier et de son adjointe, à Mme A E, cheffe du bureau du contentieux des étrangers, pour signer tous les actes dans la limite de ses attributions, au nombre desquels figurent les arrêtés de refus de délivrance de titre de séjour, les décisions portant obligation de quitter le territoire français avec fixation ou non d'un délai de départ volontaire et les décisions fixant le pays de destination. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. C ou son adjointe n'étaient pas absents ou empêchés à la date de la décision attaquée. Mme E, signataire de la décision attaquée, disposait ainsi, contrairement à ce qui est soutenu, de la compétence pour signer l'arrêté en litige. Le moyen doit être par suite écarté.

3. En second lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / () ".

4. M. B établit qu'il est entré en France en 2015 et qu'il est scolarisé depuis cette date jusqu'en 2021 et qu'il a obtenu un certificat d'aptitude professionnelle " réparation des carrosseries " en 2018. Toutefois, la seule durée de sa présence sur le territoire et sa scolarisation ne sont pas de nature à démontrer une insertion sociale. En outre, il ressort de la fiche de salle, produites en défense, et signée par le requérant le 26 octobre 2021, d'une part, qu'une sœur serait présente sur le territoire français, toutefois celui-ci n'allègue ni n'établit avoir des liens avec elles, et d'autre part que son père réside à l'étranger. Il ne fait état d'aucun élément quant à sa situation sur le territoire français à la date de l'arrêté attaqué. Par suite, le requérant, alors même que le père du requérant est titulaire d'une carte de résident valable jusqu'au 12 août 2025 dès lors qu'il résulte des déclarations du requérant que celui-ci n'est pas en France selon les mentions figurant sur sa fiche de salle, et que selon ses propres écritures, il a quitté la France avec son père avant d'y revenir en 2015, n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Val-d'Oise, en refusant de lui délivrer un titre de séjour, a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Il s'ensuit que le préfet n'a ni méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme, ni l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des libertés fondamentales.

5. Par ailleurs, les éléments ainsi exposés de la situation personnelle du requérant ne constituent pas à eux seuls des circonstances exceptionnelles au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il ne peut par ailleurs utilement se prévaloir des énonciations de la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012 relative aux conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants en situation irrégulière qui ne constituent pas des lignes directrices dont il peut utilement se prévaloir devant le juge.

6. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 2 mars 2022 attaqué du préfet du Val-d'Oise. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 19 mars 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Le Griel, présidente,

M. Jacquelin, premier conseiller,

Mme Debourg, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 avril 2024.

L'assesseur le plus ancien,

Signé

G. JACQUELIN

La présidente-rapporteure,

Signé

H. LE GRIELLa greffière,

Signé

E. PRADEL

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour ampliation, la greffière.