Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2308380

lundi 27 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2308380
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationPole Social (JU)
Avocat requérantKOGEORGOS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 juin 2023, M. B A, représenté par Me Kogeorgos, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision du 11 janvier 2023 par laquelle la commission départementale de médiation des Hauts-de-Seine a rejeté son recours tendant à ce qu'il soit reconnu prioritaire et devant être hébergé d'urgence, ensemble la décision du 19 avril 2023 de rejet de son recours gracieux ;

3°) d'enjoindre à la commission de médiation du département des Hauts-de-Seine de réexaminer son recours amiable, dans le délai de huit jours à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'État versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

s'agissant du rejet de son recours gracieux :

- la décision est entachée d'un défaut de motivation, dès lors qu'il n'a pas été répondu aux différents griefs mentionnés dans son recours gracieux ;

s'agissant de l'ensemble des décisions attaquées :

- les décision sont entachées de plusieurs erreurs d'appréciation dès lors qu'il est en situation d'hébergement par son père avec un autre de ses frères ; que la situation de suroccupation est caractérisée ; que le préfet a fait une déclaration d'insalubrité établissant qu'il soit en situation d'expulsion ; que son bailleur est injoignable et n'entend pas le reloger; que les incohérences mentionnées dans la décision n'affectent pas la recevabilité son recours amiable ; qu'il est demandeur d'un logement social pour son père, son frère et lui depuis 2016 ; que la présence de son père âgé dans le logement suffit à justifier de l'urgence de sa situation.

Par un mémoire en défense et une pièce complémentaire, enregistrés les 27 septembre 2023 et 15 mars 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la requête est tardive.

Vu :

- la décision du 4 septembre 2023 par laquelle le président du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Pontoise a admis M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Monteagle, première conseillère, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative ;

- la décision par laquelle le rapporteur public a été, sur sa proposition, dispensé de prononcer des conclusions à l'audience ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Monteagle, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.

A l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A a sollicité auprès de la commission de médiation du département des Hauts-de-Seine une offre de logement dans les conditions prévues au II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation. Par une décision du 11 janvier 2023, la commission de médiation du département des Hauts-de-Seine a rejeté le recours amiable présenté par M. A tendant à voir reconnaitre sa demande de logement comme prioritaire et devant être satisfaite en urgence. Après que M. A a formé un recours gracieux, ce dernier a également été rejeté le 19 avril 2023. M. A demande l'annulation de ces deux décisions.

Sur l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ". Et aux termes du second alinéa de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 portant application de cette loi : " L'admission provisoire est accordée par le président du bureau () ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

3. Il ressort des pièces du dossier que M. A a été admis à titre définitif, au bénéfice de l'aide juridictionnelle par une décision du 4 septembre 2023du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Pontoise. Par suite, ses conclusions à fin d'admission à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle doivent être rejetées.

Sur les conclusions d'annulation :

4. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'État à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'État, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux () ". L'article L. 441-2-3 du même code dispose que : " () II.- La commission de médiation peut être saisie par toute personne qui, satisfaisant aux conditions réglementaires d'accès à un logement locatif social, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande de logement dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4. / Elle peut être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur, de bonne foi, est dépourvu de logement, menacé d'expulsion sans relogement, hébergé ou logé temporairement dans un établissement ou un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, logé dans des locaux impropres à l'habitation ou présentant un caractère insalubre ou dangereux. Elle peut également être saisie, sans condition de délai, lorsque le demandeur est logé dans des locaux manifestement suroccupés ou ne présentant pas le caractère d'un logement décent, s'il a au moins un enfant mineur, s'il présente un handicap au sens de l'article L. 114 du code de l'action sociale et des familles ou s'il a au moins une personne à charge présentant un tel handicap. Elle peut aussi être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur ou une personne à sa charge est logé dans un logement non adapté à son handicap, au sens du même article L. 114 () La commission de médiation transmet au représentant de l'Etat dans le département ou, en Ile-de-France, au représentant de l'Etat dans la région la liste des demandeurs auxquels doit être attribué en urgence un logement () ". Ces dispositions sont précisées par celles de l'article R. 441-14-1 du même code, qui disposent que : " Peuvent être désignées par la commission comme prioritaires et devant être logées d'urgence en application du II de l'article L. 441-2-3 les personnes de bonne foi qui satisfont aux conditions réglementaires d'accès au logement social qui se trouvent dans l'une des situations prévues au même article et qui répondent aux caractéristiques suivantes : -ne pas avoir reçu de proposition adaptée à leur demande dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4 ; -être dépourvues de logement. Le cas échéant, la commission apprécie la situation du demandeur logé ou hébergé par ses ascendants en tenant notamment compte de son degré d'autonomie, de son âge, de sa situation familiale et des conditions de fait de la cohabitation portées à sa connaissance ;-être logées dans des locaux impropres à l'habitation, ou présentant un caractère insalubre ou dangereux. Le cas échéant, la commission tient compte des droits à hébergement ou à relogement auxquels le demandeur peut prétendre en application des dispositions des articles L. 521-1 et suivants, des articles L. 314-1 et suivants du code de l'urbanisme ou de toute autre disposition ouvrant au demandeur un droit à relogement ;-avoir fait l'objet d'une décision de justice prononçant l'expulsion du logement ; ()- être handicapées, ou avoir à leur charge une personne en situation de handicap, ou avoir à leur charge au moins un enfant mineur, et occuper un logement soit présentant au moins un des risques pour la sécurité ou la santé énumérés à l'article 2 du décret du 30 janvier 2002 ou auquel font défaut au moins deux des éléments d'équipement et de confort mentionnés à l'article 3 du même décret, soit d'une surface habitable inférieure aux surfaces mentionnées à l'article R. 822-25, ou, pour une personne seule, d'une surface inférieure à celle mentionnée au premier alinéa de l'article 4 du même décret ".

5. En premier lieu, la commission de médiation du département des Hauts-de-Seine a rejeté le recours de M. A comme étant irrecevable au motif que son recours amiable était incohérent au regard de sa demande de logement social, dès lors que M. A faisait figurer son père sur son recours amiable, mais que ce dernier ne figurait pas sur sa demande de logement social. En se bornant à soutenir que ces incohérences, qui ressortent des pièces du dossier, seraient sans incidence sur l'appréciation de sa situation, le requérant ne conteste pas sérieusement ce motif. La commission n'a ainsi pas été mise à même de se prononcer sur sa situation en toute connaissance de cause. En outre, ce motif d'irrecevabilité justifie à lui seul le rejet de sa demande de recours amiable.

6. En tout état de cause et en deuxième lieu, la commission de médiation a également rejeté le recours de M. A au motif que son logement n'était pas un local impropre à l'habitation, ce que le requérant ne conteste pas.

7. En troisième lieu, la commission de médiation a reconnu le caractère insalubre et dangereux du logement de M. A, mais a relevé que son bailleur était dans l'obligation de le reloger. Pour contester ce motif, le requérant se prévaut de l'arrêté du 7 juillet 2022 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a reconnu l'insalubrité de son immeuble et a décidé une interdiction d'y habiter. Toutefois, l'arrêté dont se prévaut M. A prévoit, à son article 8, une obligation pour son propriétaire de reloger les occupants dans les conditions prévues au II de l'article L. 521-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Si le requérant soutient qu'il lui est impossible d'entrer en contact avec son propriétaire, l'arrêté du 7 juillet 2022 prévoit la possibilité pour le préfet de procéder d'office au relogement aux frais du bailleur en cas d'inaction. Au demeurant, M. A ne fait état d'aucune démarche de lui-même ou de son père, titulaire du bail, visant à la mise en œuvre par le propriétaire de son obligation.

8. En quatrième lieu, la commission de médiation a également rejeté le recours de M. A au motif qu'il ne faisait pas l'objet d'une expulsion locative. Si M. A soutient que cette expulsion résulte de l'arrêté du 7 juillet 2022 mentionné au point précédent, ce dernier, qui prévoit les conditions du relogement des occupants de l'immeuble, n'a ni pour objet, ni pour effet de procéder à son expulsion.

9. En cinquième lieu, la commission de médiation a reconnu que M. A était hébergé mais a refusé reconnaître le caractère d'urgence de cette situation en l'absence de pièces probantes produites par le requérant. Pour établir le caractère prioritaire et urgent de sa situation, le requérant produit dans la présente instance une attestation d'hébergement établie par son père qui fait état de l'hébergement de son fils, né en 1978, depuis 2008, soit depuis quinze années, alors qu'il ressort des pièces du dossier que M. A n'a formé une demande de logement social que le 29 décembre 2021. De plus, si le logement où il est hébergé fait l'objet d'un arrêté d'insalubrité, il a été rappelé précédemment l'obligation de relogement qui pesait sur le bailleur à l'égard de tous les occupants, et non du seul titulaire du bail. Dans ces conditions, c'est sans erreur manifeste d'appréciation que la commission de médiation a estimé que la situation d'hébergement de M. A par son père ne révélait pas une situation ayant un caractère prioritaire et urgent.

10. En sixième lieu, la commission de médiation a relevé à bon droit qu'aucun enfant mineur ni aucune personne handicapée à charge de M. A ne résidait dans le logement en cause, M. A n'alléguant aucunement être lui-même en situation de handicap. Dès lors, le requérant ne peut utilement se prévaloir de la suroccupation de son logement.

11. En dernier lieu, en se prévalant d'une demande de logement social enregistré en 2016, M. A doit être regardé comme faisant état d'un nouveau fondement de reconnaissance au regard de l'ancienneté de sa demande de logement social. Toutefois, si le frère de M. A a formé une demande de logement social depuis 2016, il ressort des pièces du dossier que M. A lui-même n'a formé une telle demande que le 29 décembre 2021, soit depuis un peu plus d'un an à la date de la décision attaquée, délai qui ne permet pas de considérer qu'il soit en attente d'un logement social depuis un délai excessivement long.

12. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense, que les conclusions à fin d'annulation de M. A ne peuvent qu'être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence de ses conclusions à fin d'injonction et de celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Par ces motifs, le tribunal décide:

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Kogeorgos au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 mai 2024.

La magistrate désignée

Signé

M. Monteagle

La greffière,

Signé

C. Mas

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision