Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2308808
jeudi 4 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2308808 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 9ème Chambre |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 28 juin et 29 juin 2023, Mme A B, représentée par Me Bilongo Nsanda, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 31 mai 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de son renvoi ;
2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, et sous astreinte de 50 euros par jour de retard, et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour ;
3°) mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- la décision est insuffisamment motivée ;
- la décision est entachée d'un défaut de base légale et d'une erreur de droit, dès lors qu'elle bénéficie d'un titre de séjour italien en cours de validité, qu'elle bénéficie d'un droit à remise aux autorités de l'État membre concerné au titre de l'article L. 621-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et qu'elle n'est pas soumise à l'obligation de déclaration d'entrée en application du 2° de l'article R. 621-4 du code précité ;
- elle n'entre pas dans le champ d'application de l'article L. 611-1 de ce code dès lors qu'elle est entrée en situation régulière et qu'elle est en possession d'un titre de séjour en cours de validité l'autorisant à séjourner régulièrement en France.
En ce qui concerne la décision portant le pays de son renvoi :
- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation, dès lors que le préfet n'a pas choisi le pays pour lequel elle possède un titre de séjour en cours de validité.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 septembre 2023, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête et produit les pièces constitutives du dossier.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-ivoirien du 21 septembre 1992 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement, sur proposition de la rapporteure publique, a dispensé cette dernière de présenter des conclusions sur cette affaire en application des dispositions de l'article R. 732-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendue au cours de l'audience publique, le rapport de M. Jacquelin, conseiller.
La clôture de l'instruction a été prononcée le 6 novembre 2023 à 12h.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante ivoirienne née le 28 décembre 1983 à Gadouan, est entrée en France le 10 janvier 2020 selon ses déclarations. Elle a sollicité son admission exceptionnelle au séjour au titre du travail en application de l'article 5 de la convention franco-ivoirienne du 21 septembre 1992. Par l'arrêté litigieux du 31 mai 2023, le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de son renvoi.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier ni des termes de l'arrêté litigieux que le préfet du Val-d'Oise n'aurait pas procédé à un examen sérieux et complet de la situation de la requérante avant de se prononcer sur sa demande. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen de la situation de la requérante doit être écarté.
En ce qui concerne la décision d'obligation de quitter le territoire français :
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 dudit code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
4. L'arrêté contesté comporte les considérations de droit et de fait constituant le fondement de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Après avoir rappelé les textes dont le préfet a fait application, l'arrêté énonce les éléments de fait relatifs à la situation personnelle et familiale de Mme B, qu'elle a indiquées dans sa fiche de renseignements signée de sa part, notamment l'absence de titre de séjour français ou d'une autre nationalité. Par suite, contrairement à ce que fait valoir l'intéressée, et alors même que les motifs de l'arrêté attaqué ne reprennent pas l'ensemble des éléments caractérisant sa situation, la décision litigieuse répond aux exigences de motivation posées par les dispositions citées au point précédent. Le moyen tiré du défaut de motivation doit, dès lors, être écarté.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ". Aux termes de l'article L. 621-1 du même code : " Par dérogation () à la décision portant obligation de quitter le territoire français prévue à l'article L. 611-1 (), l'étranger peut être remis, en application des conventions internationales ou du droit de l'Union européenne, aux autorités compétentes d'un autre État, lorsqu'il se trouve dans l'un des cas prévus aux articles L. 621-2 à L. 621-7. () ". Aux termes de l'article L. 621-4 du même code : " Peut faire l'objet d'une décision de remise aux autorités compétentes d'un Etat membre de l'Union européenne l'étranger, détenteur d'un titre de résident de longue durée - UE en cours de validité accordé par cet Etat, en séjour irrégulier sur le territoire français. () ". Aux termes de l'article R. 621-4 du même code : " N'est pas astreint à la déclaration d'entrée sur le territoire français l'étranger qui se trouve dans l'une des situations suivantes : () 2° Est titulaire d'un titre de séjour en cours de validité, d'une durée supérieure ou égale à un an, délivré par un Etat partie à la convention signée à Schengen le 19 juin 1990 ; toutefois un arrêté du ministre chargé de l'immigration peut désigner les étrangers titulaires d'un tel titre qui demeurent astreints à la déclaration d'entrée. "
6. Le champ d'application des mesures obligeant un étranger à quitter le territoire français et celui des mesures de remise d'un étranger à un autre Etat ne sont pas exclusifs l'un de l'autre, le législateur n'ayant pas donné à l'une de ces procédures un caractère prioritaire par rapport à l'autre. Il s'ensuit que, lorsque l'autorité administrative envisage une mesure d'éloignement à l'encontre d'un étranger dont la situation entre dans le champ d'application des dispositions des articles L. 621-1 et L. 621-4 à L. 621-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, elle peut légalement soit le remettre aux autorités compétentes de l'État membre de l'Union européenne ou partie à la convention d'application de l'accord de Schengen d'où il provient, sur le fondement de ces articles, soit l'obliger à quitter le territoire français sur le fondement de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, si l'étranger demande à être éloigné vers l'Etat membre de l'Union Européenne ou partie à la convention d'application de l'accord de Schengen d'où il provient, ou s'il est résident de longue durée dans un Etat membre ou titulaire d'une " carte bleue européenne " délivrée par un tel Etat, il appartient au préfet d'examiner s'il y a lieu de reconduire en priorité l'étranger vers cet Etat ou de le réadmettre dans cet État.
7. Il ressort des pièces du dossier que l'intéressée dispose d'un titre de séjour italien relatif à la protection subsidiaire, valable du 26 juin 2019 au 13 mai 2024, mais ne possède ni " carte bleue européenne " ni de " titre résident de longue durée - UE ". Dans ces conditions, il n'appartient pas au préfet d'examiner s'il y a lieu de reconduire en priorité l'étranger vers cet État ou de le réadmettre dans cet État. Par ailleurs, l'intéressée ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article R. 621-4 2°, dès lors qu'il ne concerne pas les décisions d'obligation de quitter le territoire français. En tout état de cause, il ne ressort pas non plus des pièces du dossier, que l'intéressée ait évoqué posséder un titre de séjour italien auprès des services de préfecture, ni qu'elle ait demandé à être éloignée vers l'État membre d'où elle provient. Dès lors, dans ces circonstances, le préfet n'a pas fait une inexacte application des articles L. 621-1 à L. 621-7, L. 611-1 et R. 621-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Les moyens tirés du défaut de base légale et de l'erreur de droit, doivent être écartés.
8. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 531-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont se prévaut la requérante dans sa version antérieure au 1er mai 2021, codifié à la date de la décision attaquée à l'article R. 621-1: " L'autorité administrative compétente pour prendre la décision de remise en application des articles L. 621-1 à L. 621-7 est le préfet de département et, à Paris, le préfet de police. ", puis l'article R.622-1 du même code : " L'autorité administrative compétente pour assortir, en application de l'article L. 622-1, une décision de remise d'une interdiction de circulation sur le territoire français est le préfet de département et, à Paris, le préfet de police ".
9. Il ressort des pièces du dossier, pour les mêmes raisons que celles énoncées au point 7, que la requérante ne peut utilement se prévaloir des dispositions des articles R. 621-1 et R. 622-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du champ d'application de l'article R. 531-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, codifié depuis le 1er mai 2021 aux articles R. 621-1 et R. 622-1, doit être écarté.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de son renvoi :
10. Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi :
1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ;
2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ;
3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. ()".
11. Il ressort de la décision attaquée que la requérante pourra être reconduite d'office à la frontière à destination du pays dont elle a la nationalité ou, avec son accord, à destination d'un autre pays dans lequel elle est légalement admissible. Dès lors, le préfet n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation. Ce moyen doit être écarté.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 19 mars 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Le Griel, présidente ;
M. Jacquelin, premier conseiller ;
Mme Debourg, conseillère ;
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 avril 2024.
Le rapporteur,
signé
G. Jacquelin
La présidente,
signé
H. Le Griel
La greffière,
signé
E. Pradel
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour ampliation, la greffière.
N°2308808
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