Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2309120

mardi 14 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2309120
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation10ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées le 5 juillet 2023 et le 27 décembre 2023, M. A, représenté par Me Boukhari, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 21 juin 2023, par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " étudiant ", dans le délai d'un mois courant à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

S'agissant de la décision lui refusant un titre de séjour :

- cette décision est insuffisamment motivée et procède d'un examen insuffisant de sa situation ;

- elle est entachée d'erreur de droit pour être exclusivement fondée sur l'accord franco-tunisien et sur les articles L. 422-1 et L. 422-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors qu'elle relevait de l'article L. 435-1 du code précité ;

- elle méconnait l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle procède d'une erreur d'appréciation de sa situation ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est illégale pour être fondée sur une décision lui refusant un titre de séjour elle-même illégale ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- cette décision est illégale pour être fondée sur une décision lui refusant un titre de séjour elle-même illégale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 avril 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête et se borne à communiquer les pièces du dossier.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'Accord franco-tunisien du 28 avril 2008 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Charlery, rapporteure ;

- les observations de Me Boukhari représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant tunisien né le 13 juin 2004, est entré en France le 21 mars 2019 muni d'un visa Schengen valable du 10 mars 2019 au 10 mai 2019. Le 27 février 2023, il a sollicité un titre de séjour sur le fondement des dispositions des articles L. 422-1 et L. 422-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 7 quater de l'accord franco-tunisien. Par arrêté du 21 juin 2023, le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays d'éloignement. M. A sollicite l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Il ressort des pièces du dossier que l'intéressé, entré en France à l'âge de 15 ans, le 21 mars 2019 sous couvert d'un visa Schengen valable du 10 mars au 10 mai 2019, a été scolarisé à partir de la rentrée 2019, au collège Pierre Curie à Goussainville, en classe de quatrième UPE2A dans le dispositif pour les élèves nouvellement arrivés et a intégré la classe de troisième au cours de l'année 2019/2020, avant d'obtenir le diplôme national du brevet en juillet 2020 et de poursuivre sa scolarité en seconde, première et terminale au lycée professionnel Jean Mermoz de Montsoult, à partir de la rentrée scolaire de septembre 2020, jusqu'à l'obtention d'un baccalauréat professionnel à la session 2023 de ce diplôme. Par ailleurs, les bulletins scolaires versés à l'instance soulignent le sérieux et la qualité du travail scolaire et académique de l'intéressé. Il a, par la suite, été inscrit pour l'année 2023-2024 dans un cursus professionnel supérieur de brevet de technicien supérieur (BTS) conception et réalisation de systèmes automatiques au lycée polyvalent Gustave Monod d'Enghien-Les-Bains dans le cadre duquel il s'est vu proposer une promesse d'embauche en vue d'un contrat d'apprentissage signée le 29 juin 2023 avec la société SMA. Dans ces conditions, et alors qu'il ressort des pièces du dossier que M. A a été scolarisé en France depuis l'âge de quinze ans après être entré régulièrement sur le territoire, est engagé dans un parcours de réussite scolaire, et qui atteste par ailleurs de son intégration dans la société française, il est fondé à soutenir que le préfet du Val-d'Oise, en lui refusant la délivrance du titre de séjour sollicité, a entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

3. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 21 juin 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise lui a refusé le titre de séjour sollicité, a édicté à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

4. Compte tenu du motif d'annulation retenu, il y a lieu d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise, ou au préfet territorialement compétent, sous réserve de modification des circonstances de droit comme de fait dans la situation personnelle de l'intéressé, de délivrer à M. A le titre de séjour demandé, dans un délai de deux mois courant à compter de la notification du présent jugement, et de le munir, dans l'attente, d'une autorisation provisoire de séjour. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

5. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser au requérant sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 21 juin 2023 du préfet du Val-d'Oise est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Val-d'Oise, ou au préfet territorialement compétent, de délivrer à M. A, sous la réserve mentionnée au point 4, un titre de séjour temporaire portant la mention " étudiant ", dans le délai de deux mois courant à compter de la notification du présent jugement et de le munir, dans l'attente, d'une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : L'Etat versera à M. A la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 24 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Ouillon, président,

Mme Charlery, première conseillère,

M. Jacquelin, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 mai 2024.

La rapporteure,

signé

C. Charlery

Le président,

signé

S. OuillonLa greffière,

signé

M-J. Ambroise

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2309120