Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2309306

mercredi 7 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2309306
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation10ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 juillet 2023, M. B A, représenté par Me Rosin, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté en date du 30 mai 2023, par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

3°) à titre principal, d'enjoindre au préfet territorialement compétent de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail, dans un délai de sept jours à compter de cette notification ;

4°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet territorialement compétent de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de sept jours à compter de cette notification ;

5°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve de sa renonciation à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle ou, en cas de non-admission à l'aide juridictionnelle, de verser cette somme à son bénéfice.

M. A soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle est irrégulière en l'absence de communication de son entier dossier médical établi par le médecin instructeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ;

- en l'absence de communication de l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et du rapport médical, il n'est pas possible de vérifier que cet avis a été rendu par un collège de médecins et que le médecin rapporteur ne siégeait pas dans ce collège des médecins ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet des Hauts-de-Seine s'est estimé lié par l'avis du collège de médecins de l'OFII ;

- elle est entachée d'erreur de droit et d'erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours :

- cette décision est entachée d'incompétence ;

- la décision attaquée est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 3 octobre 2023, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 12 septembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 13 octobre 2023.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 4 septembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Saïh, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant tunisien né en 1984, est entré en France, selon ses déclarations, en 2015. Il a été muni d'un premier titre de séjour valable du 29 août 2017 au 28 août 2018. Par un arrêté du 29 janvier 2020, le préfet des Hauts-de-Seine a refusé le renouvellement de ce titre de séjour. Par un jugement n°2002552 du 12 mars 2021, le tribunal de céans a annulé cet arrêté au motif que le préfet des Hauts-de-Seine, en refusant de lui renouveler son titre de séjour, a commis une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences que cette décision emporte sur sa situation personnelle, et a enjoint audit préfet de délivrer à l'intéressé un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de deux mois suivant la notification du jugement. M. A s'est vu remettre un titre de séjour " vie privée et familiale " valable du 27 mai 2021 au 26 mai 2022. Après avoir sollicité le renouvellement de ce titre de séjour, le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi par un arrêté en date du 30 mai 2023. Par la présente requête, M. A demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Par une décision du 4 septembre 2023, le bureau d'aide juridictionnelle établi près le tribunal judiciaire de Pontoise a admis M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Ainsi, les conclusions tendant à l'admission du requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire sont devenues sans objet. Par suite, il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. A la suite des complications dues à un glaucome bilatéral, M. A, dont le taux d'incapacité reconnu par la maison départementale des personnes handicapées est égal ou supérieur à 80%, a perdu toute fonction visuelle de l'œil droit tandis que l'acuité visuelle de son œil gauche est réduite à moins de 0,5/10e avec correction. A cet égard, il ressort des pièces médicales versées au dossier que l'intéressé bénéficie depuis mars 2018 d'un suivi médical continu au sein du centre hospitalier d'ophtalmologie des Quinze-Vingts. La fragilité de sa situation oculaire est attestée par les différents certificats médicaux produits, notamment celui du médecin praticien hospitalier en charge de son suivi au sein du service d'ophtalmologie des Quinze-Vingts, qui insiste sur la nécessité de revoir ce patient tous les trois mois à vie afin d'éviter la perte totale de la fonction visuelle de son œil gauche et une cécité définitive. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que M. A justifie de son insertion sociale et professionnelle. Il a notamment suivi entre le 28 août 2020 et le 22 juillet 2022 un stage de remise à niveau générale et technique au centre de formation professionnelle des personnes déficientes visuelles. A l'issue de sa formation, il a intégré le centre de formation et de rééducation professionnelle Valentin Haüy, pour suivre une formation diplômante de technicien d'assistance informatique entre le 28 août 2022 et le 22 juillet 2025. Dans ces conditions, eu égard aux conséquences irréversibles susceptibles de résulter d'un arrêt, même temporaire, du traitement ophtalmologique spécialisé dont il fait l'objet, M. A, dont la situation médicale n'a pas changé depuis que le tribunal de céans a annulé le précédent arrêté du 29 janvier 2020 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine lui avait refusé le renouvellement de son titre de séjour et l'avait obligé à quitter le territoire français, et qui justifie en outre avoir entamé en France un processus de rééducation professionnelle adapté à son handicap, est fondé à soutenir que le préfet des Hauts-de-Seine, en refusant de lui renouveler son titre de séjour, a commis une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences que cette décision emporte sur sa situation personnelle.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision portant refus de lui renouveler son titre de séjour comme, par voie de conséquence, des décisions l'obligeant à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixant le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Le présent jugement implique nécessairement, eu égard à ses motifs, que le préfet des Hauts de-Seine, ou le préfet territorialement compétent, délivre à M. A un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de deux mois suivant la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

6. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 1 000 euros à Me Rosin, sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

D É C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire de M. A.

Article 2 : L'arrêté du 30 mai 2023 du préfet des Hauts-de-Seine est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine, ou au préfet territorialement compétent, de délivrer à M. A un titre de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : L'État versera la somme de 1 000 euros à Me Rosin, avocat de M. A, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Rosin renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 5 : Les conclusions de la requête sont rejetées pour le surplus.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Rosin et au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 17 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Ouillon, président,

Mme Saïh, première conseillère,

M. Dupin, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 07 février 2024.

La rapporteure,

signé

Z. Saïh

Le président,

signé

S. OuillonLa greffière,

signé

M-J. Ambroise

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2309306