Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2309035

mercredi 10 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2309035
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation10ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 juillet 2023, M. C E, représenté par Me Semara Ben Mansour, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 juin 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " ou " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'une erreur de droit, d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et familiale.

En ce qui concerne la décision fixant le pays d'éloignement :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Le préfet du Val-d'Oise a produit des pièces, enregistrées le 2 janvier 2024.

Par une ordonnance du 1er décembre 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 8 janvier 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Ouillon, président-rapporteur ;

- les conclusions de M. Belhadj, rapporteur public ;

- et les observations de Me Semara Ben Mansour représentant M. E.

Considérant ce qui suit :

1. M. E, ressortissant malien né le 31 décembre 1992, serait entré en France au mois de décembre 2015 selon ses déclarations. Il a sollicité le 17 juin 2021 son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 8 juin 2023 dont il demande l'annulation, le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays d'éloignement.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

2. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. / Les modalités d'application du présent article sont définies par décret en Conseil d'Etat. ".

3. M. E soutient être entré en France au mois de décembre 2015, y résider depuis lors et y être inséré notamment professionnellement. Toutefois, d'une part, la circonstance qu'il résiderait sur le territoire français depuis cette date est en elle-même insuffisante pour prétendre à une admission exceptionnelle au séjour. En tout état de cause, le requérant ne démontre pas sa présence en France depuis 2015, en particulier au cours des années 2015 à 2017. D'autre part, si l'intéressé a sollicité son admission exceptionnelle au séjour au titre de son activité professionnelle, il ne démontre pas, par les pièces produites, travailler de manière interrompue depuis 2017, notamment sous l'identité d'emprunt de M. B, la seule attestation de la société Leader Interim 7576 du 30 juin 2023, soit postérieure à la décision en litige, est insuffisante pour l'établir. Il n'apporte pas davantage la preuve qu'il exerce une activité professionnelle à la date de la décision attaquée. Par ailleurs, l'attestation du 3 juillet 2023 de Mme A, ressortissante sénégalaise séjournant régulièrement en France sous-couvert d'une carte pluriannuelle valable jusqu'au 30 juin 2023 mentionnant être en couple depuis quelques mois avec l'intéressé est insuffisante pour justifier d'une admission exceptionnelle au séjour au titre de la vie privée et familiale alors qu'il ressort de l'arrêté en litige que M. E est célibataire sans charge de famille et n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où résident ses deux enfants mineurs, sa fratrie et où il a vécu au moins jusqu'à l'âge de 23 ans. Enfin, ce dernier ne peut utilement se prévaloir des termes de la circulaire du 28 novembre 2012, laquelle ne contient pas de lignes directrices invocables devant le juge de l'excès de pouvoir. Dans ces conditions, le préfet n'a commis ni erreur de droit ni une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation au regard des dispositions précitées. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, la décision refusant à M. E un titre de séjour n'étant pas illégale, le moyen dirigé contre la décision portant obligation de quitter le territoire français, soulevé par la voie de l'exception d'illégalité, ne peut qu'être écarté.

5. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 3, les moyens tirés de la méconnaissance des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision portant refus de titre de séjour sur sa situation personnelle doivent être écartés.

Sur la décision fixant le pays d'éloignement :

7. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, le moyen dirigé contre la décision fixant le pays d'éloignement, soulevé par la voie de l'exception d'illégalité, ne peut qu'être écarté.

8. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

9. Si M. E soutient qu'il craint d'être exposé en cas de retour dans son pays d'origine à des risques pour sa vie, il n'apporte aucun élément précis et circonstancié permettant d'établir qu'il serait personnellement exposé à des risques de traitements inhumains ou dégradants en cas de retour au Mali.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. E, y compris les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles fondées sur l'article L. 761-1 du code de justice administrative doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C E et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 20 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Ouillon, président,

Mme D, première conseiller ;

Mme Richard, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 avril 2024

Le président-rapporteur,

signé

S. Ouillon

L'assesseure la plus ancienne,

signé

C. D La greffière,

signé

M-J. Ambroise

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise ce qui le concerne ou à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.