Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2308699

vendredi 16 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2308699
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 juin 2023, Mme B A demande au tribunal d'annuler la décision du 6 avril 2023 en tant que le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans, ensemble la décision rejetant son recours gracieux.

Elle soutient que :

- la décision de refus de délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans est entachée d'une erreur de fait dès lors que contrairement à ce que le préfet a retenu, elle possède le diplôme Dalf C1 ;

- elle est entachée d'une erreur de fait dès lors que titulaire d'un contrat à durée indéterminée, elle dispose d'un salaire mensuelle stable contrairement à ce qu'a retenu le préfet ;

- le préfet n'a pas procédé à l'examen sérieux de sa situation personnelle avant de prendre cette décision.

Par un mémoire en défense du 20 septembre 2023, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable faute d'avoir été présentée dans le délai de recours contentieux et en l'absence de preuve du dépôt d'un recours gracieux ;

- aucun des moyens invoqués n'est fondé.

Par une ordonnance du 13 novembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 13 décembre 2023.

Un mémoire produit par le préfet des Hauts-de-Seine a été enregistré le 9 janvier 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Cuisinier-Heissler a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, ressortissante algérienne, née le 15 décembre 1992, a demandé le 10 février 2023 la délivrance d'une carte de résident d'une durée de dix ans. Par une décision du 6 avril 2023, le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans au motif qu'elle ne justifie pas d'un diplôme ou d'une certification permettant d'attester de la maîtrise du français à un niveau au moins égal au niveau A2 du cadre européen commun de référence pour les langues et que ses ressources sont insuffisantes, instables et/ou irrégulières sur les trois dernières années, et lui a accordé un certificat de résidence algérien d'une durée d'un an. Par la présente requête, l'intéressée doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler la décision du 6 avril 2023 en tant qu'elle lui refuse une carte de résident d'une validité de dix ans, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux.

2. Aux termes de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 susvisé : " Les ressortissants algériens visés à l'article 7 peuvent obtenir un certificat de résidence de dix ans s'ils justifient d'une résidence ininterrompue en France de trois années. / Il est statué sur leur demande en tenant compte des moyens d'existence dont ils peuvent faire état, parmi lesquels les conditions de leur activité professionnelle et, le cas échéant, des justifications qu'ils peuvent invoquer à l'appui de leur demande ". Il résulte de ces stipulations qu'il appartient au ressortissant algérien qui demande la délivrance d'un certificat de résidence de dix ans, après avoir démontré entrer dans l'un des cas visés à l'article 7 de l'accord franco-algérien, d'établir, d'une part, la permanence et l'effectivité de sa résidence en France depuis trois ans, et, d'autre part, de justifier de ses moyens d'existence et notamment des conditions d'exercice de son activité professionnelle.

3. Il résulte de ce qui précède que le motif tiré de ce que l'intéressée ne serait pas titulaire d'un diplôme ou d'une certification permettant d'attester de la maîtrise du français à un niveau au moins égal au niveau A2 du cadre européen commun de référence pour les langues est entaché d'erreur de droit. Mais le préfet des Hauts-de-Seine s'est également fondé pour rejeter la demande de Mme A sur un autre motif tiré de l'absence de ressources suffisantes, stables et régulières sur les trois dernières années. Si Mme A a transmis trois fiches de paie de janvier à mars 2023 ainsi qu'une attestation de son employeur, ces éléments sont insuffisants pour apprécier la stabilité, la régularité et le niveau suffisant de ses ressources sur les trois dernières années. Ainsi, Mme A n'est pas fondée à soutenir que le préfet des Hauts-de-Seine a commis une erreur de fait en rejetant sa demande au motif que ses ressources sont insuffisantes, instables et / ou irrégulières. Enfin, il résulte de l'instruction que le préfet des Hauts-de-Seine aurait pris les mêmes décisions s'il s'était fondé seulement sur ce motif.

4. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet des Hauts-de-Seine n'aurait pas procédé à l'examen particulier de la situation personnelle de l'intéressée avant de prendre la décision en litige.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense, que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 6 avril 2023 en tant qu'elle a refusé à Mme A la délivrance d'une carte de résident d'une durée de dix ans, ensemble la décision de rejet de son recours gracieux doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 24 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Bertoncini, président,

M. Amazouz, premier conseiller,

Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 février 2024.

La rapporteure,

S. Cuisinier-HeisslerLe président,

T. BertonciniLa greffière,

M. C

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2308699