vendredi 30 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2308494 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Pole Social (JU) |
| Avocat requérant | CHARLUET-MARAIS FLORENCE |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 26 juillet 2023, le président de la 6ème section du tribunal administratif de Paris a transmis au présent tribunal, la requête de M. A B, enregistrée le 17 juillet 2023 devant ce tribunal. Cette requête a été enregistrée sous le n° 2310123 au tribunal administratif de Cergy-Pontoise.
Par une ordonnance du 16 octobre 2023, le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a radié du registre du greffe la requête n° 2310123 pour la joindre à la requête n° 2308494, précédemment enregistrée par M. B le 15 juin 2023 devant le tribunal administratif de Cergy-Pontoise.
En conséquence, par une requête et des mémoires, enregistrés les 15 juin 2023, 17 juillet 2023 et 8 juillet 2024 sous le n° 2308494, M. B, représenté par Me Moutoussamy, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le département des Hauts-de-Seine a mis à sa charge, après recours préalable obligatoire formé le 25 novembre 2021, un indu de revenu de solidarité active (RSA) pour la somme totale de 12 590,63 euros ;
2°) d'annuler la décision du 25 septembre 2021 par laquelle la caisse d'allocations familiales (CAF) des Hauts-de-Seine exige le remboursement d'un indu de prime exceptionnelle de fin d'année 2020 pour la somme de 152,45 euros ;
3°) d'annuler la décision du 4 décembre 2021 par laquelle la CAF des Hauts-de-Seine lui réclame le remboursement d'un indu d'aide exceptionnelle de solidarité pour la somme de 150 euros ;
4°) de le décharger du paiement de ces sommes ;
5°) de mettre à la charge du département des Hauts-de-Seine la somme de 1 500 euros hors taxe au bénéfice de son conseil sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
s'agissant de l'indu de RSA :
- la décision est entachée de vices de procédure en ce que la commission de recours amiable de la CAF des Hauts-de-Seine n'a pas été saisie préalablement à son édiction ;
- la dette est prescrite s'agissant de la période antérieure à l'établissement du rapport d'enquête ;
- la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 114-21 du code de la sécurité sociale faute pour les défendeurs d'établir qu'il a eu droit à l'information prévue par ces dispositions ;
- elle méconnaît le principe du contradictoire, dès lors qu'il n'a pas été mis à même de prendre connaissance du rapport d'enquête avant que n'intervienne la décision de rejet de son recours préalable obligatoire ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 114-10 du code de la sécurité sociale dès lors qu'il n'est pas rapporté la preuve de l'agrément et de l'assermentation de l'agent de contrôle ;
- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation, dès lors que sa situation justifiait le versement du RSA, qu'il a été mal informé par la CAF quant à la nécessité de déclarer ses absences du territoire français et qu'il n'existe aucune procédure-type pour déclarer ses absences ;
s'agissant de l'indu de prime exceptionnelle de fin d'année :
- la décision est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration puisqu'elle ne comporte pas la signature de son auteur ;
- aucune décision préalable lui notifiant une fin de droit de RSA n'a été prise, justifiant qu'il soit privé de la prime exceptionnelle de fin d'année ;
s'agissant de l'indu d'aide exceptionnelle de solidarité :
- la décision est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration puisqu'elle ne comporte pas la signature de son auteur ;
- aucune décision lui notifiant une fin de droit de RSA n'a été prise, justifiant qu'il soit privé de l'aide exceptionnelle de fin d'année.
Par un mémoire en défense enregistré le 3 mai 2024, le département des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la requête est tardive, dès lors que le rejet implicite du recours préalable obligatoire de M. B contre l'indu de RSA est acquis depuis le 2 février 2022, qu'il en avait nécessairement connaissance depuis le 1er mars 2022, date à laquelle il a demandé l'aide juridictionnelle, et qu'il n'a introduit sa requête que le 15 juin 2023 ;
- aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Par un mémoire, enregistré le 2 mai 2024, la CAF des Hauts-de-Seine, représentée par Me Charluet-Marais, conclut au rejet de la requête :
Elle soutient que ;
- elle n'est pas compétente pour défendre sur l'indu de RSA ;
- aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu :
- la décision du 19 mai 2023 par laquelle le président du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Paris a admis M. B à l'aide juridictionnelle totale ;
- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Monteagle, première conseillère, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative ;
- la décision par laquelle le rapporteur public a été, sur sa proposition, dispensé de prononcer ses conclusions à l'audience ;
- les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;
- le décret n° 2020-519 du 5 mai 2020 ;
- le décret n° 2020-1746 du 29 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Monteagle, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.
A l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Le 22 septembre 2021, la CAF des Hauts-de-Seine a notifié à M. B un indu de RSA pour la somme totale de 12 590,63 euros versé à tort entre le 1er novembre 2018 et le 31 juillet 2021. Par un courrier, reçu le 2 décembre 2021 par le département des Hauts-de-Seine, M. B a formé un recours préalable obligatoire contre cet indu qui doit être regardé comme ayant été implicitement rejeté. En outre, par une décision du 25 septembre 2021, la CAF des Hauts-de-Seine a informé M. B qu'il était redevable d'un indu de prime exceptionnelle de fin d'année au titre de l'année 2020 pour la somme de 152,45 euros. Enfin, par une décision du 4 décembre 2021, la CAF des Hauts-de-Seine a informé M. B qu'il était également redevable d'un indu d'aide exceptionnelle de solidarité d'un montant de 150 euros. Par la présente requête M. B demande l'annulation du rejet implicite de son recours préalable formé contre la décision d'indu de RSA, de la décision du 25 septembre 2021 et de la décision du 4 décembre 2021.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de revenu de solidarité active, de prime exceptionnelle de fin d'année et d'aide exceptionnelle de solidarité, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu qu'il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.
En ce qui concerne l'indu de RSA :
3. En premier lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil général. Ce recours est, dans les conditions et limites prévues par la convention mentionnée à l'article L. 262-25, soumis pour avis à la commission de recours amiable qui connaît des réclamations relevant de l'article L. 242-1 du code de la sécurité sociale. Les modalités d'examen du recours sont définies par décret en Conseil d'État ". Aux termes de l'article R. 262-89 du code de l'action sociale et des familles : " Sauf lorsque la convention mentionnée à l'article L. 262-25 en dispose autrement, ce recours est adressé par le président du conseil départemental pour avis à la commission de recours amiable mentionnée à l'article R. 142-1 du code de la sécurité sociale. / Dans les cas prévus dans la convention mentionnée à l'article L. 262-25 dans lesquels la commission de recours amiable n'est pas saisie, le président du conseil départemental statue, dans un délai de deux mois, sur le recours administratif qui lui a été adressé. Cette décision est motivée ".
4. Dans ce cadre, il appartient au tribunal administratif, saisi d'un moyen tiré du défaut de consultation de la commission de recours amiable de l'organisme chargé du service du revenu de solidarité active, de s'assurer du caractère obligatoire de cette consultation dans l'hypothèse en litige, en vertu des clauses réglementaires de la convention conclue entre le département et l'organisme. En revanche, la circonstance que le législateur ait entendu permettre à chaque département, agissant par voie de convention avec cet organisme, de déterminer les hypothèses dans lesquelles les réclamations dirigées contre des décisions relatives au revenu de solidarité active sont soumises pour avis à sa commission de recours amiable n'a pas pour effet de retirer à la consultation de cette commission, eu égard à sa nature et à sa composition, le caractère d'une garantie apportée, lorsqu'elle est prévue, au bénéficiaire du revenu de solidarité active.
5. La convention de gestion du revenu de solidarité active conclue entre le conseil départemental des Hauts-de-Seine et la caisse d'allocations familiales de ce département le 11 décembre 2020 exclut en son article 15 de recueillir l'avis de la commission de recours amiable pour les recours administratifs dirigés contre les décisions relatives au revenu de solidarité active. Par suite, le moyen tiré de la violation des articles L. 262-47 et R. 262-90 du code de l'action sociale et des familles du fait de l'absence de saisine de cette commission, inopérant, doit être écarté.
6. En deuxième lieu, l'article L. 114-19 du code de la sécurité sociale prévoit que le droit de communication permet à certains agents des organismes de sécurité sociale d'obtenir, auprès de personnes publiques et privées que l'article L. 114-20 du même code désigne par renvoi au livre des procédures fiscales, sans que le secret professionnel ne s'y oppose, les documents et informations nécessaires à l'exercice des missions de contrôle ou de recouvrement de prestations indûment versées qu'il définit. L'article L. 114-21 du code de la sécurité sociale dispose que l'organisme ayant usé de ce droit est tenu d'informer la personne à l'encontre de laquelle est prise la décision de supprimer le service d'une prestation ou de mettre des sommes en recouvrement " de la teneur et de l'origine des informations et documents obtenus auprès de tiers sur lesquels il s'est fondé pour prendre cette décision " et qu'il communique, avant la mise en recouvrement ou la suppression du service de la prestation, une copie de ces documents à la personne qui en fait la demande.
7. Il résulte de ces dispositions que les caisses d'allocations familiales, chargées du service du revenu de solidarité active, réalisent les contrôles relatifs à cette prestation d'aide sociale selon les règles, procédures et moyens d'investigation applicables aux prestations de sécurité sociale, au nombre desquels figurent le droit de communication instauré par l'article L. 114-19 du code de la sécurité sociale au bénéfice des organismes de sécurité sociale pour contrôler la sincérité et l'exactitude des déclarations souscrites ou l'authenticité des pièces produites en vue de l'attribution et du paiement des prestations qu'ils servent, ainsi que les garanties procédurales s'attachant, en vertu de l'article L. 114-21 du même code, à l'exercice de ce droit par un organisme de sécurité sociale. Il incombe ainsi à l'organisme ayant usé du droit de communication, avant la suppression du service de la prestation ou la mise en recouvrement, d'informer l'allocataire à l'encontre duquel est prise la décision de supprimer le droit au revenu de solidarité active ou de récupérer un indu de revenu de solidarité active, tant de la teneur que de l'origine des renseignements qu'il a obtenus de tiers par l'exercice de son droit de communication et sur lesquels il s'est fondé pour prendre sa décision. Cette obligation a pour objet de permettre à l'allocataire, notamment, de discuter utilement leur provenance ou de demander que les documents qui, le cas échéant, contiennent ces renseignements soient mis à sa disposition avant la récupération de l'indu ou la suppression du service de la prestation, afin qu'il puisse vérifier l'authenticité de ces documents et en discuter la teneur ou la portée. Les dispositions de l'article L. 114-21 du code de la sécurité sociale instituent ainsi une garantie au profit de l'intéressé. Toutefois, la méconnaissance de ces dispositions par l'organisme demeure sans conséquence sur le bien-fondé de la décision prise s'il est établi qu'eu égard à la teneur du renseignement, nécessairement connu de l'allocataire, celui-ci n'a pas été privé, du seul fait de l'absence d'information sur l'origine du renseignement, de cette garantie.
8. M. B soutient qu'il n'aurait pas été informé de la mise en œuvre par la CAF des Hauts-de-Seine du droit de communication prévu par les dispositions précitées. Il résulte toutefois de l'instruction, en particulier du rapport d'enquête établi le 14 septembre 2021 par un agent assermenté de la CAF, dont les mentions font foi jusqu'à preuve du contraire, que le requérant a été informé oralement de la mise en œuvre du droit de communication dévolu à la caisse. En outre, le rapport d'enquête mentionne les démarches réalisées, notamment les organismes contactés et les comptes bancaires consultés. S'il n'est pas établi que M. B aurait été informé de l'origine des renseignements obtenus par la caisse via l'exercice de son droit de communication, eu égard à la teneur des renseignements en cause, nécessairement connus de l'intéressé, celui-ci n'a pas été privé, du seul fait de l'absence d'information sur l'origine du renseignement, qu'il a eu, par ailleurs, la possibilité de solliciter auprès de l'agent de contrôle lors de ces échanges, de la garantie instituée par l'article L. 114-21 du code de la sécurité sociale. Par suite, le moyen tiré de l'illégalité de la décision en litige faute d'information sur la mise en œuvre des dispositions de l'article L. 114-21 du code de la sécurité sociale doit être écarté.
9. En troisième lieu, le requérant invoque une violation du principe du contradictoire et des droits de la défense dès lors qu'il n'a pas été mis à même de prendre connaissance du rapport d'enquête sur lequel se fonde la décision. Toutefois, aucune disposition législative ou réglementaire n'impose la communication à l'allocataire du rapport d'enquête rédigé par l'agent assermenté de l'organisme payeur. Au demeurant, il ressort du rapport d'enquête, dont les mentions, conformément à l'article L. 114-10 du code de la sécurité sociale, font foi jusqu'à preuve du contraire, que M. B a été informé de son droit de contester le rapport d'enquête et d'apporter toutes précisions, modifications ou rectifications, par tous moyens. De plus, il a accusé réception le 21 septembre 2021 d'une note synthétisant les principaux griefs de la CAF à son encontre, l'invitant à formuler sous dix jour des observations dans le cadre de la procédure contradictoire prévue avant toute décision d'indu. Enfin, il a pu faire valoir ses observations en exerçant le recours administratif préalable obligatoire, prévu par l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles, s'agissant du RSA. Par suite, le moyen invoqué par M. B tiré de la méconnaissance du respect du principe du contradictoire doit être écarté.
10. En quatrième lieu, selon le premier alinéa de l'article L. 114-10 du code de la sécurité sociale, dans sa rédaction applicable au litige : " Les directeurs des organismes de sécurité sociale confient à des agents chargés du contrôle, assermentés et agréés dans des conditions définies par arrêté du ministre chargé de la sécurité sociale, le soin de procéder à toutes vérifications ou enquêtes administratives concernant l'attribution des prestations et la tarification des accidents du travail et des maladies professionnelles. () Ces agents ont qualité pour dresser des procès-verbaux faisant foi jusqu'à preuve du contraire ". Les conditions d'agrément des agents des caisses d'allocations familiales exerçant une mission de contrôle sont définies par un arrêté du ministre de la santé et de la protection sociale et du ministre de la famille et de l'enfance du 30 juillet 2004, qui renvoie aux dispositions de l'article L. 243-9 du code de la sécurité sociale en ce qui concerne les conditions d'assermentation.
11. Il ressort des pièces du dossier que Mme D, agent de la CAF ayant procédé au contrôle de situation du requérant et dont les nom et prénom sont apposés en fin du rapport d'enquête du 14 septembre 2021, a prêté serment le 28 juin 2016 et a été agréée le 26 juillet 2017. Par suite, cet agent était habilité pour effectuer un contrôle de la situation du requérant. Le moyen tiré de l'irrégularité du contrôle résultant du défaut d'assermentation et d'agrément de l'agent de la caisse d'allocations familiales doit être écarté.
12. En dernier lieu et d'une part, aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. () ". L'article L. 262-3 du même code dispose que : " [] L'ensemble des ressources du foyer, y compris celles qui sont mentionnées à l'article L. 132-1, est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active [] ". Aux termes de l'article R. 262-6 du code de l'action sociale et des familles : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux. ".
13. Il résulte des dispositions précitées du code de l'action sociale et des familles que l'allocataire du revenu de solidarité active est tenu, à chaque nouveau trimestre, de déclarer auprès de l'organisme payeur de l'allocation l'ensemble de ses ressources, dès lors qu'elles ne figurent pas dans la liste de l'article R. 262-11 du même code, lequel énumère limitativement les prestations, indemnités ou allocations qui sont exclues des ressources à prendre en compte au titre de l'article R. 262-6 précité, et ce, quelle que soit leur origine, leur montant, leur appellation ou le régime de déclaration auquel elles sont soumises par une législation indépendante des dispositions du code de l'action sociale et des familles concernant le revenu de solidarité active (déclarations de revenu auprès de l'administration fiscale, auprès de Pôle emploi, etc.).
14. Il ressort des pièces du dossier que l'indu en litige résulte d'abord de ce que M. B a perçu des ressources qu'il n'a pas déclarées à la CAF. Il ressort ainsi du rapport d'enquête du 14 septembre 2021, établi par un contrôleur assermenté, que M. B a bénéficié de plusieurs virements de tiers depuis août 2018, pour les sommes de 994 euros en 2018, 2 507 euros en 2019 et 982 euros en 2020.Si le requérant soutient qu'il s'agit de gains de jeux, il ne conteste pas avoir perçu ces gains qui devaient nécessairement être pris en compte comme des ressources et donc entrer dans le calcul du RSA.
15. D'autre part, aux termes de l'article R. 262-5 du même code : " Pour l'application de l'article L. 262-2, est considérée comme résidant en France la personne qui y réside de façon permanente ou qui accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois. () En cas de séjour hors de France de plus de trois mois, l'allocation n'est versée que pour les seuls mois civils complets de présence sur le territoire ". Enfin, aux termes de l'article R. 262-37 du même code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ".
16. Il résulte de ces dispositions que, pour bénéficier de l'allocation de revenu de solidarité active, une personne doit résider en France de manière stable et effective. Pour apprécier si cette seconde condition est remplie, il y a lieu de tenir compte de son logement, de ses activités, ainsi que de toutes les circonstances particulières relatives à sa situation, parmi lesquelles le nombre, les motifs et la durée d'éventuels séjours à l'étranger et ses liens personnels et familiaux. Par ailleurs, la personne qui remplit les conditions pour bénéficier de l'allocation de revenu de solidarité active a droit, lorsqu'elle accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois, au versement sans interruption de cette allocation. En revanche, lorsque ses séjours à l'étranger excèdent cette durée de trois mois, le revenu de solidarité active ne lui est versé que pour les mois civils complets de présence en France. En toute hypothèse, le bénéficiaire du revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation, outre l'ensemble des ressources dont il dispose, sa situation familiale et tout changement en la matière, toutes informations relatives au lieu de sa résidence, ainsi qu'aux dates et motifs de ses séjours à l'étranger lorsque leur durée cumulée excède trois mois.
17. Il ressort des pièces du dossier que l'indu en litige résulte également de ce que M. B n'avait pas sa résidence permanente et effective en France sur la période en litige. Il ressort ainsi du rapport d'enquête du 14 septembre 2021, que M. B a séjourné en Belgique du 3 avril 2020 au 5 juin 2020, puis de manière permanente à compter du 5 août 2020 jusqu'à la date du contrôle. Si M. B, qui ne conteste ni la durée, ni la fréquence de ces séjours, soutient qu'il s'agit de simples séjours à l'étranger et que sa résidence principale s'est toujours trouvée en France, il n'apporte aucune pièce au soutien de son allégation.
18. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à soutenir que l'indu de RSA est entaché d'une erreur d'appréciation.
19. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 262-45 du code de l'action sociale et des familles : " L'action en vue du paiement du revenu de solidarité active se prescrit par deux ans. Cette prescription est également applicable, sauf en cas de fraude ou de fausse déclaration, à l'action intentée par l'organisme chargé du service du revenu de solidarité active ou le département en recouvrement des sommes indûment payées. / La prescription est interrompue par une des causes prévues par le code civil. L'interruption de la prescription peut, en outre, résulter de l'envoi d'une lettre recommandée avec demande d'avis de réception, quels qu'en aient été les modes de délivrance () ". Aux termes de l'article L. 2224 du code civil : " Les actions personnelles ou mobilières se prescrivent par cinq ans à compter du jour où le titulaire d'un droit a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant de l'exercer ".
20. Il résulte de ces dispositions que l'existence d'une fraude ou de fausses déclarations fait obstacle à l'application de la prescription biennale au profit de la prescription quinquennale de droit commun. Par ailleurs, si le délai de prescription court à compter du paiement de la prestation, l'existence d'une fraude ou de fausses déclarations est de nature à reporter, à la date de découverte de celles-ci, le point de départ de la prescription de l'action en répétition de l'indu. La notion de manœuvre frauduleuse ou de fausse déclaration doit s'entendre comme visant les inexactitudes ou omissions délibérément commises par l'allocataire dans l'exercice de son obligation déclarative.
21. Il résulte de ce qui a été dit aux points 14 et 17 que M. B a effectué délibérément de fausses déclarations, omettant de déclarer l'ensemble de ses ressources et se déclarant à intervalles réguliers domicilié en France, alors qu'il ne pouvait ignorer, compte tenu de la présentation de la déclaration trimestrielle de ressources, qui invite explicitement l'allocataire à faire état de ses changements de situation personnelle et de la perception de toutes ses ressources, quelles qu'en soit la nature, qu'il devait informer la CAF de ses séjours à l'étranger et des ressources dont il bénéficiait via son compte bancaire. Dans ces conditions, eu égard notamment à leur caractère répété, les omissions qui sont reprochées à M. B caractérisent des fausses déclarations, de nature à faire obstacle à ce qu'il puisse se prévaloir du caractère biennal de la prescription. Dès lors, l'action en recouvrement de l'indu de la CAF était soumise au délai de prescription quinquennal de droit commun. Par suite, à la date de la notification de sa décision d'indu de RSA, la dette de M. B, que la CAF des Hauts-de-Seine n'avait découvert qu'en septembre 2021, date du rapport de contrôle, et qui portait sur la période du 1er novembre 2018 au 31 juillet 2021, n'était pas prescrite.
22. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense, que les conclusions à fin d'annulation dirigées contre l'indu de RSA doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions du requérant à fin de décharge.
En ce qui concerne l'indu de prime exceptionnelle de fin d'année pour 2020 :
23. Aux termes de l'articles 6 du décret du 29 décembre 2020 portant attribution d'une aide exceptionnelle de fin d'année : " Tout paiement indu d'une aide exceptionnelle attribuée en application du présent décret est récupéré pour le compte de l'État par l'organisme chargé du service de celle-ci ". Aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active () ".
24. En premier lieu, aux termes de l'article R. 133-9-2 du code de la sécurité sociale : " L'action en recouvrement de prestations indues s'ouvre par l'envoi au débiteur par le directeur de l'organisme compétent d'une notification de payer le montant réclamé par tout moyen permettant de rapporter la preuve de sa date de réception. Cette lettre précise le motif, la nature et le montant des sommes réclamées et la date du ou des versements donnant lieu à répétition. Elle mentionne l'existence d'un délai de deux mois imparti au débiteur pour s'acquitter des sommes réclamées et les modalités selon lesquelles les indus de prestations pourront être récupérés, le cas échéant, par retenues sur les prestations à venir () ".
25. La décision par laquelle l'autorité administrative procède à la récupération de sommes indûment versées au titre des primes exceptionnelles est au nombre des décisions imposant une sujétion et doit, par suite, être motivée en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Il en résulte qu'une telle décision doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. A ce titre, l'autorité administrative doit faire figurer dans la motivation de sa décision la nature de la prestation et le montant des sommes réclamées, ainsi que le motif et la période sur laquelle porte la récupération. En revanche, elle n'est pas tenue d'indiquer dans cette décision les éléments servant au calcul du montant de l'indu.
26. Contrairement à ce que soutient M. B, il ressort des termes mêmes de la décision attaquée, qu'elle comporte l'ensemble des mentions requises, citées à l'article R. 133-9-2 du code de la sécurité sociale, tenant à la nature des prestations concernées, au montant réclamé, au motif et à la période sur laquelle porte la récupération. Le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
27. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci. / () ". Selon l'article L. 212-2 du même code : " Sont dispensés de la signature de leur auteur, dès lors qu'ils comportent ses prénom, nom et qualité ainsi que la mention du service auquel celui-ci appartient, les actes suivants : 1° Les décisions administratives qui sont notifiées au public par l'intermédiaire d'un téléservice conforme à l'article L. 112-9 et aux articles 9 à 12 de l'ordonnance n° 2005-1516 du 8 décembre 2005 relative aux échanges électroniques entre les usagers et les autorités administratives et entre les autorités administratives ainsi que les actes préparatoires à ces décisions () ".
28. Il résulte de l'instruction que la décision du 25 septembre 2021 d'une part, comporte l'indication des prénom, nom et qualité de son auteur, Mme C, directrice de la caisse d'allocations familiales des Hauts-de-Seine et, d'autre part, a été notifiée à M. B par l'intermédiaire du téléservice mis en œuvre par la caisse d'allocations familiales et était ainsi dispensée de comporter la signature manuscrite de son auteur. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration, inopérant, doit être écarté.
29. En dernier lieu, en application de l'article 3 du décret du 29 décembre 2020 visé ci-dessus, la prime exceptionnelle de fin d'année pour l'année 2020 est versée aux bénéficiaires du revenu de solidarité active qui perçoivent cette allocation pendant les mois de novembre ou décembre de l'année concernée.
30. En l'espèce, les droits de M. B à la prime exceptionnelle de fin d'année pour 2020 ont été ouverts du fait de ses droits au RSA pour l'année 2020. Toutefois, et comme il a déjà été dit précédemment aux points 14 et 17, M. B n'avait aucun droit au RSA pour l'année 2020, ce dont il a été informé par une décision du 22 septembre 2021. En tout état de cause, la circonstance que ne lui aurait pas été notifiée au préalable une décision de fin de droit du RSA est sans incidence sur la légalité d'une décision distincte portant sur un indu de prime exceptionnelle de fin d'année. En l'absence de droit au RSA, M. B n'avait aucun droit à la prime exceptionnelle de fin d'année. Par suite, la CAF est fondée à lui en réclamer le remboursement.
31. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense, que les conclusions à fin d'annulation relatives à la prime exceptionnelle de fin d'année pour 2020 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin de décharge.
En ce qui concerne l'indu d'aide exceptionnelle de solidarité :
32. Aux termes de l'articles 4 du décret du 5 mai 2020 portant attribution d'une aide exceptionnelle de solidarité : " Tout paiement indu de l'aide exceptionnelle de solidarité liée à la crise sanitaire attribuée en application du présent décret est récupéré pour le compte de l'État par l'organisme chargé du service de celle-ci. () ".
33. En premier lieu, il ressort des termes mêmes de la décision attaquée, qu'elle comporte l'ensemble des mentions requises prévues par l'article R. 133-9-2 du code de la sécurité sociale citées au point 24. Ainsi, la décision est suffisamment motivée.
34. En second lieu, en application de l'article 2 du décret du 5 mai 2020 portant attribution d'une aide exceptionnelle de solidarité visé ci-dessus, l'aide exceptionnelle de solidarité est versée aux bénéficiaires du revenu de solidarité active qui perçoivent cette allocation pendant le mois d'avril ou de mai 2020.
35. En l'espèce, les droits de M. B à l'aide exceptionnelle de solidarité ont été ouverts du fait de ses droits au RSA au titre des mois d'avril et mai 2020. Toutefois, et comme il a déjà été dit précédemment au point 30, M. B n'avait aucun droit au RSA pour l'année 2020. Le requérant n'avait dès lors aucun droit à l'aide exceptionnelle de solidarité. Si M. B soutient que la CAF aurait dû préalablement lui notifier une fin de droit au RSA, ce moyen est inopérant. Par suite, la CAF est fondée à réclamer le remboursement de l'indu d'aide exceptionnelle de solidarité à M. B.
36. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense, que les conclusions à fin d'annulation de M. B doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin de décharge.
Sur les frais liés au litige :
37. Le présent jugement rejetant l'ensemble des conclusions présentées par M. B, ses conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne pourront par voie de conséquence qu'être rejetées.
Par ces motifs, le tribunal décide :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2: Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Moutoussamy au département des Hauts-de-Seine et à la ministre du travail, de la santé et des solidarités
Copie sera adressée à la caisse d'allocations familiales des Hauts-de-Seine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 août 2024.
La magistrate désignée,
Signé
M. MonteagleLa greffière,
Signé
C. Mas
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités et au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition
La greffière
No 2308494
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026