Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2309012

mardi 14 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2309012
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation10ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires complémentaires enregistrés les 3 juillet 2023, 22 décembre 2023 et 15 avril 2024, Mme B D, représentée par Me Lenormand, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 31 mai 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui renouveler son titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer prioritairement un titre de séjour pluriannuel portant la mention " vie privée et familiale ", ou un titre de séjour pluriannuel portant la mention " salarié ", ou, à tout le moins, un titre de séjour d'un an portant la mention " vie privée et familiale ", et, à titre subsidiaire de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de renouvellement de son titre de séjour :

- cette décision est insuffisamment motivée et procède d'un défaut d'examen particulier de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle procède d'une erreur manifeste d'appréciation, d'une erreur de qualification juridique des faits et méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet a omis de statuer sur la possibilité de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale pour être fondée sur une décision portant refus de renouvellement de son titre de séjour elle-même illégale ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et familiale.

En ce qui concerne la décision n'accordant un délai de départ volontaire que de trente jours :

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- elle est manifestement inadaptée à sa situation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 mars 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au non-lieu à statuer sur la requête.

Il fait valoir que la requête est devenue sans objet, dès lors qu'un titre de séjour, valable du 6 décembre 2023 au 5 décembre 2024 a été délivré à la requérante.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a décidé de dispenser le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 3 avril 2024 :

- le rapport de Mme Charlery ;

- les conclusions de M. Belhadj, rapporteur public ;

- et les observations de Me Lenormand, représentant Mme D.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, ressortissante béninoise née le 24 avril 1994, est entrée en France le 31 août 2015 sous-couvert d'un visa de long séjour valant titre de séjour étudiant et a été mise en possession de titres de séjour dont le dernier expirait le 26 septembre 2021. Elle a sollicité le 24 décembre 2021 le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement des dispositions des articles L. 422-1 à L. 422-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 9 février 2022, le préfet du Val-d'Oise a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par un jugement n°2203261 du 21 octobre 2022, le présent tribunal a annulé cet arrêté. A l'occasion du réexamen de sa situation, Mme D a sollicité le 2 janvier 2023 la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 31 mai 2023, le préfet du Val-d'Oise a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par une ordonnance n°2309006 du 19 juillet 2023, le juge des référés de ce tribunal a suspendu l'exécution de cet arrêté et a enjoint, notamment, au préfet du Val-d'Oise de réexaminer la situation de Mme D. Par la présente requête, Mme D demande l'annulation de l'arrêté du 31 mai 2023 portant refus de renouvellement de son titre de séjour, obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays d'éloignement.

Sur l'exception de non-lieu à statuer opposée par le préfet du Val-d'Oise :

2. Le préfet du Val-d'Oise fait valoir qu'il n'y a plus lieu de statuer sur la requête de Mme D, dès lors que, postérieurement à l'enregistrement de sa requête, un titre de séjour séjour portant la mention " salarié ", lui a été délivré, d'une durée de validité s'étendant du 6 décembre 2023 au 5 décembre 2024, lequel a pour effet d'abroger l'arrêté attaqué. En réponse, la requérante s'oppose à l'exception de non-lieu à statuer au motif que le titre de séjour délivré ne correspond pas à sa demande et sollicite la délivrance d'un titre de séjour pluriannuel portant la mention " vie privée et familiale ".

3. Toutefois, le titre de séjour délivré, alors même qu'il ne correspond pas à la demande initiale de l'intéressée, régularise sa situation au regard de son droit au séjour en France dans les mêmes conditions que le titre de séjour sollicité et emporte des effets au moins équivalents à ceux du titre de séjour dont elle avait demandé la délivrance. Par ailleurs, la délivrance d'un titre de séjour à l'intéressée a eu pour effet d'abroger les décisions portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination. Par suite, les conclusions aux fins d'annulation présentées par Mme D sont devenues sans objet. Il n'y a plus lieu d'y statuer.

4. Par voie de conséquence, il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'injonction présentées par Mme D.

Sur les frais liés à l'instance :

5. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État, partie perdante dans la présente instance, la somme de 1 000 euros à verser à Mme D en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er: Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction de la requête de Mme D.

Article 2 : L'État versera à Mme D une somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme D est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 24 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Ouillon, président ;

Mme Charlery, première conseillère ;

M. Jacquelin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 mai 2024

La rapporteure,

signé

C. Charlery

Le président,

signé

S. Ouillon seur le plus ancien,

signé

M. ALa présidente,

signé

C. Bories La greffière,

signé

M. C

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise ce qui le concerne ou à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.