Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2309017

vendredi 23 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2309017
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation6ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 3 juillet 2023 et 19 janvier 2024, Mme H B, représentée par Me Osmont, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 31 mai 2023 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de réexaminer sa situation dans un délai de trois mois et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de quinze jours, à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de procéder à la suppression de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est entachée d'incompétence ;

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- est entachée d'une erreur de droit ;

- est entachée d'une erreur de fait ;

- méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à sa situation personnelle ;

La décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- est entachée d'incompétence ;

- n'est pas motivée ;

- est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 janvier 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête et fait valoir que les moyens ne sont pas fondés.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 2 octobre 2023.

Vu :

- les décisions attaquées ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Garona, première conseillère,

- et les observations de Me Osmont, pour Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme H B, ressortissante ivoirienne, née le 25 mai 2003, déclare être entrée irrégulièrement en France au mois d'octobre 2019. Elle a été confiée provisoirement à l'aide sociale à l'enfance. Par un premier arrêté du 18 février 2019 du préfet de la Meuse, elle a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français. Le 15 avril 2021, elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté attaqué du 31 mai 2023, le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Par une décision du 2 octobre 2023, le bureau d'aide juridictionnelle a accordé à Mme B le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, ses conclusions tendant à son admission provisoire à l'aide juridictionnelle sont devenues sans objet.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, par un arrêté PCI n° 2023-042 du 25 mai 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture des Hauts-de-Seine du 30 mai 2023, M. G E, attaché d'administration de l'État, adjoint au chef du bureau des examens spécialisés et de l'éloignement, disposait d'une délégation de signature à cette fin, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme F C, directrice des migrations et de l'intégration et de Mme D A, chef du bureau. En outre, il n'est ni établi ni même allégué que celles-ci n'étaient ni absentes, ni empêchées à la date de l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte, qui manque en fait, doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. (). ". Aux termes de l'article L. 611-1 du même code : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () ; / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () ".

5. L'arrêté attaqué énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles se fonde la décision portant refus de titre de séjour, dès lors que cette dernière vise les dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et indique que la requérante, qui s'est prévalu de plusieurs identités, n'apporte pas la preuve de son état civil. En vertu des dispositions précitées, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit dès lors être écarté.

6. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet des Hauts-de-Seine se serait abstenu d'un examen particulier de la situation de la requérante.

7. En quatrième lieu, le moyen tiré de l'erreur de droit n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.

8. En cinquième lieu, si Mme B soutient que la décision est entachée d'erreurs de fait dès lors que, contrairement à ce qu'indique le préfet des Hauts-de-Seine, elle n'a plus d'attache dans son pays d'origine et a apporté la preuve de son état civil, ces circonstances ne constituent pas le fondement de la décision portant obligation de quitter le territoire français mais celui de la décision portant refus de titre de séjour. En tout état de cause, d'une part, il ressort de la fiche de renseignement versée en défense que la requérante a déclaré que sa mère et ses deux frères résidaient en Côte-d'Ivoire. D'autre part, l'état civil de la requérante est contesté par le préfet qui se fonde sur le rapport de la police aux frontières du 24 mars 2020, qui rend un avis défavorable en raison du caractère non recevable de ce document, au demeurant non critiqué par l'intéressée. Par suite, le moyen doit être écarté.

9. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

10. Si Mme B se prévaut de son entrée sur le territoire français en 2019, de ce qu'elle suit avec assiduité un certificat d'aptitude professionnelle (CAP) de vente et de ce qu'elle travaille en tant qu'apprentie vendeuse en boulangerie, il ressort toutefois des pièces du dossier que, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, et notamment de la durée et des conditions de séjour en France de Mme B, qui est célibataire et sans charge de famille et qui ne démontre pas être dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine, la Côte-d'Ivoire, dans lequel elle a vécu la majeure partie de sa vie et où résident encore sa mère et ses deux frères, la décision attaquée n'a pas porté au droit de l'intéressée au respect de sa vie familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'ont pas été méconnues.

11. En dernier, pour les mêmes motifs, la décision n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

12. En premier lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 3, le moyen tiré de l'incompétence doit être écarté.

13. En deuxième lieu, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français vise les dispositions de l'article L. 612-8 et L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne la durée de présence en France de l'intéressée de trois ans et huit mois, de ce qu'elle est célibataire, sans enfant et ne dispose pas d'attaches intenses sur le territoire. Par suite, le moyen tiré de l'absence de motivation doit être écarté.

14. En dernier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, il n'y a pas lieu d'annuler par voie de conséquence la décision portant interdiction de retour sur le territoire français.

15. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 31 juillet 2023 doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

16. L'exécution du présent jugement n'implique aucune mesure d'injonction. Par suite, de telles conclusions doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme que demande Mme B soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante. Les conclusions présentées à ce titre par la requérante doivent, par suite, être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de Mme B tendant à son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme H B et au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 2 février 2024, à laquelle siégeaient :

M. Buisson, président,

Mme Garona, première conseillère,

M. Ausseil, conseiller,

Assistés par Mme Pradeau, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 février 2024.

La rapporteure,

signé

E. Garona

Le président,

signé

L. Buisson

La greffière,

signé

A. Pradeau

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.