Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2309268

mardi 4 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2309268
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantCLL AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 juillet 2023 sous le n° 2309268, Mme et M. E et Dominique D demandent au juge des référés :

1°) d'ordonner une expertise, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative afin d'évaluer l'ampleur et les causes des nuisances sonores occasionnées à leur propriété sis 17 rue Berlioz à Sceaux (92330) par le site sportif et de loisirs les Blagis ;

2°) d'enjoindre à l'expert le dépôt d'un pré-rapport ;

3°) de réserver les dépens.

Ils soutiennent que :

- ils sont propriétaires d'une maison sis 17 rue Berlioz à Sceaux (92330) à proximité immédiate d'un site sportif et de loisirs qui a été rénové ;

- deux rapports acoustiques ont relevé des dépassements de valeur limite d'émergence ;

- les demandes d'expertise acoustiques sont recevables devant le juge administratif ;

- la mesure d'expertise est utile dès lors qu'elle doit permettre de contraindre le maire à faire respecter les atteintes à la tranquillité publique et garantir leur droit de jouir sereinement de leur propriété, mais aussi de déterminer la cause des désordres, préconiser une solution pour y mettre un terme et établir les responsabilités.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 août 2023, la commune de Sceaux, représentée par Me Gauch, ne s'oppose pas à la demande d'expert, formule les protestations et réserves d'usage et demande au juge des référés :

1°) de mettre en cause la société Engasser et associés, maître d'œuvre de travaux de rénovation qui ont eu lieu de 2019 à 2020 ;

2°) de compléter la mission de l'expert.

Par un mémoire enregistré le 2 mai 2024, Mme et M. D maintiennent leur conclusion et ne s'opposent pas à la mise en cause de la société Engasser et associés.

La requête a été communiquée à la société Engasser et associés qui n'a pas produit d'observations.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné M. Beaufaÿs, premier vice-président du tribunal, pour statuer sur les demandes de référés.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'expertise :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. / Il peut notamment charger un expert de procéder, lors de l'exécution de travaux publics, à toutes constatations relatives à l'état des immeubles susceptibles d'être affectés par des dommages ainsi qu'aux causes et à l'étendue des dommages qui surviendraient effectivement pendant la durée de sa mission () ".

2. Il résulte de l'instruction que Mme et M. D sont propriétaires d'une maison située à proximité immédiate du site sportif et de loisirs des Blagis, appartenant à la commune de Sceaux. Les requérants contestent les conditions et les résultats d'une étude acoustique effectuée à la demande de la commune qui établit toutefois des dépassements de valeurs réglementaires le week end en particulier le dimanche. La mesure d'expertise demandée par Mme et M. D, n'étant pas contestée et présentant un caractère utile, entre dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. En revanche, l'établissement d'une chronologie des constructions ou des états descriptifs de nuisances visuelles n'apparaît pas utile dans le cadre d'une expertise portant sur la détermination de désordres purement acoustiques. Il y a lieu de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.

Sur les réserves exprimées :

3. Il n'appartient pas au juge des référés statuant sur le fondement des dispositions citées au point 1 de donner acte de protestations ou de réserves. Les conclusions présentées en ce sens ne peuvent qu'être rejetées.

Sur la participation aux opérations d'expertise :

4. La mise en cause d'une partie dans une expertise, simple mesure d'instruction ordonnée avant tout procès, ne préjuge aucunement de l'existence et de l'étendue des responsabilités des parties. Il y a donc lieu, de faire participer aux opérations d'expertise la société Engasser et associés. Il appartiendra, le cas échéant, à l'expert, de demander sa mise hors de cause s'il juge sa présence inutile dans les opérations d'expertise.

Sur le dépôt d'un pré-rapport :

5. Aucune disposition du code de justice administrative ni aucun principe général du droit ne fait obligation à l'expert d'établir un pré-rapport. L'expert, dans la conduite des opérations de l'expertise qui lui est confiée et dont il définit librement les modalités pratiques, de concert avec les parties, ne saurait se voir soumis à d'autres obligations que celles issues du principe du contradictoire. L'établissement d'un pré-rapport adressé aux parties en vue de recueillir leurs éventuelles observations ne constitue donc qu'une modalité opérationnelle de l'expertise dont il appartient à l'expert d'apprécier la nécessité d'y recourir. Il suit de là que les conclusions de Mme et M. D tendant à ce que l'expert établisse un pré-rapport communicable aux parties ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les dépens :

6. Aux termes de l'article R. 761-4 du code de justice administrative : " La liquidation des dépens, y compris celle des frais et honoraires d'expertise () est faite par ordonnance du président de la juridiction, () ".

7. Il ressort de ces dispositions, que, dans le cas d'une expertise ordonnée en référé, il appartient au seul président du Tribunal de désigner, par ordonnance, la partie qui assumera la charge des frais et honoraires en application du premier alinéa de l'article R. 621-3 du code de justice administrative. Il n'appartient au juge des référés ni de déterminer la charge des dépens de la mesure d'instruction qu'il ordonne ni de la réserver pour le futur.

O R D O N N E :

Article 1er : M. B C, exerçant 48 rue de Tournan à Jossigny (77600), est désigné en qualité d'expert. Il aura pour mission de :

- se rendre sur les lieux, complexe sportif des Blagis, propriété de la commune de Sceaux, et la propriété de Mme et M. D, sise 17 rue Berlioz à Sceaux (92330) ;

- se faire communiquer tous documents et pièces qu'il estimera utile à l'accomplissement de sa mission ;

- procéder aux constatations et relevé précis et détaillé des désordres en se faisant communiquer ou en recherchant tous éléments qu'il estimera utiles à l'accomplissement de sa mission ;

-

- donner un avis sur les causes et origines des désordres et indiquer leur conséquence sur la jouissance paisible de Mme et M. D sur leur bien ; indiquer, le cas échéant, si ces nuisances sont dues à une négligence du propriétaire du complexe sportif ou de l'entreprise chargée de sa rénovation ;

- indiquer la nature et le coût des travaux nécessaires pour remédier à la situation actuelle ;

- d'une façon générale, recueillir tous éléments techniques et de fait et faire toutes autres constatations utiles de nature à éclairer le tribunal dans son appréciation des responsabilités éventuellement encourues et des préjudices subis en cas de saisine au fond de la juridiction.

L'expert restera saisi jusqu'à ce que d'éventuels travaux confortatifs soient réalisés.

L'expert remettra son rapport dans les meilleurs délais.

L'expert pourra entendre tous sachants, se faire communiquer tous documents et renseignements, faire toutes constatations ou vérifications propres à faciliter l'accomplissement de sa mission et éclairer le tribunal administratif.

Article 2 : L'expertise aura lieu contradictoirement en présence de Mme et M. D, de la commune de Sceaux et de la société Engasser et associés.

Article 3 : L'expert accomplira la mission définie à l'article 1er dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.

Article 4 : Les frais et honoraires de l'expertise seront mis à la charge de la ou des parties désignées dans l'ordonnance par laquelle le président du tribunal liquidera et taxera ces frais et honoraires.

Article 5 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A M. D, à la commune de Sceaux, à la société Engasser et associés et M. C, expert.

Fait à Cergy, le 4 juin 2024.

Le juge des référés,

Signé

F. BEAUFAŸS

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.